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 {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets

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Humain

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MessageSujet: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Jeu 16 Fév - 22:46

Aujourd’hui semblait être un jour spécial. Tout le monde s’apprêtait et remuait ciel et terre pour une raison encore bien obscure aux yeux de l’enfant qu’était alors le prince légitime de la Couronne de France. A Charles, rien n’avait été dit, ni dévoilé. Son père, comme à l’accoutumée, n’avait guère daigné lui accordé une petite attention, aussi se retrouvait-il encore une fois – pour ne point changer – entre les mains de ses précepteurs et nourrices.

« Louise, pourquoi donc tout ce chambardement ? » avait osé demander le petit blond, encore ignorant de la source de cette nouvelle agitation. Lui aussi, d’une nature curieuse, aurait voulu en savoir davantage. La plus jeune des femmes de chambres dévouées à son service, tâcha de le renseigner au mieux. « Oh, cher Altesse, vous ne savez pas ? Apparemment, aujourd’hui, une personne très importante vient rendre visite à votre Père, le Roi ! » « Qui est-ce ? » Insista Charles, tout en tirant un peu sur le pan du tablier de la susnommée Louise. Mais cette dernière ne put que lui répondre d’un air contrits « Je suis désolée, votre altesse, mais je n’en sais guère plus, malheureusement… »

L’enfant fit une moue terriblement déçue et relâcha sa prise sur le tissu blanc. Se sentant probablement coupable, en quelque sorte, la jeune femme lui intima l’idée d’aller faire une petite promenade dans les jardins de la Cour Royale. Il était vrai qu’avec les premiers rayons de soleil, les bourgeons des fleurs en tout genre révélaient couleurs à venir et parfums plus qu’exquis. Convaincu à moitié par cette activité, le petit souverain se laissa donc tenter par cette suggestion et quitta le grand bâtiment où il possédait ses quartiers.

Aujourd’hui, l’effervescence était telle qu’aucun garde ne faisait réellement attention à lui. En soit, cela ne dérangeait guère Charles, bien au contraire ! Il appréciait d’avoir un peu d’espace pour lui sans avoir une présence constante sur son dos.

Et c’est là, après une courte marche entre les buissons fraîchement taillés par les jardiniers de son père, qu’il aperçut une silhouette, tout près de lui. « Bonjour… ? » hésitât-il un instant.

ft. Gustav II fran Sverige


HRP : Bébé Charles : http://static.zerochan.net/United.Kingdom.full.1943595.jpg ♥

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Dim 19 Fév - 19:30

La traversée fut longue pour le jeune homme qu’il était. Même si la mer fut calme, sans tempêtes et sans accidents de piraterie. Et pourtant, Gustav avait tenu bon contre l’ennui et les malaises qui auraient pu se saisir de lui à bord du navire. Lorsqu’il abandonnait son livre de contes – discrètement glissé avant le départ dans son petit sac – le prince de Suède accompagnait son père sur le pont pour que celui-ci s’occupe de son éducation maritime. Loin d’être un grand navigateur, le monarque s’y connaissait un peu compte tenu de sa nationalité suédoise. De temps en temps, le second capitaine prenait le temps d’expliquer au jeune prince le fonctionnement d’un navire, le cartographe lui apprenait comment il s’y prenait pour dresser une carte des routes maritimes entre la Suède et la France. Ces petites attentions furent des plus agréables et rendirent le trajet moins long, tout comme ce vaste ciel étoilé que Gustav admirait chaque soir avant d’aller se coucher.
Le navire royal accosta sur les côtes du royaume à l’aurore d’une belle matinée de printemps. Le paysage était encore caché sous un brouillard épais, mais les quelques rayons de soleil qui arrivaient à se frayer un chemin pour épouser les contours de la lande séduisaient le petit prince. Alors c’était ça, la France. Avant de partir, il avait regardé une vieille carte du pays. Le territoire était long, tout comme son pays natal, mais seule une partie donnait sur la cote. Comment, alors, faisaient les gens qui habitaient dans les terres ? De plus, il n’avait pas souvenir de lacs ou de fjords dessinés sur ces cartes jaunies. Un bien étrange pays qui attisait sa curiosité et qui l’obsédait jusqu’à en perdre l’envie de dormir. Dans une calèche sobre, dissimulant la dynastie suédoise, Gustav admira les terres qui défilaient devant lui. À mesure que le soleil se levait, la brume se dissipait, enlevant son mysticisme à cette terre de France. Deux jours et demi de calèche plus tard, et la troupe fut accueillie au château du roi de France.

De vastes jardins entouraient le château. Les yeux clairs de Gustav laissèrent transpirer l’envie de les découvrir et cet intérêt soudain pour de nouvelles variétés de plantes fit sourire son père le roi. Ce dernier échangea quelques mots avec le personnel qui les accueillit. « Gustav. Tu peux aller te balader dans les jardins. Dès que tu entendras la cloche, tu seras prié de revenir ici. N’oublie pas ton rang, ni la raison de notre venue. » Son cœur se mit à battre d’excitation. « Oui père. Merci. » Et c’est en se dandinant que le jeune prince rejoignit les premiers buissons du jardin. Faire honneur à son rang… Surtout ne pas courir… Dès qu’il fut hors de portée de toute vue adulte, le suédois plongea son nez dans une rose. Un parfum délicat et divin pénétra ses poumons et un sourire ravi s’afficha sur son visage. De son petit sac en cuir, il sortit un petit carnet et une mine de graphite et se mit à la dessiner. En quelques coups de crayons, il avait sa propre rose, son premier souvenir français. Cette fleur était magnifique, tout comme… D’autres variétés attirèrent ses pas. Ce fut lorsqu’il commença son deuxième croquis qu’il entendit une petite voix. On aurait dit que les fleurs lui parlaient. Il regarda son modèle « vivant », intrigué. « Bonjour ? » S’il avait vu la tête blonde ? Pardi, non !
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Humain

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Lun 20 Fév - 23:00

Le petit prince avait pourtant tout fait dans les règles, comme on le lui avait appris. Il n’avait pas crié et il ne lui avait pas semblé avoir été particulièrement odieux au point que l’on ne veuille lui répondre ; aussi il ne comprenait pas pourquoi la crinière brune qu’il avait interpellé –ou salué, plutôt, pour être plus exact – n’avait même pas réagit face à son simple « bonjour ». Ce n’était pas quelque chose d’ahurissant pourtant… Les gens se disaient bonjour tout le temps ! Enfin, à lui et son père on adressait généralement des formules plus polies et soutenues telles que « Bien le bonjour votre Altesse » ou encore « Merveilleuse journée votre Majesté », mais Charles savait qu’il avait le droit de revenir à une forme plu épurée de temps à autre. Et puis, présentement, son père n’était pas là alors il n’avait pas besoin de faire trop de formalités… n’est-ce pas ?

