AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez|

- i've polished my anger and now it's a knife :: done

EX CATHEDRA :: A chaque coeur son ouvrage :: Entités nouvelles :: Les Âmes Damnées
♕ • Sang-Pur • ♕
Stanislava F. Braginsky
avatar

Mémoire de vie
Race: Sang-pur
Métier/Rang: Mercenaire / Tueuse à gages
Statut amoureux: Célibataire
♕ • Sang-Pur • ♕
Messages : 53
Âge du personnage : 600 ans environ

Mar 12 Sep - 14:11

Stanislava

ÂGE ─ Elle devrait avoir autour des 600 ans mais elle n'a qu'une vingtaine d'année en apparence
ANNIVERSAIRE ─ Elle a oublié
ORIENTATION SEXUELLE ─ Asexuel
OCCUPATION ─ mercenaire / tueuse à gages
PAYS ─ Russie
CLASSE SOCIALE ─ Citoyen
RACE ─ Vampire Sang-Pur
AVATAR ─ Hetalia ; Hungary & Fem!Lithuania

Profil Psychologique

Anastasia était la servante docile, discrète et jolie. Sourire timide. Grands yeux verts innocents. Elle ne rechignait jamais lorsqu'on lui donnait du travail. Et lorsqu'elle faisait son travail, elle le faisait toujours bien. Rien à reprocher. C'était une très bonne cuisinière. Ses soupes de poulet et de légumes étaient les meilleurs, guérissaient n'importe quel malade, et réchauffaient les cœurs. Varis, le jardinier, était sous le charme. Il lui demanda à plusieurs reprises sa main mais elle refusait toujours avec délicatesse. Anastasia, la douce servante que tout le monde aimait.

Tout le monde connaît Freya, la belle et inaccessible serveuse des Trois Mouettes. Tous les habitués venaient pour l'alcool et les plats bons marchés. Tous les habitués ont commencé à venir pour son décolleté ou son fessier bien roulé. Et tout le monde savait que si l'on osait palper ses formes généreuses sans autorisation, on peut finir avec une fourchette enfoncée dans la main qui vous cloue à la table. Le malheureux – ou plutôt l'imprudent – s'appelait Gustav. Les plus chanceux et chanceuse se vanteront d'avoir passé une nuit exceptionnelle avec elle. Beaucoup vous diront que sa voix plus grave que la plupart des femmes n'en reste pas moins agréable à l'oreille.

Lang se distinguait par sa détermination et par ses yeux aussi intenses que ceux d'un loup, d'où son patronyme. Bien que sauvage et culottée, elle savait se montrer disciplinée et travailleuse. Elle ne lâchait rien, allait jusqu'au bout de ses taches et ne relâchait pas même lorsqu'elle avait perfectionné  quelque chose. Pour elle, la perfection n'existait pas. Elle devait toujours viser plus haut, dépasser chaque fois ses limites, au risque de se faire dévorer par autrui.

Calla envoûtait d'un simple regard. Homme et femmes succombaient à son regard émeraude ensorcelant. Et difficile de détacher son regard lorsque son corps ondulait au rythme des percussions, se mouvait avec fluidité et sensualité, sublimant ses hanches et ses courbes sans défauts. Tout le monde vous dira qu'ils n'ont jamais vu d'aussi belles boucles brunes. Tout le monde vous dira qu'ils n'ont jamais vu de jambes aussi galbées. Calla est tout aussi redoutable en danse que dans l'art de l'assassinat. Ses anciens camarades vous répéteront surtout qu'ils n'avaient jamais vu quelqu'un d'aussi solide et insensibles à la douleur et de manier les dagues avec une telle précision. D'un simple regard, Calla vous envoûtait, et d'un simple mouvement du poignet, elle vous emportait dans les ténèbres.

Mais personne ne connaît Stanislava. Ceux qui lui ont donné la vie ne font plus partie de ce monde. Celle qui l'aimait comme la plus précieuse des amies et des sœurs a sacrifié sa vie pour la retrouver. Ceux qui l'ont élevé et lui ont appris à survivre furent chassé et dépecés. Celui qui l'a recueilli, l'a réappris à lire, à écrire, à parler, à agir « normalement » est quelque part dans ce monde, mais Dieu seul savait où. Stanislava ne saurait le dire en tout cas. Personne ne connaît réellement Stanislava. Parce que les personnes ayant croisé son chemin sont morts et ne pourront vous dire à quel point son regard émeraude était froid, sans pitié et sans compassion. Ceux qui l'ont vu pour la dernière fois de leurs vies ne pourront vous dire à quel point la haine, la rage et la colère bouillonnaient derrière son masque d'impassibilité.
Histoire





Anatoli menait une vie paisible et sans souci. C'était un fermier ordinaire, avait une épouse ordinaire et deux garçons ordinaires. Il n'était pas riche mais il n'était pas pauvre non plus. Il gagnait suffisamment pour vivre sans se soucier de subir une pénurie.

Comme chaque lundi matin, il partait au marché du village d'à côté. Le trajet durait cinq bonnes heures, aussi se levait il bien avant les premiers rayons du jour pour quitter sa modeste ferme pour apporter ses récoltes et ses denrées. L'année prochaine, son fils aîné sera suffisamment grand pour l'aider et l'accompagner. Ce qui tombait bien puisque sa femme attendait un autre enfant. Il priait pour que ce soit une petit fille. Ce lundi matin là donc, il partit dans le village d'à côté pour vendre pommes de terre, carottes et autres légumes. La récolte fut excellente, aussi il espérait gagner beaucoup pour la journée et pouvoir ainsi acheter de la viande. Pour se rendre au village, il devait traverser une forêt. Bon nombres d'animaux y résidaient, particulièrement les loups mais il n'y avait pas eu d'attaques jusqu'à présent. La forêt état calme mais on pouvait entendre le hululement des chouettes et le bruissement des feuilles. Anatoli se disait que la journée allait être excellente.


Et ses prédictions s'avérèrent effectivement vraies. Il avait vendu toutes ses marchandises et il avait pu acheter un lapin et deux oies bien grasses. Toute sa famille allait être ravie. Il y avait bien longtemps qu'ils n'avaient pas manger d'oie. Il était à mi-chemin dans la forêt lorsque son cheval paniqua soudainement, piétinant furieusement le sol et s'ébrouant à plusieurs reprises. Anatoli tenta de le calmer mais en vain. Il posa alors pied à terre, tenant toujours la bride et tapota l'encolure de l'animal. Il se calma finalement. Il s'apprêtait à reprendre sa route lorsqu'il sentit un poids peser sur son dos. Il bascula vers l'arrière. Sonné, il sentit le poids se déplacer sur son torse avant de sentir une vive douleur dans sa jugulaire, comme si on lui enfonçait deux épingles. Il chercha à se débattre, battait des bras et des des jambes mais ses forces l'abandonnaient petit à petit, comme l'eau qui coule d'un petit ruisseau.

Avant de basculer dans les ténèbres, il aperçut deux orbes carmins briller au-dessus de lui, et entendit les cris effrayés des oies se faisant dévorer par les loups. Avant de rendre son dernier soupir, il pensa à sa femme et ses enfants qui l'attendaient chez eux et se demanda s'ils sauront comme il était mort. Vidé de son sang par une étrange créature assoiffé de sang.

Une mort peu ordinaire pour un homme aussi ordinaire comme Anatoli.






Le voyageur était seul. Comme beaucoup qui se risquaient à s'aventurer dans ses bois. C'était quelqu'un d'imposant et qui dégageait une certaine aura. Mais elle n'était pas plus intimidée que ça. Ils étaient quatre. Ils pouvaient aisément le défaire. Mais lui non plus ne semblait pas effrayé par ses quatre – enfin trois loups – qui l'avaient cerné, au cœur d'une forêt sur laquelle de sinistres histoires circulaient dans les villages alentours. Ils pouvaient le faire. S'ils s'y mettaient tous.

L'homme bougea à peine, roula simplement ses épaules et voilà que ces frères et sœurs baissèrent la truffe et capitulèrent. Elle ne comprit pas et un sentiment étrange broya son estomac et dicta son corps. Elle bondit sur l'homme qui l'évita sans aucune difficulté. Mais elle n'en démordit pas et chargea à l'assaut. Tout se passa si vite. Ses bras frêles furent emprisonnés par une main puissante tandis qu'une emprise implacable se posa sur sa nuque. Elle se débattit, grogna et cria mais son corps se figea par pur instinct lorsque la pression se fit plus forte.

Il lui suffisait d'appuyer un peu plus pour lui briser la nuque.

Mais il n'en fit rien.

Elle sentit la poids sur sa nuque s'évapora l'espace d'un instant mais elle sombra dans les ténèbres l'instant d'après.

-

Elle avait essayé de s'enfuir.

Mais vainement.

Il l'avait enchaîné ses pieds, l'empêchant de quitter sa maison. Lorsqu'elle s'était réveillée, il avait essayé de lui retirer la crasse accumulée sur son corps fragile. Griffures et morsures se perdirent de nombreuses fois, le sol recouvert d'eau. Après une très longue bataille, les cheveux sales et emmêlés laissèrent place à des cheveux bruns légèrement ondulés. Ses yeux rubis cachaient des émeraudes affûtés. Elle se méfia d'abord de la nourriture qu'il lui donnait mais dès qu'il avait le dos tourné, elle se jetait dessus, affamé et attiré par la bonne odeur. Elle restait tout au long de la journée dans un coin lorsqu'il était là mais dès lorsqu'il quittait la pièce, elle l'explorait avec appréhension et curiosité. Elle portait une robe de coton blanc mais gardait toujours la fourrure de sa « mère » sur elle.

« Edelweiss »

Il n'arrêta pas de répéter ce mot quand il la regardait ou lorsqu'il cherchait à attirer son attention. Elle fronça les sourcils lorsqu'il dit « Edelweiss » en la pointant du doigt et « Gwilym » en se désignant lui même. Il répéta ses gestes pendant plusieurs jours jusqu'à ce qu'elle finisse par tourner la tête lorsqu'il l'appela « Edelweiss ».

-

Edelweiss, n'ayant plus rien à découvrir dans la pièce où elle passait ses journées, finit par observer Gwilym quand il était présent. Son visage juvénile était constamment marqué par ses sourcils froncés, se posant sans cesse des questions sur ce qu'il faisait. La première étant : pourquoi marchait-il sur deux pattes ? Elle qui avait passé sa vie à quatre pattes, elle ne comprenait pas. On était beaucoup plus rapide comme ça et on se faisait repérer moins facilement.

Et un jour, elle comprit.

Gwilym avait placé en hauteur un pot qui contenait un drôle de liquide ambré dégageant une délicieuse odeur sucrée. Attirée par ce mystérieux pot, Edelweiss avait longuement observé l'étagère sur laquelle se tenait le pot pendant une bonne dizaine de minutes. Avant de se décider et de se mettre sur ses jambes. Peu habituée à cette position, elle chancela au début, chercha son équilibre et se dépêcha de prendre le fameux pot et de retourner s'asseoir sur son lit pour inspecter le contenu. Elle ne put en goûter qu'une lichette qu'elle dut tout remettre en place et faire comme si de rien n'était lorsque Gwilym arriva. Il ne semblait pas avoir découvert le pot-au-rose, puisqu'il ne fit aucune remarque.

Par la suite, Edelweiss tenta à plusieurs reprises de se mettre debout, et elle découvrit qu'elle pouvait mieux voir par la fenêtre de la pièce. Qu'il était plus facile de se déplacer. Que Gwilym avait l'air moins imposant. Bien sûr, elle remarqua l'étonnement sur son visage lorsqu'il la vit marcher « normalement » la première fois. Et elle eut presque envie de rire lorsqu'il s'étonne également lorsque enfin, ENFIN, après trois mois à vivre sous le même toit, elle n'ignora plus la cuillère qu'il posait toujours à côté de son auge.

-

Les jours passant, Edelweiss était moins craintive, plus assurée dans ce nouveau monde dans lequel elle était désormais. Certes beaucoup farouche qu'auparavant, elle restait néanmoins têtue. Le lycan entreprit de lui apprendre à parler, l'incitant à répéter certains sons après lui. Sa voix était rouée après autant de temps sans l'utiliser correctement. Elle se désintéressait rapidement des exercices de locution et Gwilym n'insistait pas dans ce genre de cas. Trop la brusquer ne lui donnerait pas l'envie de communiquer. Son regard se posait presque instantanément sur la fenêtre qui donnait sur la forêt non loin de la maison.

Si les mots n'étaient pas son fort, Edelweiss faisait d'une habilité et d'une dextérité hors du commun avec ses mains. Il lui donnait quelques tâches à faire et il ne sut s'il devait s'alarmer ou non de la voir aussi habile à utiliser un petit couteau pour sculpter des statuettes d'animaux en bois. Mais ce qui l'amusa sans doute le plus chez cette petite était la différence entre le stoïcisme dont elle fit preuve lorsqu'elle s'ouvrit malencontreusement la main avec son couteau et l'air effrayé qu'elle portait lorsqu'elle vint le tirer de son sommeil alors qu'elle venait d'avoir ses premières saignées. Dans ces jours-ci, Edelweiss restait chez les Hans et chaque fois qu'elle revenait, elle semblait soulagée d'être rentré. Elle n'était pas habituée à vivre avec trois autres filles bavardes après tout.

-

Avec sa voix légèrement enrouée, elle tenta quelques phrases ici et là mais ne tenait pas très longtemps une conversation. C'était peut-être peu mais c'était déjà beaucoup pour elle. Maintenant qu'elle parlait, il entreprit de lui apprendre à lire et à écrire. Là encore, elle abandonnait rapidement et s'énervait lorsqu'elle ne réussissait pas. Les jours s'écoulaient ainsi, entre les leçons d'écriture et de lecture. Elle ne mangeait plus à la main mais ses manières étaient dignes du matelot le plus rustre sur terre.

Un an s'était déjà écoulé depuis que Gwilym avait rencontré la jeune vampire. Elle avait fini par prendre goût à la lecture et commença à porter une certaine attention pour les autres enfants du village. Gwilym jugea bon qu'il était temps qu'elle se sociabilise un peu.

-Comment tu t'appelles ?
-Edelweiss.
-Quel âge tu as ?
-13 ans.
-Parfait. Si on te demande qui sont tes parents, qui sont-ils ?
-J'ai pas de parents. Ils sont morts.
-Et... ?

Son esprit était déjà ailleurs.

-Edelweiss, concentre toi.

Elle grogna une fraction de seconde puis fronça les sourcils, signe qu'elle réfléchissait.

-Je vis chez mon oncle, Gwilym.
-Tu vois quand tu veux. Tu peux y aller. Et n'oublie pas : pas de bagarre, pas de grognement. Compris ?

Elle secoua la tête puis déguerpit dès l'instant où Gwilym lui assura qu'elle pouvait partir. Il l'observa depuis la fenêtre de la cuisine s'approcher des enfants qui jouaient près de la rivière. Elle était de dos. Il ne voyait pas son visage mais il l'imaginait bien les sourcils froncés à sa façon, répondant aux questions des enfants. Cinq bonnes minutes s'écoulèrent avant que l'une des filles prennent la main d'Edelweiss et qu'ils se dirigèrent tous vers le cœur du village. Gwilym sourit.

-

-Tes parents sont morts dans un incendie ?
-Oui. Enfin, je crois. J'suis pas sûre. Je m'en rappelle pas très bien.
-Tu te souviens de rien avant les loups ?

Hochement négatif de la tête.

-Je fais souvent un rêve. Ou un cauchemar. 'Fin, je vois des trucs quand je dors. Y'a des flammes. Des gens qui crient. Et moi je cours. Avec quelqu'un je crois. On me dit de fuir. De pas me retourner. Et puis après je tombe et je me réveille.

Edelweiss se tait finalement et continue sa couture. Elle ne se confectionnait pas une jolie robe comme la plupart de ses camarades mais une cape bordée de fourrure. La même qu'elle avait lorsqu'il la recueillit. Elle lui avait dit qu'il s'agissait de celle de sa « mère » louve qui est morte en les protégeant ses frères et sœurs et elle. Edelweiss avait retrouvé et tué le chasseur puis récupéra ce qu'il restait de leur mère.

-Et comment faisais-tu pour t'abreuver de sang ?
-M'abreu-quoi ?
-Boire du sang humain.
-Ah. Je sautais sur celui que je voyais. Quand il est tout seul au moins.

Ce détail montrait bien que ses aptitudes de chasse n'étaient pas ceux d'un humain lambda. Une vraie louve. La limite entre vampire et lycan semblait si mince avec elle.

Son ouvrage lui prit finalement un mois entier et elle l'avait achevé avec une chaîne en or que Gwilym lui avait offert pour la maintenir sur ses épaules. Il vit de la fierté dans ses yeux pour la première fois.

-

-C'est la dernière fois que vot' gamine s'approche de mon fils ! La prochaine fois, je lui donne deux bonnes torgnoles. Ça la remettra sur le droit chemin. Jamais vu ça ! Une fille qui se bat comme une sauvage !

Gwilym s'excusa pour la dernière fois, promettant que ça ne se reproduira plus avant de fermer la porte puis soupira. Ses traits se durcirent néanmoins lorsqu'il porta son attention sur Edelweiss, assise dans un coin. Sa lèvre inférieure était ouverte ainsi que son arcade sourcilière droite. D'après Mme Fritz, elle aurait sauvagement attaqué son fils sans aucune raison. Edelweiss était rentrée directement, tandis qu'Helmut était apparemment rentré en pleurs chez lui. Sa nièce avait plus de courage que lui en tout cas.

-Que s'est-il réellement passé ?

Edelweiss ne tournait jamais autour du pot alors il savait qu'elle ne mentirait pas.

-Helmut a dit que les filles pouvaient pas devenir chevalier. Qu'elles sont bonnes qu'à rester à a maison et à s'occuper des enfants.

Le lycan haussa un sourcil. Helmut avait prononcé ses paroles à la mauvaise personne.

-Et ?
-Je lui ai dit qu'il pourra jamais être chevalier, faible et trouillard comme il est, qu'il pouvait aussi bien être une femme.

Le lycan pouffa. Elle avait du mordant, comme tous vampires qui se respectaient.