Quoi qu’il en soit, n’appréciant pas vraiment d’être ainsi ignoré, le jeune Charles prit le parti de contourner les buissons en fleurs –mieux valait ne pas les abîmer sous peine d’une sévère correction – afin d’aller voir de lui-même qui était cet étrange individu n’ayant pas daigné lui répondre.
Une fois parvenu dans le dos de la silhouette qu’il avait aperçu, Charles se rendit compte qu’il s’agissait en réalité d’un garçon, tout comme lui. Sans doute dans ses âges, également, vu la taille et la gabarit – même si cela, il ne pouvait en être totalement certain à première vue seulement. Aussi, prenant les devants et affichant une mine quelque peu boudeuse – car cela ne résolvait pas son problème actuel -, le prince vint poser sa main sur l’une des épaules du garçon qui lui tournait le dos, le forçant, cette fois, à prendre acte de sa présence. « J’ai dit bonjour ! »

Il relâcha sa prise, inspectant ledit petit d’hommes, Charles réalisa une chose qui était à son sens suffisamment étonnante pour être soulignée. « Je ne t’ai jamais vu ici, d’où viens-tu ? ». Vu les vêtements ouvragés qu’il portait, aucune chance qu’il soit fils de domestique. Jamais de la vie. Peut-être était-il un fils de dignitaires. Mais dans ce cas, pourquoi donc Charles ne l’avait-il jamais vu ici ? Les plus proches de son père, lorsqu’ils avaient des enfants, venaient constamment avec eux, même lorsque ces derniers étaient malades… L’héritier de France ne comprenait pas vraiment. Peut-être était-il étranger, alors ? « Tu comprends ce que je dis, au moins ? »

Le petit souverain tenta le tout pour le tout. Il serait fixé dès les premières paroles de son homologue après tout.

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Mer 1 Mar - 7:15

Gustav avait les yeux qui pétillaient. Plus les secondes passaient, plus il se confortait dans l’idée que la voix venait de cette modeste petite fleur blanche perdue dans son immense mur de verdure. Pure, délicate, sa voix était à l’image de son existence. Le petit prince était comblé. Il se mit alors à lui marmonner en suédois des politesses, des flatteries d’enfant qui aurait fait rougir de tendresse sa mère la reine. Après s’être présenté, avoir échangé quelques mots de courtoisie, Gustav lui demanda poliment s’il pouvait garder une trace de sa beauté à côté de sa cousine la Rose. Un courant d’air la fit hocher les pétales et il sourit de plus belle. « Danke ! » Il fit courir sa mine de graphite sur le papier, plus concentré et plus joyeux que jamais. Qu’elle était belle ! Qu’elle sentait bon ! Oh ! La voilà qui frissonne. Est-ce de pudeur ou à cause de la fraîcheur ? Le prince détourna le regard pour qu’elle se refasse une petite beauté… Avant de reposer ses yeux clairs sur la blancheur de son corps.

C’est pourquoi le fils du roi de Suède n’entendit ni les pas se rapprocher, ni ne sentit une chaleur se mêler à son aura. Il était purement et simplement obnubilé par la danse sensuelle de la fleur de lys qui se mouvait au gré de son crayon. Cependant, une ombre vint se joindre à leur couple. Ayant moins de luminosité en cette belle journée, Gustav fronça les sourcils. Qu’est-ce qui pouvait bien entraver sa source principale de lumière ? Un nuage ? Celui-ci devrait alors bientôt s’en aller… Voir même serait déjà parti… À moins que ce ne soit un très gros nuage porteur de pluie. Peu importe, il reprit son esquisse. C’est alors qu’une main se posa sur son épaule. Le petit brun sursauta. Sa mine de graphite suivit son mouvement pour venir rayer d’un trait net le portrait de sa belle. Prenant conscience de son geste, il regarda hébété le résultat. Son dessin… Estropié… Sa Muse… Son regard alla de la feuille à la fleur de nombreuses fois avant qu’il ne tourne vivement la tête vers le responsable de ce carnage. Il allait vivement protester contre cet assassin. C’était un crime contre l’art ! Contre son art ! Par Odin, ça n’allait pas se passer comme ça ! Serrant son carnet relié contre sa poitrine, Gustav se mit alors à pester avec froideur. En suédois. Chassez le naturel, il revient au galop. Prit dans sa tempête nordique, il en avait oublié le pays dans lequel il se trouvait, n’ayant même pas conscience du rang que pouvait avoir son homologue. D’ailleurs, en parlant de lui… Il avait à peu près sa taille et un visage clair. Ses cheveux blonds entouraient ses traits fins et ses yeux profonds. Qui était-il ? Et comment une personne aussi distinguée et aussi jolie pouvait attaquer les artistes en herbe ?! Face à son air surprit, le prince s’arrêta dans ses protestations pour poser sa main sur son front ; il venait de se rappeler qu'il était en France. Ce qui expliquait pourquoi l’autre petit garçon le regardait avec un air idiot. Il se rappela des mots élémentaires qui lui avaient enseigné son précepteur avant de partir. « Bonjour. » dit-il cette fois en français en roulant son R. « Pouvez-vous parler… hem… Doucement ? » Sa voix n’était pas chevrotante malgré son peu de vocabulaire.
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Humain

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Jeu 9 Mar - 21:37

La litanie étrange, prononcée en une langue que Charles ne maitrisait pas –encore- eut le mérite de lui faire hausser un sourcil. « Ah ! Mais tu n’es pas du tout français, en fait ! » L’enfant eut une sorte de révélation, durant ce court moment de réalisation. Bien… Il devait faire autrement pour se faire comprendre, du coup. Ou, tout du moins, ne pas parler à une cadence si soutenue. En soit, ce n’était pas un exercice très complexe pour le jeune prince ; il avait déjà eu à observer ce genre de comportement avec les enfants de dignitaires étrangers venus visiter la France à bien des occasions. Cependant, pour cette fois-ci, l’héritier de France percevait la chose… différemment.
C’était peut-être étrange, voir stupide de raisonner pareillement, mais le jeune blond sentait qu’il n’était pas obligé de s’engoncer dans des propos sirupeux et des formules de politesses bien trop étoffées pour être honnêtes avec cet autre garçon qui devait avoir à peu près son âge. Il lui offrit un sourire sincère tout en lui tendant sa main, dans un geste qui se voulait symbolique – puisqu’il avait vu son père le faire à bien des reprises. « Bonjour. Je m’appelle Charles de France. »

Il avait fait bien attention à articuler correctement et à ne pas enchaîner trop vite les paroles pour que son camarade de l’instant puisse le comprendre plus aisément. Puis, curieux comme l’invitait à être sa nature profonde, le prince du pays aux lys vint observer ce à quoi s’occupait jusqu’alors le brun miniature. Oh, du dessin. Il fut forcé de reconnaître que l’œuvre réalisé alors, bien qu’elle fut sommaire, était d’une beauté certaine – et le serait encore sans doute bien davantage si de la patience était ajouté à ce talent en herbe.