-Et qu'est-ce qu'il t'as répondu ?
-Il m'a traité de... « putain » je crois, ensuite il a essayé de me frapper.
-Et il a réussi.
-Mais lui, il a plus ses dents de devant. Plus personne voudra de lui.

Il s'était douté qu'Helmut n'allait pas sortir complètement indemne d'une confrontation avec Edelweiss.

-Apprends-moi à me servir d'une épée.
-Pardon ?

La question était sortie si soudainement qu'il se demandait s'il avait raté une partie de la conversation.

-Pourquoi tu veux apprendre à manier l'épée ? Pour devenir chevalier ?

Edelweiss se renfrogna, comme si la question n'avait pas lieu d'être.

-Si tu n'as pas de raisons valables, je ne t'apprendrais pas. On n'apprend pas à manier l'épée pour rien. Es-tu consciente que tu peux tuer quelqu'un avec ?
-Tu tues bien avec tes crocs. Je tue avec mes crocs. M'sieur Hanz tue des poules avec un couteau. On peut tuer n'importe qui avec n'importe quoi. C'est quoi la différence avec une épée ?

Il n'avait pas de contre-argument car elle marquait un point.

-Et j'ai jamais dit que je voulais tuer quelqu'un.
-Pas même Helmutz ?
-Il aura pas besoin de moi pour ça.

Gwilym pouffa une nouvelle fois. Décidément, elle était pleine de surprise.

-On commence demain matin, à l'aube.

Il ne l'avait jamais vu sourire auparavant.

-

-J'ai dit une épée, pas des-
-Ne sois pas ingrate. Tu vas commencer avec des dagues. Si tu t'améliores, on changera. Tâche de me toucher au moins une fois.

Edelweiss n'a jamais autant été frustrée de sa vie.

-

Elle devenait une femme. C'était un fait que Gwilym ne pouvait ignorer. Son entraînement lui avait donné un corps svelte mais solide. Sa poitrine n'était pas proéminente, mais les courbes étaient bien présentes. Lorsqu'elle portait des vêtements trop amples, elle paraissait plus comme un jeune homme que comme une jeune femme. Mêmes les autres filles du village n'étaient pas indifférentes et les garçons la jalousaient sévèrement. Son maniement des armes n'avaient rien à envier aux meilleurs chevaliers qui vivaient au village. Elle continuait à s'entraîner intensément, même après quatre ans. C'était désormais elle qui se chargeait de la chasse, sa dextérité à l'arc défiant les autres.

Il n'allait pas se mentir : il était fier de sa petite vampire.

-

-Tu pourrais avoir la décence de me dire au revoir.

Edelweiss s'arrêta de charger son cheval et se tourna pour observer Gwilym. Sa chevelure argentée brillait sous les rayons de la lune et ses yeux ambres perçants scintillaient de tristesse plutôt que de colère.

Edelweiss était dans la fleur de l'âge, une belle jeune femme qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Le lycan savait qu'un jour ou l'autre, elle partirait. Et ce jour était arrivé. Elle avait décidé de partir après cinq ans de vie commune avec lui.

-Où comptes-tu aller ?
-J'sais pas. Je verrais.

Il rit. C'était bien typique de sa part.

-Et qu'est-ce que tu emportes avec toi ?

Il perçut un léger grognement. Les mauvaises habitudes ne se perdaient pas apparemment.

-Deux épées, quatre dagues, un arc et des flèches. De la viande séchée, du pain et quelques fruits. 50 pièces d'or aussi.
-50 pièces ?! Petite charlatante.. Utilises les à bon escient, au moins.

Un sourire en coin passa rapidement sur ses lèvres avant qu'elle ne se renfrogne à nouveau.

-J'ai quelque chose pour toi.

Gwilym disparut dans la maison et ressortit quelques minutes plus tard. Il lui tendit un paquet enveloppée dans un tissu de velours. Edelweiss le regarda d'un air dubitatif avant de déballer le présent. Il s'agissait de deux armes blanches. La plus grande avait une lame longue et droite, à tranchant unique et une pointe évasée sur un seul bord. Le manche était en plaquette d'os et laiton. La deuxième arme était presque identique à l'exception de la manche uniquement en os. La garde également en os était gravée. Elle fit tourner la plus petite dans sa main, la regarda avec satisfaction avant de la ranger soigneusement.

-Merci, Gwilym.

Edelweiss plongea ses grands yeux verts sombres dans ceux de Gwilym. C'était bien la première fois qu'elle le regardait avec un tel éclat mélancolique. Elle s'approcha finalement de lui et l'enlaça maladroitement, posant sa tête sur son torse. Le lycan lui rendit son étreinte, un sourire discret sur ses lèvres et se pencha pour lui embrasser le front. Elle releva les yeux, surprise, et esquissa l'un des plus doux sourire qu'il n'ait vu.

-Prends bien soin de toi.

Et elle s'en alla.

Questionnaire


QUE PENSEZ-VOUS DES LYCANS/VAMPIRESStanislava ne pense rien de particulier des lycans, si ce n'est qu'elle en as croisé quelques uns sympathiques. Elle ne saque pas sa propre espèce et cherche à les éliminer.
QUEL EST VOTRE POINT DE VUE A PROPOS DES INFANTS ET DES SANG-MÊLES MAUDITS?De pauvres créatures qu'elle pourrait tuer sans l'ombre d'un regret. Ca leur faciliterait la vie. Enfin, l'écourter surtout.
ÊTES VOUS SATISFAIT(E) DE VOTRE VIE ACTUELLE? Encore trop de choses à faire pour être satisfaite.
SI NON, QUE VOUDRIEZ-VOUS CHANGER?  ─ Effacer les vampires de la surface de la Terre.
VOTRE POINT DE VUE SUR LE MONDE CONNU?
Aucun avis sur le sujet.

Joueur

PSEUDO ─ Stani <3
ÂGE ─ Buh, j'ai déjà dit sur ma fiche d'Astrid
SEXE ─ Plus tard, ptète.
LA COULEUR DE TON PYJAMA ─ MICKEY
[/color]
Voir le profil de l'utilisateur
♕ • Sang-Pur • ♕
Stanislava F. Braginsky
avatar

Mémoire de vie
Race: Sang-pur
Métier/Rang: Mercenaire / Tueuse à gages
Statut amoureux: Célibataire
♕ • Sang-Pur • ♕
Messages : 53
Âge du personnage : 600 ans environ

Mar 12 Sep - 14:12
Histoire


-Mama, trois plats d'harengs, s'te plaît !
-Prends cette soupe, ma belle !

Freya attrapa le bol fumant que lui donna la patronne et réussit à le caler sur son avant-bras avec trois choppes de bières dans ses mains. Comme à son habitude, elle slalomait entre les tables bondées, déposa le bol de soupe devant le marin qui l'avait commandé avant d'apporter les trois choppes aux nouveaux venus.

-Merci, ma p'tite Freya ! S'exclama l'un d'eux en soulevant sa boisson à l'attention de la demoiselle.
-Alors Freya, toujours pas intéressée par mon invitation ? J'suis sur que ça te plairait, ma jolie p'tite bicoque. Y'a une très belle vue sur la mer.
-Si je pars, Mama aura trop de besognes. Et elle va encore se faire un tour de rein.
-C'est l'affaire de quelques jours ! Mama peut se passer d'toi.
-Laisse Freya tranquille, Gus' ! Tout le monde sait que tu veux aussi lui montrer ton angui' de mer ! S'exclama Mama à l'autre bout de la taverne.

La serveuse s'éloigna non sans un sourire amusé. Gustav la regarda s'éloigner, la dévora du regard. Il se lécha les lèvres en voyant ses cheveux bruns ondulés bouger au rythme de ses pas, et ses hanches rouler à chacun de ses pas. Elle salua au beau milieu de la taverne, saluant des jeunes garçons et l'un d'entre eux attira la belle brune sur ses genoux et l'embrassa à pleine bouche. Freya passa un bras autour de sa nuque avant de se détacher rapidement et de retourner à tâche première.

Gustav continua sa conversation avec ses confrères, oubliant momentanément Freya. Et malgré l'odeur d'alcool, d'huiles et de sueur, son léger parfums de fleurs vint assaillir son odorat lorsqu'elle revint vers eux pour déposer les trois plats de harengs. Gustav croisa le regard du jeune homme avait avait volé un baiser à la serveuse. Un frisson des plus désagréables le traversa et le sourire narquois du jeunot l'énerva davantage.

Il eut tout juste le temps de comprendre ce qu'il faisait que l'espace d'un instant, il palpait le joli fessier ferme de la belle, et la seconde d'après, sa main était clouée à la table par la fourchette qu'il utilisait pour manger.

-La prochaine fois, ce sera pas ta main que je planterais sur cette table.

Freya avait planté ses émeraudes acérées dans le regard apeuré de Gustav. Ce n'étaient pas des menaces en l'air. Gustav serra les dents d'une part pour retirer la fourchette de sa main qui pissa aussitôt du sang et d'autre part parce qu'il fit encore une fois Freya sur les genoux du beau blond qui le narguait ostensiblement. Il dut quitter la taverne pour panser sa plaie et grommela par la même occasion dans sa barbe.

Il avait été très patient, avait tenté toutes sortes de flatteries et était même allé jusqu'à lui offrir des présents qu'il ramenait de ses voyages. Mais rien n'avait porté ses fruits. La belle serveuse Freya des Trois Mouettes lui était inaccessible. Mais Gustav était un pirate. Et ce qu'il voulait, il le prenait.

Bientôt, ses beaux yeux verts ne brilleront plus de cet éclat arrogant et fier.

-

Freya contempla, sourcils froncés, le regard bleu désormais sans lumière et sans éclat de Gustav. Les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, il gisait dans son propre sang, sang qui coulait de la plaie béante ornant son cou. Freya lâcha finalement le bout de verre ensanglanté qu'elle avait utilisé pour tuer ses assaillants. Elle passa une main sur sa bouche recouverte du liquide carmin pour s'en débarrasser, et grimaça lorsqu'une douleur lancinante s'insinua entre ses jambes. Elle enjamba le corps de Soren, ce beau blond qui lui tournait autour et qui avait réussit à briser ses barrières et ne prêta pas attention au cadavre de Harald, un ami de longue date de Soren.

Ils lui avaient tendu un piège.

Sven l'avait convaincu d'une escapade nocturne. Ils avaient vagabondé dans les rues, échangé des baisers ici et là. Plusieurs mois qu'ils se connaissaient et ils n'avaient jusqu'alors pas passer le stade de baiser. Freya, bien que passer huit ans de sa vie dans les bois avec les loups avaient atrophié sa sensibilité à créer des liens sociaux, vivre avec Gwilym avait quelque peu restauré sa faculté à comprendre et à se lier avec les autres. Sa curiosité s'étendit bien évidemment vers le sexe opposé.

Et Freya regretta amèrement.

L'embrasser n'avait pas été désagréable. Elle avait trouva cela même plaisant. Mais ce qu'il lui fit par la suite lui donna la gerbe. Elle se refusa à repenser à leurs mains moites et pleines de sueur sur son corps, à leurs regards lubriques et à leurs rires pleins de concupiscences et de suffisances. Une violente vague de colère l'avait envahi, avait agrippé ses tripes lorsque Sven tira sur ses cheveux. Son corps réagit seul. Sa main s'était emparé du premier objet pointu et ce fut le bout de verre qu'elle tenait un peu plus tôt qui s'était enfoncé sans aucune résistance sous l'oeil droit de Sven et lui déchira l'épiderme jusqu'à sa mâchoire. Il n'avait même pas le temps d'émettre un son que ses cris furent étouffer par le sang et Freya l'acheva. D'un coup en plein cœur. Avant de s'occuper des deux autres.

Freya s'avança jusqu'au bout de la ruelle sombre et inspecta les rues. Elle ne put malgré elle s'empêcher de regarder derrière elle. Elle ne vit que des formes difformes, gisant misérablement dans les ordures et la saleté. Si elle ne ressentit rien au début, elle réalisa enfin. Si elle n'avait pas résisté, si elle n'avait rien fait, elle aurait pu finir comme eux.

Et elle avait prit trois vies pour sauver la sienne.

Tout son corps se mit soudainement à trembler, sa respiration s'accéléra, rapide et sifflante. Elle pensa à Gwilym, pensa à rentrer. Mais elle n'avait nulle part où rentrer. Elle était partie. C'était son choix. Elle n'avait pas le droit de revenir. Son esprit embrumé par la peur et l'anxiété, Freya finit par courir, courir, courir pour finalement s'arrêter chez la seule personne qu'elle connaissait réellement dans cette ville portuaire dont elle avait déjà oublié le nom.

-Mama...
-Ma p'tite Freya...

Asteria ne posa pas de questions sur ses cheveux défaits, sa robe tâchée de sang. Freya ne dit rien. Elle se contenta de lui donner de quoi se débarbouiller et des vêtements propres. Freya ne dormit pas. Pensa à Gwilym. Pensa aux cadavres de Sven, Gustav et Harald. Pensa à la sensation d'ôter une vie. Ca avait été si... facile. Un frisson grimpa sur son échine et Freya ne dormit pas. Elle était une vampire, elle n'avait pas besoin de sommeil. Pour survivre, Freya n'avait besoin que d'une chose : de sang. Et du sang, elle en trouvait à profusion, à portée de main. Il lui suffisait de sortir sa dague et de trancher les chairs d'une personne pour s'en procurer.

Mais parce qu'elle était une vampire, un monstre, elle ne pouvait pas boire à sa guise. Elle devait se fondre dans la masse, vivre normalement, comme Gwilym le lui as appris, si elle voulait survivre. Alors Freya observait et apprenait. Et elle avait appris aujourd'hui qu'elle ne devait pas se fier à la belle gueule d'ange d'un type et à ses beaux yeux bleus. Elle avait appris que tous les hommes n'étaient pas aussi bons qu'ils laissaient paraître. Que pour ne pas être tué, elle devait tuer avant.

-

Elle regarda la ville rapetisser, s'éloigner, avant de disparaître complètement de l'horizon et de laisser place à la mer à perte de vue. Elle toucha distraitement ses désormais coupés courts, avant de venir tâter la dague accrochée à sa cuisse. Cette simple vérification la rassura.

-Arrête de bailler aux corneilles et viens me donner un coup d'main, nybörjare !

Elle tourna finalement son dos à son ancienne vie et rejoins le vieux matelot en haut d'un mat pour hisser les voiles. Sten faisait montre de débrouillardise et de force incroyable contrairement à ce que laissait croire sa carrure plus frêle que celle des autres matelots. Et il était beaucoup plus respecté que Freya.

-

Láng, c'était ainsi qu'il l'avait nommé, accueillit avec délice la solitude et profita de chaque instant lorsqu'elle se retrouvait seule dans la forêt de bambou. Elle avait la sensation de revenir des années en arrière – combien de temps cela faisait-il déjà – lorsqu'elle n'était qu'une enfant sauvage, presque un loup et qu'elle ne faisait presqu'un avec la nature. Elle l'apaisait. La boule de nerf et de colère qui s'insinuait dans son corps n'était qu'un lointain souvenir. Dans cette forêt ci, elle devait faire plus attention aux détails. Parce que si l'on ne prenait pas garde, on se perdait rapidement, ne retrouvait pas son chemin et on pouvait mourir de faim. Seul.

Lang échappa à ce destin puisqu'elle croisa un homme, le crane chauve, habillé de vêtements amples, qui l'accueillit dans sa bien modeste cabane pour lui offrir pain et eau. Elle n'avait pas compris sa langue, lui non plus ne comprenait pas la sienne, mais elle avait vite compris qu'il avait appelé Lang, chaque fois qu'il disait ce mot lorsqu'il s'adressait à elle. Comme lorsque Gwilym l'avait nommé Edelweiss. Elle n'attachait pas d'importance à comment on l'appelait. Elle avait prit à se défaire de cela comme s'il s'agissait de sa première robe. Elle prit même cette habitude de changer de patronyme chaque fois qu'elle changeait d'endroits.

Dans ce pays bien différent des précédents, ils utilisaient des signes et non des lettres. La discipline était de rigueur et présente. Elle avait pu le constater après avoir suivi, plus par curiosité que par malice, l'homme chauve jusqu'à un bâtiment entièrement fait en bois bien plus imposant que sa cabane. Sa présence n'était semble-t-il pas la bienvenue lorsqu'on la prit la main dans le sac, à regarder plusieurs hommes, tous rasés, tous portant les mêmes vêtements, faire de grands mouvements, à main nus ou avec un bâton. Mais l'homme qu'elle avait rencontré avait pris sa défense. Et elle n'eut aucun mal à comprendre que les femmes n'étaient pas acceptés en ces lieux.

Soit.

Lang n'en démordit pas pour autant et, réussit après plusieurs jours, à chaparder un bâton et demanda à l'homme chauve de lui apprendre. Du moins, elle essaya de le lui faire comprendre. Il refusa. Au début. Mais il finit par accéder à sa requête lorsqu'il la vit s'entraîner seule dans la forêt de bambous. Tout comme ses premières sessions d'entraînement avec Gwilym, la frustration revint au galop. Il la battait, indubitablement. Ses mouvements étaient fluides, rapides, précis. Les siens trop tendus, brusques ou larges. Il lui fallut plusieurs humiliations pour comprendre que c'étaient cette frustration et cette colère qui l'entravaient. Et pour y mettre un terme, elle imita les étranges rituels que faisaient l'homme chauve chaque matin et chaque soir. Il s'asseyait en tailleur, les mains posés l'une sur l'autre sur ses chevilles et ne bougeaient plus. Elle ne comprit pas l'intérêt les premières fois. Rien ne se passait. Son cerveau tournait à cent à l'heure, ressassant sans cesse les erreurs commises dans chacun de leur affrontement. La souplesse de son corps n'était pas un problème, mais la souplesse de son esprit bloquait tout son potentiel.

C'est en pensant à sa vie passé, sa vie de sauvageonne, que tout devint plus clair. À cette époque, elle ne réfléchissait pas intensément. Elle suivait son instinct, réagissait rapidement. À trop vouloir anticiper les mouvements de son adversaire, elle obstruait les siens. Si elle voulait dominer ses propres faiblesses, elle ne devait penser à rien, sinon à l'énergie qui coulait dans ses veines. Une seule distraction et l'énergie ne circulait plus. Et tout s'arrêtait.