Mais Charles ne voyait guère l’intérêt de se contenter d’une simple fleur. Enfin, lui le voyait pareillement, mais il se doutait bien que si l’autre enfant avait pris la peine de se placer ici – dans un endroit sans grande lumière ou belle exposition – c’était qu’il devait y avoir une raison. Peut-être n’avait-il pas encore vu le reste du jardin ? Dans ce cas, Charles s’était décidé à lui montrer le reste des fleurs blanches un peu plus loin, dans une alcôve bien entretenue. « Viens, je vais te montrer quelque chose ! »

Et ainsi, tirant le petit brun par la main, le prince l’emmena jusque dans un réservoir floral bien plus intense que la petite fleur du buisson qu’il avait pu voir précédemment.

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Mar 18 Avr - 9:59

Et dire qu’il lui avait demandé de parler doucement… N’avait-il pas comprit ? Ou bien le suédois n’avait pas bien parlé ? Il fronça les sourcils et commença à gonfler ses joues. Il savait que son français laissait à désirer vu qu’il était en train de l’apprendre, mais il prenait l’initiative de conversations -plutôt sommaires, cela va s’en dire- avec le domestique du Consul de France. Ce dernier était ravi de pouvoir partager sa culture et sa langue si riche de son passé latin, là où Gustav s’imprégnait avec délices d’une langue inconnue. Le jeune prince ne perçut seulement que la négation de sa phrase et le mot « français ». Il en déduit que, finalement, ce jeune blondinet envahissant avait comprit qu’il n’était pas de ce pays riche en vins, en fromages et en terres agricoles. Donc au final, il avait relativement bien parlé… Il se détendit de soulagement et dégonfla ses joues charnues.
« Charles » avait parlé doucement -enfin !- et lui tendit la main. Franchement. Ses petits doigts immaculés étaient parfaitement alignés, parfaitement droits et tendus dans une position qui n’invitait qu’humilité et amitié. Ses yeux clairs restèrent longuement sur elle, la détaillant et se demandant pourquoi son homologue faisait ce geste et surtout, pourquoi il le maintint aussi longtemps… Lorsque cela fit échos dans sa petite tête remplie de végétaux. Gustav dégluti avant de glisser sa mine de graphite dans son petit sac en cuir. Il s’essuya maladroitement la main sur le chiffon qui se trouvait dans l’une de ces poches avant de glisser timidement sa main contre celle de Charles. De France. Le suédois releva doucement les yeux, se rendant compte de qui il avait en face de lui, de la rudesse dont il avait fait preuve envers son hôte. Heureusement qu’il ne comprenait pas le suédois ! Sinon il aurait été dans de beaux draps…  Bonjour l’incident diplomatique ! Mais Charles dégageait une aura apaisante, provoquant chez le nordique un sentiment chaleureux étrange. Est-ce que tous les Français étaient ainsi ? « Je m’appelle Gustav Fran Sverige. » dit-il en prenant soin de ne pas être trop agressif en prononçant ses consonnes.

Le prince avait partiellement oublié son cahier encore ouvert sur son avant-bras. Charles et ses cheveux de blés l’avaient beaucoup trop troublé pour qu’il prenne la peine de pester une nouvelle fois pour sa fleur meurtrie. Et pourtant, ce n’était pas le cas du français qui posa enfin son regard sur son modeste ouvrage. Le suédois essaya de détailler la réaction de son homologue royal, une émotion, de l’émerveillement, du dégoût ou du dédain. Constatant que son visage était inexpressif, il rougit de son art. Lui qui trouvait qu’il l’avait joliment reproduite ! Son avant-bras se redressa, rabantant le cahier contre sa poitrine ; il ne voulait plus que Charles regarde son gribouillage. S’il perdait confiance en lui ? Non, il doutait. Il ne maîtrisait pas le dessin aussi bien qu’il le voulait et s’entraînait seul, à l’abri des regards des domestiques et de son petit frère trop curieux. C’était au calme des jardins qu’il essayait de parfaire son coup de crayon… Sans maître. C’est que le petit prince avait sa fierté tout de même !
Le blond, débordant d’énergie, referma sa main sur la sienne et s’exprima avec suffisamment d’enthousiasme pour que Gustav affiche un air perplexe. Qu’avait-il dit ? Il ouvrit la bouche, et la referma bien vite lorsqu’il fut entraîné à travers les buissons bien taillés et les petites fontaines secrètes. Plutôt que de se focaliser sur sa course, le suédois regardait passer devant lui des myriades d’endroits qui faisaient de bons points pour s’entraîner à la perspective. Plusieurs fois, il aurait aimé s’arrêter et prendre le temps d’admirer un recoin, s’installer sur un banc et profiter du piaillement des oiseaux. Il se mordilla nerveusement la lèvre inférieure en se disant que ce n’était que le premier jour, que lui et son père resteraient une quinzaine de jours. Entre les mondanités en début et en fin de journée, il se dit qu’il aurait le temps de venir se perdre ici pour dessiner. Cette pensée lui tira un sourire et un ricanement cristallin avant qu’il ne percute Charles.

Ce dernier s’était arrêté, et dans leur course folle, Gustav n’avait pas remarqué qu’ils étaient arrivés à leur destination. Il s’excusa de réflexe en suédois avant de se reprendre en français. « Excusez-moi... » dit-il maladroitement en levant les yeux vers un visage fier. Pourquoi est-ce que… Les yeux de l’héritier de la couronne du Royaume de Suède s’illuminèrent.
Une multitude de fleurs tout aussi pures étaient réunies au même endroit. Leur beauté se démarquait du reste des végétaux grâce à l’abondance de la verdure. La lumière tombait en plein sur elles, comme si le Tout Puissant ne pouvait que montrer leur magnificence. On ne voyait qu’elles dans cette alcôve. Un petit banc en pierre blanc rappelait la forme de l’espace, deux oiseaux y étaient installés et prenaient un bain de soleil bien mérité après leur balade. Gustav commença à murmurer dans sa langue natale, bien trop captivé par ce lieu unique, reculé et protégé de toute intrusion trop facile. Il disait à quel point le lieu était beau, serein et aspirait à la détente. Il en vient même à penser que lire un livre ici serait divin, à penser à en faire son Q.G. pour le reste de son séjour dans cette demeure française. Sa main se mit à trembler d’anticipation, et c’est à ce moment qu’il se rappela qu’il n’était pas venu ici tout seul. Il tourna la tête vers Charles et, avec un sourire jusqu’aux oreilles, il le remercia en français. « Je peux dessiner ? »
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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Mer 26 Avr - 16:19