Cette réflexion porta ses fruits lorsqu'elle sourit avec satisfaction lorsqu'elle fit tomber l'homme chauve. Ce dernier fut plus surpris qu'humilié et Lang aperçut l'ombre d'un sourire avant qu'il ne se relève avec énergie et de reprendre leur échange.

Elle ne perdit presque plus aucun combat.

-

Dalia ne s'offusqua plus des personnes qui échangeaient avec une facilité déconcertante la vie d'autrui contre des pièces d'or. Mais qui était le plus à blâmer dans cette affaire ? Ces gens qui souhaitaient éliminer leur semblable ? Ou Dalia qui se vouait volontiers à se tacher les mains de sang d'innocents ( ou pas ) pour pouvoir se nourrir et se loger correctement ? Les deux se valaient, sans doute. Mais elle ne songeait pas à ses détails et faisaient ce qu'on lui demandait de faire.

Son premier contrat fut un véritable coup de chance. Elle devait simplement tuer un mari un peu trop infidèle. Elle n'eut pas de mal à le trouver et à le charmer. Elle n'eut pas non plus de mal à enfoncer sa dague en plein cœur alors que ses mains dégoûtantes palpaient toujours ses cuisses. Elle se fascina quelques secondes pour ce court instant où la vie quitta les prunelles noisettes de sa victime avant de finalement s'en détourner et de laisser son cadavre là. Personne ne la soupçonna. Tout le monde savait qu'un jour ou l'autre, il finirait ainsi. Elle fut gracieusement payée et Dalia se mit à chercher d'autres clients. Elle n'avait pas besoin de chercher très loin. Plus elle avait de contrats, plus elle préparait ses meurtres avec minutie.

Ce n'est qu'en gorgeant qu'on devient forgeron, que les gens disaient. C'était en tuant qu'on devenait un tueur, songea Dalia. Lorsqu'on était forgeron, on pouvait faire quelques erreurs. On apprenait de ses erreurs après tout, n'est-ce pas ? Mais lorsqu'on était tueuse à gages, une seule erreur pouvait nous être fatal. Et Dalia, comme à chaque instant de sa vie, ne le savait que trop bien.

-

Sa victime était un riche marchand.

Et ce soir était le grand soir.

Elle avait infiltré ses domestiques et avait ainsi pu épier chacun de ses déplacements, de ses faits et gestes, et ses habitudes. Et il avait pour habitude de boire beaucoup, beaucoup de vin lorsqu'il était contrarié. Il lui suffisait de glisser un peu de poison dans sa coupe et le liquide mortel fera son travail. Se procurer du poison fut une chose aisée. Introduire le poison dans l'alcool fut un jeu d'enfant.

Mais Dalia ne s'attendait absolument pas à ce que la fille du marchand la surprenne en compagnie de son géniteur, la mousse aux lèvres, sans aucune forme de vie dans son corps. Sa présence fut-elle qu'elle le prit complètement par surprise et qu'elle ne réagit pas assez vite lorsqu'elle s'enfuit pour donner l'alerte. Dalia avait fait une grossière erreur.

Elle était encore trop tendre qu'elle n'avait pas osé lancé sa dague dissimulé dans les plis de sa robe pour l'arrêter.


L'odeur acide d'urine, de sueur, d’excrément et de bile était devenue presque naturelle. La Mort était présente partout. Dans les yeux des prisonniers, pendue au dos des geôliers, faisait vibrer les cages des captifs.

Elle estimait qu'elle avait suffisamment passé de temps en ce lieu pour s'habituer aux relents putrides et acres de cadavres. Elle ne réagissait que lorsqu'un nouveau détenu était apporté. Et tenta, par l'infime nouvelle fragrance, de deviner qui était le malheureux. Un vampire ? Un lycan ? Ou bien ses êtres maudits, considérés comme des erreurs de la nature, pis encore qu'un vampire ou un lycan, un sang-mêlé ? Elle pouvait distinguer les vampires par leur apparence : teint pale, presque cadavéreux, yeux écarlates, crocs proéminents. Les lycans dégageaient cette aura bestiale, cette assurance qu'ils leur étaient propres. Du moins, elle se basa sur les souvenirs qu'elle avait de Gwilym. Elle avait arrêté de se demander ce qu'il faisait désormais. Elle pensait surtout à sa survie, à son prochain combat, à son prochain cadavre.

Rien ne la retenait dans ce monde et pourtant, elle s'y accrochait.

Pourquoi ?

Elle eut sa réponse lorsqu'on l'envoya pour la énième dans l'arène.

Elle était prête à affronter n'importe qui, n'importe quoi. Prête à tuer pour rester la dernière debout.

Mais elle n'était pas prête à ce que son passé perdu la rattrapa aussi soudainement.

Ils étaient trois à s'affronter, cette fois-ci. Deux vampires et un lycan. Rien de bien surprenant si ce n'était que la ressemblance troublante de l'autre vampire avec elle. Comme si elle se regardait dans un miroir. Son cœur se serra si soudainement en voyant l'air apeuré de la jeune fille, face au lycan transformé qui ne demandait qu'à assouvir ses pulsions meurtrières et s'abreuver de sang de vampire. À en juger par son apparence plus ou moins propre, elle était nouvelle. Contrairement à elle, qui était là depuis longtemps – un an ? Deux ans ? Elle n'arrivait pas à s'en souvenir mais elle savait que ceux qui misaient sur elle ne repartaient jamais les bourses vides.

Le lycan grogna de plus belle alors qu'aucune des deux ne se décidaient à bouger. Elle chargea finalement et, l'instant d'après, un nouveau cadavre gisait sur le sol.

-Stani... slava... ?

Elle tourna la tête vers l'autre vampire. C'était elle, qu'elle appelait Stanislava ?

-C'est bien toi, Stanislava ? Tu... tu es bien vivante... !

Elle ouvrit la bouche, dans la confusion la plus totale. Elle n'avait jamais entendu cette langue et pourtant, elle la comprenait. Elle grinça des dents, sentit une pression dans sa tête. Comme si on appuyait de toutes ses forces sur sa boite crânienne. Ses mains étaient devenues moites. Des sueurs froides perlaient sur son front.

-Stanislava... tu ne me reconnais pas ?

Elle ouvrit puis fermait la bouche, comme un poisson hors de l'eau, incapable de sortir un son, un mot, n'importe quoi. Elle devait la reconnaître ? Elle la connaissait ? Si elle avait croisé quelqu'un qui lui ressemblait comme deux gouttes d'eux, elle s'en serait souvenu ! Elle avait du mal à retenir les noms des villes où elle s'arrêtait mais un visage avec un nom, elle n'oubliait jamais. Elle cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Plongea ses prunelles vertes dans les yeux carmins de la vampire. Ignora les protestations des spectateurs. Elle plongea, encore et encore, dans ses yeux aussi rouge que le sang, aussi flamboyant que des flammes--

-M... Malin... ka... ?

Son visage s'illumina.

Stanislava eut l'impression de revivre son cauchemar. D'avoir à nouveau cinq ans.

-

Ma Princesse. Ma jolie petite princesse. Mon soleil de mes nuits.

Ses parents l'appelaient souvent ainsi. Ils la choyaient. La couvaient. L'aimaient. Purement et simplement. Stanislava, âgée de cinq, étaient sans doute la petite fille la plus aimée sur Terre. Et l'amour qu'elle portait à ses parents étaient aussi pure que son cœur. Lovée dans les bras de son père, Delling Filtchenkov inspectait les deux quenottes pointues de sa petite fille du bout des doigts, comme si c'était un jeu. Elle riait de bon cœur, tentant à plusieurs reprises de mordre son père mais ne le fit jamais. Sa petite grandissait bien. Il sourit.

Il replaça l'une de ses jolies boucles brunes et embrassa tendrement son front alors qu'il arrivait à destination. Le balcon de pierre qui donnait une vue imprenable sur une bonne partie de la principauté. Il observa les gens en contrebas, qui passaient. Ses sujets. Les futurs sujets de sa princesse. Il réajusta d'ailleurs le diadème en argent qui ornait ses cheveux tandis qu'elle essayait de lui prendre sa couronne.

-Du calme, принцесса. Un jour, tu pourras porter cette couronne. Mais pour cela, tu devras t'en montrer digne et devenir une Reine irréprochable, juste et aimante.
-моя любовь, elle n'a que cinq ans. Je ne suis point sûre qu'elle comprenne encore.

Delling se tourna vers sa femme, Nikita Filtchenkov, qui s'approcha d'eux et vint embrasser la joue de sa progéniture. Tous les trois ainsi réunis, on remarquait que Stanislava était le parfait mélange de ses parents. Elle possède la peau de porcelaine, propre à sa race de vampire, les cheveux bruns légèrement bouclés de son père et les yeux verts pétillants de sa mère. L'enfant regarda par dessus l'épaule de son père et s'agita soudainement. Il la posa sur le sol en pierre et la regarda s'enfuir à l'intérieur du château rejoindre une petite fille qui lui ressemblait comme deux gouttes d'eau. Malinka Braginsky, fille d'une des modestes domestiques, était la sœur spirituelle de Stanislava, sa meilleure amie, sa moitié, son âme sœur. Elle était également destinée à être sa calice. Mais ce détail, il en déciderait plus tard. Quand elles seront en âge de comprendre dans quel monde elles vivaient.