Étant donné qu’il voyait ces fleurs-là absolument tous les jours – enfin, uniquement quand la saison s’y prêtaient puisqu’elles disparaissaient dès l’arrivée de l’automne -, Charles ne voyait pas ce qu’il y avait d’exceptionnel avec ces plantes-ci. Le jeune prince n’avait pas été suffisamment sensibilisé, sans doute, à la volupté de ces dames de jardins, toutes plus belles les unes que les autres. Un jour, une servante ayant la fibre maternelle avait profité que son père l’avait laissé errer seul dans le jardin pour lui expliquer les différentes sortes de roses mais aussi la signification de chacune des fleurs qu’elle avait pu lui montrer. Charles n’en avait rien retenu de concret si ce n’est que des messages pouvaient être délivrés en offrant une fleur à un être cher. Pour son esprit d’enfant, une association fut rapidement faite, issue d’un calcul subjectif au possible ; les pétales blancs de ces donzelle fleuries étaient très beaux, alors c’était forcément une chose positive qui était transmis par leurs dons. Soit.

« Bien sûr que tu peux dessiner. Autant que tu veux. » Le petit prince regardait l’air illuminé du garçon qui ne devait pas être beaucoup plus âgé que lui maintenant qu’il prenait le temps de mieux regarder. Il s’interrogeait beaucoup sur la raison de sa présence ici ; il était forcément noble vu ses beaux atours mais… qui pouvait-il être, à la fin ? Alors, en parlant le plus lentement et distinctement possible, le jeune héritier de la couronne de France prit place à même l’herbe en dessous de ses pieds et délia les lèvres « Ça veut dire quoi ‘fran Sverige’ ? » Il avait envie d’en savoir plus sur ce bonhomme qui lui ressemblait quand même sous certains aspects. Ne pas savoir agaçait l’enfant et maintenant qu’il avait trouvé quelqu’un avec qui conversé, il ne tenait pas spécialement à repartir de zéro.

S’ennuyer ? Très peu pour lui ! Déjà que le prince estimait avoir eu une sacrée chance de tomber sur cet autre garçon, il n’allait pas lisser la solitude venir poser ses sales pattes sur lui une fois encore. Et puis, la barrière de la langue, puisqu’elle semblait exister entre lui et son homologue, ne faisait que titiller encore plus sa curiosité. Ses yeux émeraudes fixaient la silhouette proche de lui et même en se concentrant, il ne comprenait toujours pas pourquoi les fleurs blanches éveillaient chez le petit brun de telles réactions. Ceci étant dit, pour le peu qu’il avait pu en voir, Charles avait trouvé les dessins sur le cahier de croquis des plus jolis. Il était tout de même quelque peu envieux. Lui ne savait pas bien manier le crayon ou le pinceau, au grand damne de ses précepteurs qui essayaient sans cesse de lui apprendre de nouveaux mouvements, à chaque fois ‘plus adapté’ à sa fibre artistique, mais rien n’y faisait. Ses créations ne donnaient jamais ce qu’il espérait. A vrai dire, Charles excellait bien plus dans la danse et la musique que dans les arts primaires. D’où l’admiration qu’il ressentait pour l’étranger. D’ailleurs, il se demandait sin peut-être, il pourrait rester un peu pour voir le reste des œuvres du garçon. « Pourquoi est-ce que tu aimes autant ces fleurs ? » Une fois encore, il avait fait attention de bien décomposer chaque syllabe pour être le plus compréhensible possible. Il avait bien conscience qu’il se devait de faire des efforts pour être compris de son camarade de fortune.

Charles voulait savoir, alors il s’adaptait. C’était là une qualité que l’on ne pouvait retirer en aucun cas à l’héritier du trône de France. Il était loin d’être un imbécile.

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Mer 21 Juin - 12:45

Le regard de Gustav s’illumina et il ne se fit pas prier deux fois. Le jeune prince s’assit sur le banc de l’alcôve, souriant de la fraîcheur de la pierre qui traversait son pantalon. Son regard se perdit longuement sur la scène, songeant à quel angle était le plus parfait pour mettre le plus en valeur ce bel espace et se retrouver immortalisé par sa mine de graphite. Car oui, devant un tel spectacle, le jeune garçon ne voulait plus dessiner une seule fleur… Mais toutes. La scène était tellement belle que ça aurait été dommage de ne pas reproduire cet environnement unique et si français. Généralement, les fleurs étaient réservées pour les femmes. Délicates, aux courbes rassurantes et aux senteurs douces et entêtantes. Rien à voir avec la testostérone, les muscles et la droiture des hommes. Mais son père ne voyait pas de mal en ce que son fils s’initie à la compagnie des fleurs. Mieux, cet intérêt distingué pouvait se montrer d’une importance et d’une nécessité cruciale lorsque son fils serait en âge de gouverner. Qui sait, un message de mort ou un message d’amour pouvait se cacher derrière ces pétales…

Après avoir changé de place et s’être mit à l’extrémité droite du banc -qui lui offrait une vue dégagée sur toute la scène-, Gustav regarda son homologue princier avec un soupçon d’étonnement. Comment ça ? Il n’était pas au courant de sa venue ? Alors même que le château du Roi de France était en préparation depuis quelques semaines ? Le ton pressé et son regard appuyé renforça un sentiment naissant de perplexité. Et si personne n’avait prévenu Charles car c’était une surprise ? Peut-être qu’en lui expliquant, Gustav allait faire une bêtise et tout gâcher ? Il baissa la tête dans son sac à la recherche de son crayon. « Je ne sais pas si j’ai le droit de t’expliquer. Mais je viens de très loin, au nord. » Trouvé ! Il ouvrit son carnet aux pages légèrement jaunes et leva son crayon en face de ses yeux pour commencer à dessiner ses perspectives ; des traits secs et assurés. Doucement, sous formes carrées, ce petit bout de jardin commençait à prendre forme sur sa double page. En préparant le côté gauche de sa page, ses yeux clairs tombèrent dans ces yeux d’un vert profond. Ces deux billes le captivèrent, elles brillaient intensément. Et dans ce décor bucolique, elles ne faisaient que sortir grâce à la peau laiteuse de Charles. Le prince déglutit avant qu’une énième question ne tombe. Perdu dans ces yeux, il réfléchit longuement avant que la voix de sa mère ne lui rappelle que, fixer quelqu’un du regard trop longtemps était malpoli. Quelques fleurs étaient au-dessus de la tête blonde du français, et Gustav les regarda brièvement avant de répondre : « Là où j’habite, il n’y a pas beaucoup de fleurs. Elles ne s’y acclimatent pas très bien à cause de la fraîcheur. » Il marqua une courte pause, séduit par la danse polie d’une abeille et d’une fleur. « Mon rêve c’est de créer un grand jardin avec pleins de jolies fleurs colorées qui fleuriront longtemps et qui n’auront pas trop à craindre les hivers rudes et les printemps… Comment on dit déjà… Hem… les gelées du printemps. » conclut-il avec un sourire doux et un regard coquin. Oui. Les fleurs, c’était son truc. C’était ce qui faisait sourire sa mère lorsqu’il lui rapportait un bouquet ou qu’il donnait à son petit frère une fleur pleine de sens pour qu’il la glisse dans la tresse de la reine lors d’une sieste apprivoisée.

Une brise légère glissa le long des feuilles des bosquets, faisant onduler les fleurs et faisant paniquer l’abeille qui butinait tranquillement. Un peu troublée, le petit insecte sortit de cet écrin odorant pour s’en aller vers d’autres séductions. « Tu n’aimes pas les fleurs ? Depuis tout à l’heure, tu sembles être surpris que je… que j’aime ça. Ce n’est pas courant chez les Français d’aimer les fleurs ? »
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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Mer 21 Juin - 21:52

Tout du long de son observation, le petit prince français ne lâchait pas son homologue de l’instant de son regard vert. Il ne le laisserait aller nulle part. Il ne voulait pas se retrouver – encore – seul. Toute l’agitation dans le palais alors que son père ne voulait même pas l’infirmer des raisons même de cette ébullition le fatiguait beaucoup. Il n’était certes qu’un enfant et savait par conséquent très bien où était sa place – et puis… son père le Roi était suffisamment dur avec lui au niveau de son éducation pour qu’il cherche à désobéir encore si vite après la gifle sévère qu’il s’était reçu il y a quelques jours à peine.

A la place, le jeune prince héritier contemplait la passion pour son nouvel ami pour cette alcôve remplie de fleurs blanches, immaculées – comme à chaque printemps, en somme. Charles restait étonné de la ferveur avec laquelle le garçon à la sombre chevelure dessinait ces œuvres de la nature. Lorsqu’il prit la peine de lui répondre dans un français très correct, Charles prit confortablement place à côté de lui, prêt à répondre à toutes les questions qu’il voudrait poser.

C’était son premier contact avec un enfant de son âge depuis très longtemps et surtout… seul à seul. Car oui, l’héritier avait bien regardé par-dessus ses épaules, à droite et à gauche... Pas l’ombre d’un garde pour les dérangés dans la contemplation de ce morceau de jardin. Tant mieux.

Le jeune prince prit donc tout le temps nécessaire pour organiser ce qu’il souhaite dire au garçon qui lui tenait compagnie – plus ou moins contre son gré mais cela était encore une autre affaire, au final les deux enfants s’entendaient plutôt bien, n’était-ce pas cela le plus important ? « J’aime bien les fleurs… Mais je les vois tout le temps donc pour moi, elles ne sont pas spécialement féériques. Enfin pas comme elles semblent l’être pour quelqu’un du Nord, comme toi. » Charles cligne des yeux. Il a cependant souvenance que ces fleurs-là étaient les préférées de sa mère. On le lui avait dit. Il soupire. Son cœur se serre, un peu. « Si tu veux, tu pourras en emmener chez toi quand tu rentrera dans le Nord. Ma mère les aimait beaucoup, cela lui aurait fait plaisir, je pense, que d’autres personnes puissent en avoir aussi ailleurs. » Peut-être que de là où elle était maintenant, elle serait également fière de son fils, n’est-ce pas ?

« Mais c’est où, dans le Nord ? Et puis, tu es important là-bas ? » Et oui, sa question n’avait pas encore trouvée de réponse, elle.

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Sam 24 Juin - 19:55

Le jeune prince souriait. « C’est la première fois que j’en vois des comme ça. Elles sont si blanches… On dirait de la neige... » C’est à ce moment qu’il prit conscience que son papier jauni trahirait la réalité et la beauté de ces fleurs si pures. « Elles sont pourtant si différentes d’un jour à l’autre… D’une année à l’autre… Tu ne les regardes pas tous les printemps ? Tu en as tellement, je crois que je ne pourrais pas m’en lasser ! » Son sourire était radieux. Comme à chaque fois que le brun exprimait ses sentiments avec honnêteté. Il mit de côté le « comme toi » sûrement dénué de méchanceté et qui signalait innocemment qu’ils n’étaient pas du même pays.
C’est alors que Charles lui fit une proposition qui, pour son rêve enfantin, il ne pouvait refuser… Comme il ne pouvait pas accepter étant donné qu’il n’était pas Roi. « Ta mère ne sera pas en colère si j’en ramène ? » demanda-t-il innocemment en le regard du coin de l’œil. « C’est en tout cas très gentil à toi de me proposer ! Mais je dois d’abord en parler à Fader » Simple habitude qu’il avait d’utiliser ce mot pour se référer à son père ! Et pourtant, il ne se reprit pas, soudain absorbé par un moineau qui s’était brièvement posé au milieu de ce havre de paix. Il avait d’ailleurs lâché un petit « Oh ! » surprit et fixait la boule de plumes marrons de ses yeux passionnés, un sourire naïf bien accroché aux lèvres.

Le Nord. Gustav s’arrêta de prendre ses mesures et de faire son ébauche. Il regarda longuement son croquis, puis ses yeux regardèrent attentivement les alentours. Le vent soufflait paisiblement dans les feuilles et l’herbe qui entourait la base des massifs qui les protégeaient de la vue de quiconque. Tout ce vert clair était magnifique. Le petit roi ferma les yeux ; il n’entendait pas l’ombre d’une respiration supplémentaire en plus de celle de Charles, pas un bruit de pas dans le gravier immaculé, pas un craquement de brindille. Ils étaient seuls, livrés à eux-mêmes, livrés à leur seule contemplation et à leur seul discours.
Le Nord. La brise qui caressait son visage était tiède et pourtant, c’était le froid mordant du vent de Suède qui revenait au galop sur le cheval du Souvenir. C’était les premières neiges d’hiver et le soleil qui s’y reflétait certains matins. C’était la douceur du printemps et ses premiers bourgeons. C’était les étés un peu plus long et un peu plus chaud, leurs bals somptueux. C’était les automnes aux couleurs vives et aux chasses à Cour. Il n’était partit de son pays que depuis peu, et pourtant, il en était déjà presque nostalgique. Il aurait aimé que son frère les accompagnent et découvre tout cela avec lui. À coups sûrs il aurait aussi aimé !
Gustav baissa la tête vers son cahier et commença à confirmer certains détails de son dessin. « Je viens d’un pays qui s’appelle la Suède. Tu connais ? C’est très joli et l’hiver il y a beaucoup de neige. Il fait très froid aussi. » Il s’arrêta dans la description de son pays natal, entendant des bruits précipités de pas sur le gravier. Deux gouvernantes firent leur apparition à l’entrée de leur petit coin tranquille et le prince les regarda avec attention. Leurs joues rouges, leur souffle légèrement coupé, quelques mèches s’étaient échappées de leur chignon autrefois impeccable. « Votre Majesté ! » s’écrièrent-elles ensemble, chacune regardant l’un des garçons. Il se fit la réflexion que les deux femmes se ressemblaient beaucoup. Après avoir reprit leur souffle, elles ajoutèrent d’une même voix : « Il faut vous préparer pour le bal ! Suivez-nous ! » Par politesse, Gustav attendit que son nouvel ami se lève en premier ; il en profita d’ailleurs pour ranger ses affaires dans son petit sac. En sauta du banc, il glissa à son oreille : « Tu pourras m’accompagner demain encore ? J’aimerais le terminer... » dit-il en faisant référence à son dessin. « Votre Majesté, par ici, s’il vous plaît. » Elles étaient très drôles ces dames, et le prince les suivit jusqu’au château, le regard captivé par de nouvelles fleurs, de nouvelles espèces d’arbustes mais surtout… par une tonte parfaite de la végétation alentours ! « À plus tard, Charles ! » lança le Suédois en prenant l’aile des invités, accompagné par la gouvernante qui le prépara pour le bal de ce soir.
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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Sam 24 Juin - 22:47

Le jeune garçon à la ténébreuse allure enfantine parlait beaucoup. Vraiment beaucoup. C’était assez inhabituel, pour Charles, que de croiser une personne de son âge capable de converser avec lui de la sorte. En général, les enfants des autres nobles engageaient les discussions par simples politesse de rigueur et ne les faisait jamais perpétuer au-delà des quelques minutes tout au plus – si le prince avait de la chance. Souvent, ses camarades aussi âgés que lui craignaient de vexer l’héritier et donc, de s’attirer les foudres de son père, Henri de France. Chose qui était là ans fondement aucun puisque Charles connaissait suffisamment bien son père, maintenant, pour savoir que ce dernier, dans le meilleur des cas le détestait et dans le pire, l’ignorait dès qu’il en avait l’occasion –encore une preuve de ce qu’il pensait, le prince ne savait même pas ce qu’il se tramait dans ce château qu’il serait un jour amené à gérer également.

C’est bien pour cela qu’il buvait presque littéralement chaque parole et chaque mot qui pouvait sortir de cette bouche-là, sans se soucier réellement de ce que sa conduite pourrait montrer par la suite. Peu lui importait, pour l’heure.

Il allait répondre que sa mère était morte depuis bien longtemps – et que donc, le fait d’offrir des fleurs ne la dérangerait certainement pas – mais il fut coupé dans son élan par les informations délivrées par son jeune ami et qu’il attendait tant depuis le début. La Suède. Oui, il connaissait bien ce nom pour l’avoir déjà entendu à de maintes reprises dans la bouche des conseillers de son père – notamment. Apparemment, le Roi de ce pays-là était allié avec la France, d’où le fait que ce nom ressorte régulièrement. Là, une illumination se fit dans l’esprit princier du petit blond. Fran Sverige… De Suède ! Mais bien sûr, à l’instar de De France pour son propre patronyme, comment n’avait-il pas pu y songer plus avant ? Sans doute la contemplation de son nouvel ami en train de dessiner lui avait trop occupé les pensées pour qu’il les coordonne de cette manière.

En un clin d’œil, par la suite, ses doutes furent confirmés comme par ‘magie’ par l’arrivée imprévue de deux servantes, apparemment hors d’haleine si Charles se fiait à leurs faciès de porcelaine et à leurs peaux très blanches à toute les deux. Elles semblèrent s’adresser au jeune Gustav par un qualificatif qui était bien connu de Charles. Majesté.

Le petit blond eut juste le temps de faire un signe de main à son nouvel ami que, déjà, il était parti. « Oh… Je n’ai pas eu le temps de lui dire pour les fleurs… » Il se jura néanmoins que d’autres occasions viendraient bien vite. Et le plus rapidement possible.

Revenant donc vers le bâtiment royal, Charles se fit finalement lui aussi apostropher par une figure qu’il connaissait bien. Louise, sa nourrice attitrée. « Altesse ! Vous voici ! » « Louise ? » « Il faut vite vous préparer pour les festivités, sinon votre père sera encore contrarié. » « Il l’est toujours… » « Ne dites pas cela mon prince, n’oubliez pas qu’il s’agit de notre Roi malgré tout ! » « Hum… » Face au manque de convictions de l’enfant, la nourrice rusa et prit la décision de lui laisser choisir, entre plusieurs tenues, celles qui lui plaisait le plus. Emerveillé par de multiples tons et matières comme de motifs, Charles eut l’impression que des heures s’étaient écoulées le temps de lui laisser la réflexion complète. Il opta pour un ensemble bleu Roy cousu aux emblèmes d’or de la France.

Louise s’attela à le préparer rapidement, le faisant passer aux bains, aux parfums puis à un séchage dans les règles de l’art avant de lui faire revêtir sa tenue complète et d’apprivoiser sa chevelure d’or. Ceci fait, il fut enfin emmené vers la salle de bal où il laissa son regard glisser sur l’entièreté de l’espace à sa disposition. Les musiciens commencèrent à jouer peu de temps après. Le jeune prince songea à s’il allait revoir son ami à la sombre toison de cet après-midi. Secrètement, il l’espérait aussi fortement que pouvaient le faire ses songes d’enfants. Car il n’était pas qu’un prince ; il était avant tout un enfant.

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Jeu 29 Juin - 15:44

Lorsque les deux jeunes gens se quittèrent, Gustav retomba dans un silence royal. Le dos droit, le visage fermé et l’œil extrêmement attentif. Son père l’avait prévenu : ce n’est pas parce qu’ils étaient dans un palais royal et qu’une alliance liait la France et la Suède, qu’il fallait relâcher son attention. Ses yeux clairs parcouraient tout ce qui se trouvait sur son chemin, animé ou non, grand ou minuscule. Le sol marbré et sa couleur immaculée légèrement tacheté de lignes grisâtres. Le tapis épais, de qualité et aux motifs fleuris qui était posé sur ce sol qui rappelait au prince le petit coin de paradis dont il avait commencé le croquis. Les majestueux meubles aux courbes rappelant celles des femmes. Les vases aux fleurs parfumées et aux couleurs sobres. Les tableaux de maîtres qui se succédaient, représentant des scènes typiques des ports de France ou de la vie dans les champs. Ce couloir, bien qu’immense, était décoré dans un savant mélange de sobriété et d’étalage des compétences « Made In France ».
Gustav s’arrêta soudain de marcher, captivé par un modeste portrait plein pied. La bouche légèrement ouverte, les yeux écarquillés, il était happé par la chaleur qui émanait de cette toile. Deux personnes y étaient représentées. Leurs habits étaient aussi simples que la scène dans laquelle ils posaient ; certainement l’intimité d’une chambre ou d’un boudoir. Leur chevelure dorée n’avait rien à envier au rayonnement de leurs visages. Ils respiraient la joie, la confiance et la douceur. À en juger par leur ressemblance, le prince de Suède aurait parié ses fioles de pigments qu’ils étaient de la même famille. La femme avait sur ses genoux un petit garçon. Son regard tendre était posé sur l’enfant qui lui répondait d’un sourire sincère. « Votre Majesté ? - Qui est-ce? » La jeune servante suivit le regard de son maître temporaire et regarda longuement la toile. « C’est Madame la défunte Reine, votre Majesté. - C’est la mère de Charles ? Elle est belle… Qui est l’enfant? - C’est le jeune prince, votre Majesté. » Il resta silencieux quelques secondes, regardant à la fois le fond du couloir qu’ils venaient de traverser et la toile devant laquelle il s’était arrêté. Une multitude de questions se pressa dans sa tête. Pourquoi cette peinture est-elle ici ? Pourquoi n’était-elle pas dans l’aile qu’occupait Charles et sa famille ? Pourquoi une œuvre aussi rayonnante était-elle cachée de façon trop évidente ? Des réponses… Il voulait des réponses… Gustav regarda intensément sa gouvernante qui lui souriait avec professionnalisme. « Votre Majesté, je dois vous préparer. Si vous voulez bien me suivre…  » dit-elle en reprenant sa route. Il lui emboîta alors le pas en silence, gardant ses questions non loin. Qui sait, peut-être qu’au cours de ce voyage, il aurait certaines réponses.

« Sa Majesté Erik II fran Sverige, Roi de Suède. Sa Majesté Gustav fran Sverige, Prince de Suède. » Le jeune suédois se redressa un peu plus. Dans un français trop bruyant et trop sec. Sur le même rythme de marche que son père, il faisait son entrée sur la scène française. Le regard assuré de son père charmait ces dames et imposait un respect chez ces messieurs ; il n’osait le dire, mais il s’entraînait à avoir cette même aura, sans avoir conscience qu’il l’avait déjà. Le jeune homme adorait son père et ce qu’il incarnait. Le geste bref du Roi de Suède le fit regarder la salle immense. Les lustres polis et parsemés de milliers de chandelles, les tables qu’il pouvait discerner de loin, mais surtout, les parfums des femmes qui se mélangeaient les uns aux autres. Ces odeurs lui faisaient tourner la tête, lui qui était habitué à la sobriété du Nord. Il serra beaucoup de mains, vit beaucoup de décolletés lorsque les femmes se baissaient pour saluer les hommes de leur rang. Traversant lentement mais sûrement la salle, ils arrivèrent enfin à retrouver leurs hôtes. Gustav sourit avec discrétion lorsqu’il se retrouva face à Charles. Celui-ci portait à merveille son ensemble bleu roi qui faisait ressortir ses cheveux blonds. Mais le suédois n’était pas en reste niveau élégance dans ses vêtements blancs cassés parsemés de légères touches oranges sur les boutons ou sur quelques broderies fines. Leurs pères présentèrent mutuellement leurs enfants avant de prendre un verre de champagne et de faire quelques pas ensembles, suivit des futurs rois, eux-mêmes suivit de leurs gouvernantes, fières de leur travail. « Je peux te le dire officiellement maintenant, Charles. Je suis le prince de Suède. Tout comme tu es le prince de France. J’espère qu’on pourra continuer à entretenir cette paix entre nos deux pays. » Ses termes relevaient peut-être du protocole, tout comme son ton ouvert et chaleureux, mais Gustav était sincère. Son homologue lui procurait une compagnie fort agréable et, il en était sûr, pourrait lui apporter des savoirs qu’il ignorait. Il aspirait à ce qu’ils soient complémentaires, tout comme leurs pères et leurs pays. Le Roi de Suède jeta un œil discret vers la future génération et sourit légèrement à la vue qu’offraient les princes et à la simplicité de leurs échanges. « Charles, toutes les fleurs qui sont sur les tables et dans ce palais… Elles viennent du jardin ? Il y a beaucoup d’espèces que je ne connais pas. Sont-elles toutes originaires de France ? »
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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Dim 9 Juil - 18:51

Désormais rendu seul dans l’immensité de cette salle de bal, Charles commençait déjà à sentir poindre l’ennui le plus acide sur son esprit d’enfant. Il le savait, à ce genre de réception, il s’ennuyait toujours systématiquement, si bien qu’il avait fini par se demander pourquoi on l’y faisait venir. Il ne servait que de décoration, puisque même son père ne lui prêtait pas la moindre attention. Pourtant, le prince faisait bien des efforts pour se faire apprécier de son géniteur, sans grand résultat jusque-là.

Ses grandes agapes vertes, presque flamboyantes, voguaient sans réel objectif sur la marée de visages qu’il pouvait voir présentement. Des annonces officielles furent faites, sans doute pour introduire le fameux invité dont on n’avait refusé de lui parler jusque-là. Mais le petit blond n’y prêta guère d’attention sur le départ, préférant se demander où était Crystal, son amie si particulière. On ne la forçait pas à venir à ce genre de rassemblements ridicules, elle. Il allait également songé au mystérieux garçon de l’après-midi mais, quelle ne fut pas sa surprise de se faire aborder par une personne de son âge et qui… n’était autre que l’ami en question.
Charles ouvrit la bouche, surpris. « PRINCE DE SUEDE ?! » cria-t-il, sans pouvoir réfréner sa surprise. Il se reprit cependant bien vite, cessant de le montrer du doigt et baissant le ton de sa voix après avoir toussé – les adultes qui le regardait lui renvoyaient des regards consternés par ce comportement, il le devinait bien. Mais Charles préféra se concentrer sur autre chose de bien plus intéressant ; à savoir son ami qui n’était plus si mystérieux que cela, après coup. « Enchanté, Gustav. Je serais moi aussi très honoré que nous puissions consolider l’amitié entre nos grands pays. Je suis certain qu’une entente fiable nous serait des plus utiles à l’avenir. » En vérité, il commençait tout juste à étudier la stratégie et la politique, alors certains des termes qu’il avait employé était encore un peu flou à son goût mais il souhaitait tout de même donner bonne impression de sa personne. Il était le prince de France, après tout !