-

Malinka s'effondra dans ses bras. Plus pale encore et plus épuisée que jamais. La gorge serrée, Stanislava le tenait fermement contre elle, les mains tremblantes. Elle observait ce faciès presque similaire au sien. Un visage fin, des joues creusées par la fatigue, des cheveux bruns, de grands yeux verts. Ce qui les différenciait sans doute était l'éclat qui brillait dans leurs prunelles.

Soulagement. Joie. Reconnaissance. Nostalgie.

Colère. Confusion. Impatience. Tristesse.

-Tu... tu es tellement belle, Stanislava... Comme ta mère...

Elle ne savait pas quoi dire. Elle avait juste envie de pleurer. Elle tenait dans ses bras le dernier vestige de ses souvenirs. De sa vie passée. Unique témoin de ce qu'elle aurait du être.

-M... Malinka... pourquoi... ?

Comme lorsqu'elles étaient enfants, Stanislava n'avait pas besoin de terminer sa phrase. Elle savait de quoi elle parlait. Une profonde tristesse noya les émeraudes sombres de Malinka, tandis qu'elle serrait les dents, montrant ce qu'elle n'aurait jamais du devenir.

-

-Courez et ne vous retournez pas !
-Mais Mam-
-Partez !! Maintenant !

Malinka serrait si fort la main de Stanislava que cette dernière crut qu'elle allait briser ses phalanges. Mais la douleur n'était pas aussi forte que la peur qui la tenaillait. Zenia embrassa le front des deux petites filles encore une fois, pour la dernière fois, avant de les pousser dans le passage secret qui menait vers le jardin. Stanislava eut tout juste le temps de voir les portes de la chambre détruites, la pièce devenir la ploie des flammes, et Zenia s'écrouler alors qu'on lui enfonçait un pieu en plein cœur, non sans se débattre.

Les deux petites filles ne bougèrent pas, trop stupéfaites de ce qui se passait. Elles ne réagirent que lorsque des cris s'élevèrent de l'autre côté du mur. Malinka prit la tête, Stanislava se posant trop de questions pour avancer. Où étaient ses parents ? Avaient-ils été attaqués également ? Étaient-ils morts ? Qui voulaient donc les tuer ? Personne ne pourra lui fournir de réponses.

Complètement perdues, elles arrivèrent néanmoins dans le jardin qui se trouvait derrière le château et, avancèrent timidement. Les cris étaient moins forts mais toujours présents. Elles crièrent et sursautèrent en entendant une vitre se briser non loin d'elle. Un coup d'oeil derrière elle leur suffirent à les motiver à avancer, pour échapper au même que celui du château, à tous ses habitants. Brûlés.

Mais que pouvaient faire deux petites filles d'à peine six ans, seules, contre des adultes ?

Rien. Si ce n'est que fuir.

Alors qu'elles entraient dans la forêt, des personnes armées de torches les retrouvèrent, et, la panique n'aidant pas, Malinka trébucha sur une racine.

-Malinka !

Stanislava l'aida à se relever mais elle gémit lorsqu'elle s'appuya sur sa cheville et tomba à terre à nouveau.

-Va-t-en, Stani. Moi, ils me feront pas de mal.
-Non, je ne veux pas te laisser toute seule ici... Je ne veux pas être toute seule...

Les voix se rapprochaient. Ils se rapprochaient. Leurs fins approchaient.

Dans un geste de désespoir, Malinka poussa Stanislava de toutes ses forces pour l'éloigner d'elle. Et la jeune vampire perdit l'équilibre, roula le long de la pente. Le monde autour d'elle tourna, tourna, tourna.

Avant de plonger dans les ténèbres.


-

-S'il te plait... Stanislava... Aide-moi...

La voix de Malinka était étouffée, étranglée par les larmes. La forêt verdoyante de ses émeraudes laissa place aux flammes menaçantes. Elle tremblait de tout son être dans ses bras.

-Achève-moi... Prends ma vie... Je... je n'en peux plus de prendre la vie d'autrui...

L'estomac de Stanislava se noua douloureusement. Qui l'avait donc transformée ? Qui avait donc osé lui imposer un tel mode de vie ? Elle qui était humaine, comment avait-elle fait pour survivre, jusque là ? Stanislava se demanda combien de temps s'était écoulé depuis cette nuit, la nuit du massacre de sa famille ?

-Malinka, qui t'as fait ça ?

Ses lèvres bougèrent mais aucun son ne se sortit. Elle dut se pencher, coller son oreille contre ses lèvres pour pouvoir enfin entendre, connaître la raison de tous leurs malheurs. Elle posa ses lèvres sèches sur les siennes, ignorant les cris de désapprobation et de déception dans la foule. Elle l'aida à se mettre en position assise. Elle se leva, empoigna son épée. Leva le bras. Flancha en levant les bras. Et abaissa son arme d'un geste vif et précis.

La tête roulante de Malinka sur le sol poussiéreux fut la dernière chose dont elle se souvint distinctement de cette arène qu'elle mit à feu et à sang sous le coup de la folie et du désespoir.


Asiye soupira.

-Pardonnez mon indiscrétion, princesse, mais pourrais-je vous aider d'une quelconque façon pour soulager votre peine ?

La princesse Asiye se tourna vers l'esclave qui brossait avec délicatesse sa sublime chevelure de jais ce qui l'obligea à interrompre son travail. Elle observa, les sourcils froncés, la jeune femme qui était chargé de s'occuper d'elle depuis quelques mois déjà. Calla était belle. Très belle. Avec ses longs cheveux bruns bouclés et ses yeux verts aussi pures que le plus pure des émeraudes, elle rivalisait avec la beauté de la Princesse. Les traits de leurs visages étaient si similaires que s'en étaient troublants. Du moins, pour la princesse. Elle avait ouïe dire que Calla était une danseuse exceptionnelle ce qui la mena à être acheté par l'un des chefs militaires de son père et qu'elle lui as été offerte en guise de cadeau pour ses seize ans.

-Je ne veux pas me marier, Calla. Je vais devoir épouser l'un des gouverneurs de mon père. Lui donner des enfants. Être une femme parmi d'autres femmes dans son harem. Être son esclave.

Dans l'Empire ottoman, toutes les femmes ici, particulièrement les esclaves, semblaient se résigner à leurs destins. Calla n'avait pas eu de mal à se glisser dans ce style de vie bien différent de ce qu'elle avait vécu jusque là. Elle avait eu beaucoup de mal à s'habituer au climat ici mais réussit à s'y adapter néanmoins, surtout qu'elle devait faire preuve de plus de prudence avec les rayons du soleil. Mais attirer les faveurs d'un homme de haute importance avait été un jeu d'enfant. Devenir sa favorite ne lui fallut que quelques battements de cil. Et être sa tueuse à gages, quelques murmures chuchotés dans le creux de son oreille.

Si le style de vie était différent ici, les désirs des humains étaient tous les mêmes, peu importait le pays. Le chef militaire était avide de pouvoir. Et Calla était prête à le lui donner contre une belle somme de pièces d'or.

-Princesse... pouvez-vous garder un secret... ?

Asiye la regarda d'un air dubitatif mais néanmoins intéressée. Calla vérifia qu'il n'y avait personne autour d'elle avant de se pencher vers la Princesse et de lui chuchoter à l'oreille.

-J'ai moi même était une Princesse. Mais on m'a tout pris. On a tué mes parents. Ma famille. Ma seule et unique amie que je chérissais tant. Tout cela parce que ma famille était puissante et menaçait de le devenir encore plus. Ceux qui ont tué avaient peur. Mais ils ont échoué. Parce que je suis encore là. Vivante avec vous. J'ai vécu tant de choses. Des choses que vous n'imaginez pas et que vous n'oserez jamais imaginer. J'ai du me battre et tuer pour survivre. J'ai du tromper et duper pour manger. J'ai défier la Mort plus d'une fois. Je n'avais plus rien et pourtant je continuais à avancer. Alors que je pourrais très facilement cesser d'exister. Mais je continue malgré tout parce que j'ai quelque chose à accomplir avant de quitter ce monde.

Asiye ne saisit l'entièreté de ses paroles et l'observa toujours d'un air perplexe. Elle n'arrivait pas à discerner les émotions qui se cachaient derrière ce fin sourire et ses yeux perçants.

-Asiye... cela veut bien dire « rebelle » n'est-ce pas ? Dites-moi Princesse, seriez-vous prête à faire honneur à votre prénom ?
-... Quel est le lien avec ce que vous venez de me dire ?
-Parce que j'ai besoin de vous pour terminer ce que j'ai à faire. Je pourrais vous donner votre liberté en échange. Seriez-vous prête à abandonner votre vie de Princesse ?

Asiye avait peur. Mais elle accepta.

-

On pouvait encore entendre au loin des éclats de rire et quelques notes de musique qui s'effacèrent bientôt alors que le jour pointait le bout de son nez. Le gouverneur Aydin Kara dormait à poings fermés dans sa luxueuse chambre, avec sa nouvelle épouse, la fille du Sultan, la princesse Asiye. Un véritable joyau. Leur nuit de noce fut mémorable et longue. Il ne l'aurait jamais pensé aussi audacieuse et entreprenante. L'alcool et les plaisirs charnels auront eu raison de lui et il dormirait pour une bonne partie de la journée.

La princesse observa le visage endormi de son mari. Paisible. Serein. Un fin sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle se relevait doucement, avec lenteur pour ne pas le réveiller, elle écarta ses longs cheveux noirs qui lui chatouillaient les hanches d'une main et de l'autre, elle retira une dague dissimulée sous le matelas, la fit glisser dans son autre main et enfonça la lame dans le cœur de Aydin sans trouver aucune forme de résistance. Il avait ouvert grand les yeux lorsque l'arme s'enfonça dans ses chairs avant que la vie ne le quitte rapidement. La princesse fut fascinée par cette fraction de seconde où l'éclat de vie disparut définitivement de ses yeux. Mais elle ne s'éternisa pas plus longtemps.

Elle devait partir, maintenant son contrat terminé.

-je dois vous avouer que je suis fort impressionné par votre performance, Princesse Asiye. Qui l'eut cru qu'une tueuse se cachait sous ce joli faciès...

La Princesse s'immobilisa en sentant un métal froid sous sa gorge et un souffle chaud contre son oreille. Si elle bougeait, c'en était fini d'elle.

-Vous n'êtes pas la Princesse.

Ce n'était pas une question mais une affirmation. Depuis combien de temps l'observa-t-on ? Comment avait-elle pu négliger un tel détail ? S'en prendre à un gouverneur si haut placé n'était pas sans conséquence. Il fallait mieux se taire.

-Vous n'allez pas parler, évidemment. J'espère que vous avez conscience de ce que vous venez de faire, princesse. Mon chef ne va pas apprécier d'apprendre qu'il ait perdu l'une de ses ressources. Je vous conseille d'utiliser vos jolies petites lèvres pour parler si vous tenez à la vie.

-

Calla ne se souvenait plus depuis quand elle était devenue insensible à la douleur. Cela devait remonter quand elle avait tué Malinka de ses propres mains, il y a deux ou trois siècles de cela. Elle n'arrivait pas à placer une date. Elle ne comptait plus d'ailleurs le nombre de coups que lui avaient assénés ses geôliers pour la faire parler. Ils avaient tout essayé mais rien ne fonctionnait. Elle ne décloua pas les dents. Sauf une fois.

Je parlerais uniquement avec votre chef.

Puis elle redevint muette.

Et elle applaudit mentalement celui eut l'idée d'enfin contacter le chef de leur organisation. Elle ne compta pas le nombre de jours qui passa avant qu'il ne daigne se montrer mais au moins, elle sut qu'il allait venir. Pour l'occasion, on lui avait enchaîné les chevilles, et les mains dans le dos, ainsi que le cou. À genoux au sol, au beau milieu d'une pièce complètement vide, elle attendit.

Calla eut un bref sourire en entendant la porte s'ouvrir et en voyant enfin le fameux chef. Elle serra les dents lorsqu'un des geôliers l'obligea à lever la tête pour regarder le nouveau venu bien en face. Son teint pale et ses yeux rubis lui suffirent pour comprendre qu'elle avait face à elle un vampire. Et pas n'importe quel vampire.

-Je suis Asgueïr Aegirsson, maitre de ses lieux.

Son nom ne lui était pas inconnu. C'était même exactement lui qu'elle voulait.

Un Aergisson. Un chef des Fantast.

Si Calla était quelqu'un de fier, elle savait très bien quand elle devait se retirer pour ne pas subir de dégâts. Et elle sut qu'elle devait jouer très finement avec lui si elle voulait rester en vie pour quelques siècles encore. Sourcils froncés, elle dégagea son visage d'un coup sec et jeta un regard glacial à l'homme qui l'avait touché.

-Je ne parlais que lorsque nous serons réellement seul.

Elle jeta un regard lourd de sous-entendus à l'homme de main. Elle était très exigeante pour une vampire mais les informations qu'elle détenait étaient suffisamment précieuses pour qu'ils la gardent en vie et qu'il vienne lui même se déplacer pour la rencontrer. Et comme il fallait s'y attendre, il ne cilla pas qu'elle osa demander une telle requête malgré son statut de prisonnière. Il n'afficha aucune émotion, s'il était agacé ou autre, mais continua à parler d'un ton neutre et glacé.

-Dans une négociation il est d’usage d’offrir en même temps que de demander… Par exemple vous avez demandé à me voir, me voici donc. J’ai de ce fait répondu à votre demande, il serait donc de bon aloi de répondre à ma question maintenant… Qui êtes-vous ?

Calla se retint in extremis de se grogner. C'était une habitude dont elle avait du mal à s'en débarasser lorsqu'elle était contrariée ou lorsque les choses ne se déroulaient pas comme prévu. Comme elle s'y attendait, le vampire en face d'elle n'allait pas être facile à duper. Elle devait redoubler de prudende et faire attention à ses mots. Mais, elle avait horreur de tourner autour du pot. Jouer sur plusieurs roles étaient parfois épuisants mais elle ne pouvait se plaindre. Elle avait décidé de vivre ainsi, elle devait faire avec.

-Calla.

Elle était certes capable de sortir de long discours mais elle préférait largement les réponses brèves et concises. Il avait voulu un nom, il l'avait donné. Et il n'aurait rien de plus. S'il souhaitait négocier, ils allaient négocier. Mais un frisson désagréable parcourut son échine en voyant le regard glacial qui lui jetait.

Un seul faux pas et c'était fini, réalisa-t-elle.

Calla se détendit, mais très brièvement, lorsque l'homme de main s'éloigna enfin pour garder la porte. Mais elle resta vigilante lorsque l'Aergisson prit une chaise et s'assit face à elle, prêt à commencer l'interrogatoire. Calla mettait désormais sa vie en jeu et elle ne pouvait que sur sur son intellect pour s'en tirer. Il n'y avait pas d'armes à porter de mains, pas d'objets coupants. Rien qui puisse l'aider. Elle ne savait pas combien de personnes étaient présents dans les alentours. Elle ne savait pas même où elle se trouvait à l'heure actuelle. Le choix le plus judicieux était de collaborer. Du moins pour l'instant.

-Une nouvelle demande de réalisée… Vous voyez nous avançons… J’ai cru pendant un instant perdre mon temps. Ce qui aurait été fâcheux…de bien des façons.

Elle se redressa finalement, le dos droit malgré les chaines qui imposaient un certain poids sur sa nuque et continua à le défier du regard, même s'il était en position de force.

-Maintenant que les présentations sont faites entrons dans le vif du sujet… Dans cette affaire il y a trois choses qui m’importent. La plus importante est de savoir où est la princesse, la seconde est de connaitre votre commanditaire et la dernière concerne votre futur, qui dépendra grandement, vous vous en doutez, de vos réponses.

Son futur... Calla avait une petite idée sur le sujet mais ne s'éternisa pas pour l'instant.

-Je ne poserais cette question qu’une seule et unique fois, à vous d’y répondre avec la plus grande précision… Ou est la princesse ?

Le ton de sa voix ne laissait place à aucune négociation.

-La dernière fois que j'ai vu la Princesse, elle partait avec une cargaison de soie pour le port le plus proche. C'est tout ce que je peux vous dire sur ce sujet.

Elle ne mentait pas sur ce sujet. Libre à lui de la croire ou non. Calla s'était simplement chargé d'arranger un voyage vers un port la Princesse pourrait embarquer sur un bateau. Du moins, si elle y arrivait jusque là vivante. Même si elle mentait, s'il essayait de lui tirer les vers du nez par la torture, il n'en tirera absolument rien. Calla vivait dangereusement mais elle n'était pas imprudente pour autant.

-Pour ce qui est de mon commanditaire... Comment pourrais-je répondre aussi facilement que pour votre première question? Rien ne me garantit la vie sauve une fois que vous aurez ce que vous souhaitez.

Les loups lui avaient appris à chasser, à reconnaître les dangers, à se montrer discrète et patientes Gwilym lui avait apprit à marcher, à lire, à écrire et à se battre avec des armes. Calla dut apprendre à ses dépends la ruse, la tromperie, des dizaines de langue, de nouvelles façons de son combattre. Mais ce que personne n'avait besoin de lui inculquer était l'unique chose qui la maintenait en vie jusqu'à présent : sa fierté.

Calla avait été trop fière lorsqu'elle avait prit la tête de la meute lorsque sa mère lupine mourut. Calla avait été trop fière pour supporter un morveux comme Helmutz pour le laisser l'insulter librement sans représailles. Calla avait été trop fière pour pleurer après son viol. Calla avait été trop fière chaque fois qu'elle réussissait à tuer sa cible. Et aujourd'hui, elle l'était. Elle était trop fière d'avoir semble-t-il attiré l'attention de cet homme possédant une puissance politique importante à en juger par son implication dans l'assassinat qu'elle avait commis. Elle était suffisamment fière pour savoir que cette même fierté la perdra un jour. Mais pas maintenant. Pas aujourd'hui.