Son regard balaya ensuite les nombreuses fleurs présentes ici ce soir. Gustav fran Sverige semblait être un amateur de fleurs, donc. Cela rendit le sourire à Charles, qui voyait là enfin un sujet sur lequel il pouvait converser à son aise. Car s’il n’était pas le plus doué dans ce domaine, il connaissait bon nombre de noms de fleurs pour avoir eu le temps de les observer et d’écouter ses nourrices en parler pendant des heures. Au moins avait-il donc un peu de matière pour ce genre de discussion. « Eh bien… Oui et non. Certaines viennent directement du jardin royal, que tu as vu tout à l’heure… Enfin, d’autres endroits que celui que je t’ai montré car le jardin est très grand. »

Se permettant donc de prendre son camarade par la main, Charles l’emmena vers l’une des grandes tables où était installé un agencement fleuri très travaillé. « Par exemple, ici tu as des roses rouges, des lys blancs et là, les boutons bleus violets que tu vois appartiennent à des gentianes ciliées. » Il ne faisait que remettre en mots ce qu’il avait appris de ses nourrices, mais cela lui plaisait grandement. Une autre idée lui vint, d’ailleurs. « Oh, mais mon père a reçu un cadeau d’un pays très lointain, c’est une fleur magnifique ! Veux-tu que je te la montre ? »

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MessageSujet: Re: {Il y a 18 ans} • L'amitié peut trouver source aux seins des pires entremets   Mer 12 Juil - 17:41

Gustav avait reçu certaines instructions avant de rejoindre la salle de bal. Sa servante, après lui avoir brossé les cheveux et fait les dernières vérifications, lui avait indiqué quelques noms de bourgeois qui étaient conviés pour cette soirée ainsi que la disposition des tables royales, de l’espace de danse, de là où était l’orchestre. De même, elle l’avait fait saliver, en suscitant son imagination, quant à certains plats qui seraient servis ce soir. Il rejoignit son père dans le boudoir, et celui-ci lui rappela quelques règles de bienséance, de courtoisie, de diplomatie. Le roi de Suède insista beaucoup sur le respect du protocole ; bien que son fils aîné n’était pas quelqu’un qui se laissait envahir par ses émotions ou par sa spontanéité. Il était fier de son fils et de sa présence à ses côtés.
Ce qui expliqua les yeux écarquillés du Roi des contrées du Nord lorsque le fils de son hôte cria le titre de son propre enfant. Comment diantre pouvait-il exprimer autant de surprise aussi honteusement ? Qui plus est… À bien y regarder… Son aîné avait un sourire franc et sincère… Comme lorsqu’il était avec son cadet ou avec sa mère. Se connaissaient-ils ? Comment avaient-ils pu se rencontrer alors que c’était la première fois qu’ils étaient censés se rencontrer ? Le Roi se racla discrètement la gorge, attirant l’attention de son fils. « Gustav, vous le connaissez? -Oui père, nous nous sommes rencontré dans l’après-midi lorsque vous m’avez donné l’autorisation d’aller voir le jardin. » Le Roi de Suède n’en demanda pas plus ; les deux hommes avaient échangé dans leur langue maternelle et il serait impropre au protocole que de continuer sur cette lancée. D’autant plus que Gustav avait eu un regard malicieux lorsqu’il lui avait répondu. Il s’imagina alors de grandes choses positives alors qu’une amitié sincère semblait se dessiner entre les deux princes.

Le petit prince brun était ravi. Les voilà qui étaient officiellement présentés l’un à l’autre ! Plus de cachotteries essentielles pour sa vie et plus de sous-entendus, difficiles à faire dans une langue qui n’était pas la sienne. Il fut charmé par le retour de Charles quant au protocole royal qu’ils devaient suivre. « Elle sera même essentielle. » dit-il en rebondissant sur l’entente qui devait prospérer entre eux et, par analogie, entre leurs pays respectifs. Le suédois ignora les regards outrés, blasés ou encore hautains des convives adultes envers son nouvel ami. D’une posture impeccable, il intimait le respect de son rang, et lorsqu’il croisait volontairement le regard d’un des nobles, il se délectait de les voir baisser les yeux et de se baisser poliment. Charles était expressif, c’était sa nature, et Gustav l’appréciait ainsi. Il était beaucoup plus humain que tous ces automates qui voulaient se faire bien voir.
Sans pouvoir se retenir, il avait entamé la discussion en abordant le thème très surprenant… De l’arrangement floral qui était présent dans tout le château. Sorte de déformation personnelle. D’autant plus que Charles était au courant de sa petite passion et de son rêve un peu fou. Sans avoir fait exprès, ce sujet d’apparence anodin avait suffi pour que son compagnon reprenne du poil de la bête et que son visage se fende d’un sourire qui se refléta sur celui du suédois. C’était tel un soleil qui inondait les journées d’hiver ! Il but toutes ses paroles, les notant dans un coin de son cerveau. « Grand comment ? Vous avez plus d’espèces que celles que tu m’as montré ? Tu... » il chuchota alors, pour ne pas se faire entendre de leurs pères. « Tu pourras me les montrer un jour… ? » dit-il avec des yeux pétillants et pleins d’excitation.
Il eut alors un sentiment de déjà vu et ne put s’empêcher de sourire. Charles lui avait prit la main et l’avait entraîné, une nouvelle fois, vers un espace qu’il n’avait pas vu et qui comportait de somptueuses fleurs. Il essaya de réfréner un sourire de bienheureux… La composition était tellement belle ! Le mariage de ces couleurs était si réussi ! « Donc ça c’est des… gen-ti-a-ness ci-lié... ? » il articula pour ne pas se tromper lorsqu’il réécrirait le nom de cette famille de fleurs dans son carnet, demandant du regard s’il l’avait bien prononcé. Ah ! Le français n’était pas aussi facile que le disait le diplomate qui était à Stockholm ! « Elle est ici ? Dans la salle de bal ? » Il se mit alors à la chercher du regard en se hissant très légèrement sur ses orteils. « Je veux bien la voir oui ! Mais je n’ai rien pour la dessiner… J’ai laissé mon sac dans ma suite pour le bal de ce soir... »
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