-Qu'est ce qui me prouve que vos informations sont correctes ? Rien… Mais je vais faire preuve d'honnêteté concernant ce qui va se passer. Rien ne vous garantit de survivre à cet entretien, comme rien ne vous prouve le contraire… Concernant votre commanditaire c'est secondaire pour ma part. Certes je n'aurais pas son nom mais je peux l'attraper d'une autre façon. En faisant par exemple courir la rumeur que l'assassin a fini par révéler le nom de son payeur. Grâce à cela une enquête va être menée et avec l'aide de ce dernier en échange de sa vie le responsable de ce chaos va être arrêté sous peu. Puis j'attends de voir ce que m'apporte la tempête que j'aurais déclenché. Pendant ce temps la vous serez morte et enterrée, ou libérée et poursuivit par les hommes de votre patron...

Calla n'en était nullement inquiétée. Elle se savait capable de mater quelques soldats des hommes qui l'avaient commandité. Mais si ceux du Aergisson étaient impliqués, ce serait une autre affaire...

-Vous voyez rien n’est sur en ce bas monde… Si vous vouliez avoir une garantie sur votre vie il aurait mieux fallu faire autre chose de votre vie… Mais je n’ai pas le droit de juger vos choix, cela vous regarde. Ce qui m’impacte par contre c’est que vais-je faire de vous… Vous chassez sur le territoire d’un autre, vous mettez le désordre dans ses affaires et vous faites de la rétention d’information… Alors dites-moi que feriez vous si vous étiez à ma place ?

Même à genoux, Calla continua à sourire, de ce petit sourire en coin plein de fierté.

-Etes-vous sûr de vouloir solliciter mon avis à ce sujet ?

-

-Tu apprends vite. Mais tu laisses trop d'ouverture. On recommence.

Sourcils froncés, Calla se releva et se remit en position d'attaque face à son adversaire, son professeur. Elle avait l'impression d'être à nouveau face à Gwilym, des siècles auparavant. Sauf que cette fois-ci, elle savait se battre, elle savait manier une arme. Mais elle découvrit une nouvelle façon de se mouver qui l'obligeait presque à tout recommencer. Tout était question de fluidité, de précision et de rapidité. Ses entraînements se concentrèrent principalement sur les épées à une main et les dagues. Et on ne lui cacha pas qu'elle était l'une des meilleures au maniement des dagues. En dehors des armes, on lui apprit à confectionner des bombes de toutes sortes et à quel moment les utiliser. On lui fit découvrir des poisons et comment les utiliser sur des lames ou des fléchettes. Calla gagna en muscle et en souplesse durant les longues séances d’entraînement à bondir de toit en toit dans tout Constantinople. Au sein de cette guilde, les missions devenaient presque d'une simplicité enfantine.

Il ne lui fallut que six mois pour être diplômée et six mois supplémentaires pour mettre son plan à exécution.

-

-Et de 11...

Calla soupira alors qu'elle essuya le sang sur sa joue, sentant la plaie se refermer d'elle même. L'avantage d'être un vampire. Elle donna un léger coup de pied dans la tête désormais détachée de son corps de son « camarade ». Elle fut bien soulagée de constater qu'il n'avait pas utilisé de lame empoisonnée. Celui-ci fut bien plus coriace que les précédents. Elle s'en était pris au début à des recrues. Leurs morts étaient beaucoup plus faciles à masquer que des diplômés ou des élites. Mais elle ne pouvait pas en tuer trop d'un coup pour éviter les soupçons. Elle avait fini par espacer les assassinats et commença à s'en prendre à des plus hauts placés dans la guilde. Elle venait d'achever son deuxième élite, un an plus tard après le premier. Calla savait parfaitement qu'il lui serait impossible de tous les tuer mais rien ne l'empêchait de faire quelques dégâts. Encore une fois, elle jouait avec le feu.

Et encore une fois, elle faillit se brûler les ailes.

Calla avait planifié soigneusement cet assassinat. Mais ce qu'elle n'avait pas planifié, c'est qu'un lieutenant viendrait pour apporter de nouvelles informations. Il y eut quelques secondes de flottements, de tension lorsque le lieutenant aperçut le corps gisant d'un assassin et Calla près de ce dernier. Tenter de se justifier était inutile. Il ne fallait pas être un grand philosophe pour comprendre ce qui se passait.

Bien que l'affrontement avec l'élite l'avait déjà épuisé, elle réussit à blesser le lieutenant au coude et au genou pour le ralentir non sans quelques séquelles également. Voilà dix ans qu'elle était dans la guilde et Calla était surtout connue pour encaisser les coups et les blessures sans broncher et sans cligner des yeux. Elle pouvait avoir un lame enfoncée dans le dos qu'elle ne ressentirait rien et qu'elle continuerait à se battre jusqu'à ce que l'autre s'effondre. Elle se félicita mentalement d'avoir apporter une bombe fumigènes qui lui permit de s'échapper temporairement.

Elle allait devoir quitter Constantinople plus tôt que prévu.

Tandis qu'elle slalomait dans les ruelles de la grande ville, elle laissa derrière sa tenue d'assassin, pièce par pièce, jusqu'à se retrouver presque entièrement nue, à l'exception de ses deux lames, des nombreuses poches contenant couteaux de lancer et bombes. Elle ignora les regards choqués des femmes qui la voyaient si peu vêtue. Elle s'arrêta près d'une maison où des grands draps colorés séchaient au soleil. Elle jeta un rapide coup d'oeil  à l'intérieur et ne vit aucun mouvement. Elle s'y glissa sans aucune difficulté, trouva la chambre à coucher et se servit sans gêne dans les vêtements. Des vêtements d'homme. Quelle chance qu'il ne soit pas grassouillet. S'apprêtant à sortir, elle s'arrêta devant un miroir et observa son reflet. Elle s'était obstinée à teindre ses cheveux en noirs et les avaient gardé longs. Elle prit l'un de ses couteau et trancha d'un coup sec sa longue natte, qu'elle jeta dans un tas d'ordure. Elle cacha sa chevelure rebelle avec un turban, se promettant de se donner une coiffure plus respectable une fois partie.

D'ordinaire, Calla se battait pour sauver sa peau.

Elle n'avait jamais autant couru de sa vie pour échapper à quelque chose de bien pire que la Mort.


600 ans...

Stanislava n'en était pas très sûre.

Peut-être plus. Peut-être moins. Mais elle avait vécu suffisamment longtemps pour mourir autant de fois qu'elle avait tué. Tout comme son âge, Stanislava avait arrêté de compter les cadavres derrière elle. Elle en avait laissé plus de cent, pour sûr. Elle avait cessé de compter également les nombreux noms qu'elle avait prit puis jeté. Elle semblait ne pas y attacher trop d'importance et pourtant Stanislava était trop précieux pour qu'elle le donne à quelqu'un. Elle avait fini par faire des recherches sur qui elle était, d'où elle venait. Cette entreprise lui prit des années mais qu'est-ce que cinq ans dans six siècles ? Peu de chose.

Stanislava Filtchenkov. Ou plutôt Stanislava Fahlstrom.

Fille de Delling Fahlström et Nikita Nyström, Stanislava était issue de deux familles puissantes du FANTAST. Elle avait croisé un Aergisson. Sans doute le chef, mais elle ne put confirmer ses doutes. Elle avait fini par semer ses hommes mais pour combien de temps encore ? Voilà deux ans qu'elle avait fui Constantinople mais elle restait néanmoins sur ses gardes. Ses cheveux avaient retrouvé leur couleur d'origine et étaient de nouveaux longs.

Le dos posé contre son étalon noir qui dormait paisiblement, son regard se perdait dans les flammes du petit foyer qu'elle avait fait. De vagues souvenirs envahirent son esprit mais elle les chassa aussitôt. Et observa le ciel étoilé qui s'étendait à l'infini au-dessus de sa tête.

Elle jura à une petite étoile du nom de Malinka qu'elle la rejoindrait. Mais pas maintenant. Pas tant que les FANTAST existaient.
Voir le profil de l'utilisateur
♕ • Proie designée • ♕
Victoria England Nightray
avatar

Mémoire de vie
Race: Humain
Métier/Rang: Reine d'Angleterre
Statut amoureux: Marié(e)
♕ • Proie designée • ♕
Messages : 42
Âge du personnage : 23 ans

Mar 12 Sep - 22:26
••• Bienvenue parmi nous


Cette fiche est juste parfaite! J'aime la façon que tu as eu de narrer cette histoire, celles d'une fille aux mille visages ♥
Te voilà dooonc validée! ♥

Le test d'entrée passé, te voilà désormais une CITOYENNE VAMPIRE.
Tu peux dés à présent aller recenser ton avatar, chercher des partenaires de rp et poster une fiches récapitulative de tes relations que nous te conseillons d'aller consulter pour une intégration rapide.

N'hésites pas, également, à apporter ta pierre à l'édifice d'Ex-Cathedra, nous comptons sur toi.  Bon séjour parmi nous et n'hésite pas à nous solliciter si le besoin en est.
Victoria.

_________________

Victoria murmure en #6699CC
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

Page 1 sur 1
Sujets similaires
-
» Stay down and calm your anger, little fighter
» Anger is the sweetest feeling... [PV Phoebe]
» LES TAPISSERIES D'ANGERS
» Angers'lackline (Angers 49)
» ANGER PASSION & AGONY x YERA

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
EX CATHEDRA :: A chaque coeur son ouvrage :: Entités nouvelles :: Les Âmes Damnées-
Sauter vers: