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 Les plus proches amis des dieux ne sont autres que les loups. • CALEB

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Loup Originel

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MessageSujet: Les plus proches amis des dieux ne sont autres que les loups. • CALEB   Dim 1 Jan - 21:28


Celer Caleb

ÂGE ─ Plus vieux que les premières cités états italiennes
ANNIVERSAIRE ─ Je l'ai oublié
ORIENTATION SEXUELLE ─ Carnation galbée
OCCUPATION ─ Prisonnier d'arène illégale en France
PAYS ─ Originellement, les prémices de l'Italie, aujourd'hui, la France.
CLASSE SOCIALE ─ Mécréant combattant.
RACE ─ Lycan Originel
AVATAR ─ Altaïr • Assassin's Creed

Profil Psychologique

Que voulez-vous de moi, exactement ? Je ne vous distrairais sans doute guère longtemps. Je ne suis qu’une ombre, un oublié. J’ai été forgé dans la poussière et tôt ou tard, j’y retournerai sans l’ombre d’un regard en arrière. Je suis pathétique et ma situation actuelle traduit bien mon état de déchéance. La seule chose qui me différencie d’un autre lycan « normal est ma taille, plus imposante que les autres. Autrement, rien de plus à dire. Je ne fais qu’attendre la mort patiemment, en espérant qu’un jour elle acceptera de mettre fin à ce châtiment que l’on appelle plus communément la vie.

Je suis lâche, trop même pour songer à me suicider. Alors j’attends, inexorablement. J’attends qu’une lame daigne me transpercer, me ramener à l’état de déchet duquel je n’aurais jamais dû sortir. Il aurait mieux valu pour tout le monde, ce jour-là, que Romulus ne jette pas son dévolu sur moi. Un autre aurait sans doute eu bien plus le droit d’être à ses côtés. Pas moi.

Je regrette presque toutes mes actions ; elles n’ont fait que mener à la mort d’autrui, la disparition des rares âmes que j'ai jamais chérit sur cette terre maudite. Je ne vois plus l’espoir, il ne m’a causé que trop de tort pour que je veuille encore me tourner vers ses grâces. Lors, j’attends, inexorablement. J’attends. L’obscurité est désormais ma seule alliée, uniquement retirée lors des pseudos combats auxquels ont me fait participer. J’attends celui qui sera assez déterminé pour en finir une bonne fois pour toute avec moi.
Histoire

D’aucun dirait que je suis sans doute l’un des plus grands chanceux de l’histoire tandis que d’autres me définissent plus par ma nature pourrie jusqu’à l’os lorsqu’il est question de ma personne. Enfin, ceci ne s’applique que pour ceux qui n’en ont pas clairement rien à faire de moi, bien entendu. Aussi loin que mes oreilles aiguisées aient pu traîner, il n’est fait mention de moi nulle part ailleurs que dans l’une des légendes du mythe fondateur de Rome. Celui de Romulus et Rémus.
D’y croire ou non, ceci vous regarde, je n’ai pas pouvoir de vous forcer à admettre quelque chose en laquelle vous ne croyez guère. Mais si vous vouliez bien vous assoir quelques instant ici, je me ferais aussi convaincant que possible pour ressusciter de mon passé quelques poussières.

Mon année de naissance sera perdue dans les mémoires et je dois dire que même moi ai un doute à ce sujet ; tout ceci remonte à si longtemps que des détails plus ou moins importants peuvent m’échapper. Je me souviens seulement être né au même endroit où j’ai grandis par la suite, au sein de la ville de Mantoue, l’une des dernières limites du territoire des Etrusques de l’époque. Aujourd’hui, il ne reste rien de ce lieu, remplacé par d’autres édifices, d’autres pierres. Ainsi va la vie.
Ma mère, Veive, me met au monde alors qu’elle pleure son mari, mon père. Mort d’une fulgurante maladie, elle se retrouvait alors à devoir élevée seule sept enfants, tous garçons. Mes deux parents étant orphelins, ils ne disposaient d’aucun soutien familial et seuls quelques autres villageois acceptèrent de venir en aide à ma génitrice en cette sombre période de sa vie.

Très tôt, alors que mes autres frères avaient manifestés des talents tous plus particuliers les un qui les autres, je restais le seul en retrait. Hercle pouvait dompter n’importe quelle bête sans craindre une forte résistance ; il avait un don très prononcé pour l’apprivoisement des créatures tant quadrupèdes qu’à plumes. Les gens venaient le voir de très loin pour apprendre de ses techniques. Moi ? Je n’arrivais déjà pas à tenir un ânon en longe sans qu’il n’essaie de s’enfuir de mon emprise alors j’ai vite compris que ce genre de don ne devait pas avoir choisi mon unité pour s’y dissimuler.
Charun, lui, connaissait sur le bout des doigts les propriétés de toutes les plantes qu’il examinait. Il savait laquelle pouvait soigner les maux et faire cicatriser les plaies. Ses onguent et remèdes connaissaient une popularité presque aussi étendue que celle d’Hercle et souvent, il était salué par bon nombre d’érudits pour ses travaux. Me concernant, la seule fois où j’ai tenté de m’atteler à cette science très étrange pour moi, j’ai manqué de peu de m’empoisonner et il fallut que Charun concocte en urgence une potion de purge pour aider mon corps à se débarrasser des toxines que j’avais ingéré par erreur de débutant. Très vite, l’envie de me repencher sur les plantes m’est passé également. Une expérience de ce genre m’avait suffi.

Mon troisième frère, Februus, était un guerrier hors du commun. Certes, tous mes ainés savaient agilement manier les armes, mais lui paraissait être né dans ce but précis. Sitôt qu’un morceau de métal glissait entre ses mains, il savait en tirer le meilleur parti comme personne. Bâton, hache, épée, lance… Februus finissait toujours par découvrir le secret permettant de les dompter aisément. Lorsque je le regardais s’exercer dans les champs en friches, j’avais l’impression de le voir danser avec les lames. C’était magnifique, il m’évoquait un cygne de métal.

Februus s’entendait d’ailleurs parfaitement bien avec son jumeau, Sethlans.  Son talent à lui n’était autre que celui de la forge. Il parvenait à créer des armes d’une pureté rarement vue ailleurs que dans les grandes métropoles de l’époque. Les lames étaient lisses, sans aucune impureté et pouvaient trancher bien des choses sans jamais s’émousser. Il était donc logique que lui et son guerrier de frère s’entendent à merveille. Je les enviais tellement, moi qui ne savais guère tenir une machette correctement.

Virbius, lui, était le plus pacifique de tous nos frères. Il avait largement préféré s’engager dans les ordres religieux que dans toute autre forme de violence. Il avait cette haine rare pour tout ce qui pouvait faire couler le sang inutilement. Sans surprise, moi qui vénérais les combattants comme des dieux n’étaient guère le plus proche de lui. D’aussi loin que je me souvienne, nous ne nous sommes jamais réellement parlé, lui et moi.

Enfin, il y avait Lares. Il était le plus proche de moi tant en âge qu’en proximité fraternelle. Tandis que les autres avaient tendance à me mettre de côté plus ou moins volontairement, lui m’avait pris sous son aile et m’éduquait comme s’il avait été mon père. Lares savait comment protéger une cité. Il avait des sens incroyable à sa disposition et même dans la nuit la plus sombre, il parvenait à savoir quand quelque chose n’allait pas. Le jeune Celer que j’étais à l’époque n’avait de cesse de l’accompagner partout pour essayer, sinon de l’égaler, d’au moins se rapprocher de son talent inné pour la surveillance. La village entier lui était reconnaissant et sollicitait souvent ses services pour protéger maison, bétail et trésor. Pour ne rien gâcher, il était beau garçon, très bien bâti. Lares avait à ses pieds nombres d’hommes et de femmes près à lui offrir leurs corps et même plus encore.

Moi ? Je restais dans son ombre, bien sûr.

Je n’avais aucun muscle saillant, pas de charme prédominant ou même de talent qui aurait pu susciter l’affection d’autrui. Dans la généralité, je n’étais, d’ailleurs, guère très aimé de mes paires. Même ma mère me mettait souvent de côté, m’accusant de manière détournée d’être la raison de la mort de mon père. Si elle m’avait nommé Celer, d’ailleurs, c’était en référence à Cel, divinité étrusque de la mort et du monde souterrain. Je n’avais pas ma place dans cette famille. Pourtant, j’essayais tant bien que mal de m’y forger une attache. J’étais jeune, j’étais naïf. J’étais humain.
Cette vie dura jusqu’à mes dix-huit ans.

Comment ne pas me souvenir du jour qui changea ma vie du tout au tout – et ce bien plus que je ne l’aurais jamais imaginé ? Nous avions eu vent qu’à Rome, un heurt violent opposant deux frères désormais plutôt célèbres, Romulus et Rémus, avaient menés ces deux guerriers à s’exiler chacun de leurs côtés dans le but de trouver des guerriers volontaires pour les soutenir dans leur défi commun. L’idée même qu’un homme si prestigieux vienne se perdre par chez nous avait suffi à émoustiller la majeure partie du village et déjà, les filles parlaient de comment elles allaient s’y prendre pour le séduire et les jeunes hommes – mes frères compris – discutaient stratégie en vue de l’impressionner et rejoindre son armée.

Me concernant, je n’avais pas été convié à une quelconque discussion sur le sujet ; pour le tout le monde il était évident que je ne serais pas retenu, faiblard comme j’étais en ce temps. Aussi, dire que j’étais vexé sonnait comme une évidence mais qu’y pouvais-je, dans le fond ? Ils avaient raison. Et admettre cette vérité me faisait plus mal encore que d’être décrié.

Le fameux jour de son arrivée à Mantoue, une foule dense et compacte s’était réunie autour de lui, comme pour acclamer sa grandeur sans même parler clairement. J’étais venu également, plus par curiosité qu’autre chose. Sans doute devais-je être un peu masochiste sur les bords puisque je ne cessais de me demander « qui allait être choisi », même si je savais qu’au bout du compte, j’aurais la rage de ne pas avoir été retenu. C’était ainsi, l’être humain agit parfois de façon très… étrange. Et bien entendu, je ne faisais guère exception à la règle.

Ayant rejoint mes autres frères qui étaient parvenus à se tailler une place de choix parmi les premier rangs de la foule – même Virbius avait fait le déplacement ! -, j’attendais de voir la suite des évènements. C’est là que, pour la première fois, j’ai vu Romulus. Il avait tellement d’allure et son être irradiait d’une prestance telle que je me suis sentie minuscule à côté de lui. J’avais honte d’être en vie et je comprenais maintenant la différence entre les êtres dotés d’un talent certain et moi. Je pensais que jamais je ne serais au niveau me permettant de parler à ce genre d’homme, même les yeux rivés sur le seul. J’ai haïs le fait d’être en vie sur l’instant.
« Celer ! »

La voix de ma mère me tira de ma torpeur consciente, m’étonnant d’autant plus qu’elle n’avait pas pour habitude de m’appeler par mon prénom depuis un bon moment. Ou de m’appeler tout court, plutôt.
« …Mère ? »
« Espèce de bon à rien, vas donc chercher les armures de tes frères sachant combattre ! Ils faut qu’ils soient bien préparés pour impressionner ce guerrier ! »

Evidemment, l’idée même que ma génitrice puisse eut avoir soudainement quelque intérêt pour ma personne s’effaça bien vite de mon esprit et je retournais à la cinglante réalité. J’ai obéis docilement, comme le ferait n’importe quel faible d’un groupe quelconque. En effet, mes ainés n’avaient pas pensé une seconde à prendre leurs armures, lesquelles étaient toutes restées au cœur de notre demeure familiale. Je ne trainais guère sur le chemin du retour vers l’endroit m’ayant vu pousser mes premiers cris, sachant pertinemment que si je tardais de trop, je me prendrais sans doute une énième rossée de la part de la femme qui m’avait porté.

Parvenu jusqu’à chez nous, je dû trouver une solution pour pouvoir transporter cinq armures – certaines étaient plus lourdes et plus détaillées que d’autres – à moi seul. Ce ne fut pas une mince affaire mais après quelques instants de réflexion, je décidai de m’aider d’un immense drap de lin dans lequel j’enveloppais les morceaux de métal avec une corde. Enfin, l’empaquement fait, je hissai le tout sur mon dos en tenant le cordage avec mes deux mains pour ne pas que tout s’écroule dans mon sillage.

Le voyage de retour me parut long, vraiment très long. Je suai déjà à grosses gouttes alors que je n’avais pas dépassé le pâté de maison et chaque pas me paraissait plus lourd et plus insurmontable que les précédents. Bien évidemment, ne m’étant jamais entrainé sérieusement – faute de possibilité -, mes forces m’abandonnèrent vite face à cette tâche colossale que j’avais accepté de me laisser imposer. Je rejoignis pourtant la foule par je ne savais trop quel miracle et entreprit de faire mon chemin à travers les badauds, non sans en bousculer plusieurs, lesquels râlèrent sur mon passage. Mais je n’en avais que faire. Déjà, j’entendais des épées qui s’entrechoquaient, signe que les démonstrations de forces avaient déjà commencées. Je devais me hâter !

Mais, n’étant laissé distraire, je n’avais pas vu cette pierraille juste devant moi et… Tombais à la renverse, la tête la première sur le sol. Pire encore, j’avais percé les premières lignes de foules et m’était fait remarquer par tout le monde en venant m’écorcher les avants bras sur la piste servant aux duels. Je crois que je m’étais rarement senti si mal, les morceaux d’armures dispersés autour de moi tels des fleurs du désert métallique autour d’un roc disgracieux.
Je n’osais affronter les regards des membres de ma famille qui, je le devinais assez bien, me toisais depuis leurs places, à quelques mètres de là.
Pourtant, une main vint tout de même à mon secours, me faisant relever la tête quelque peu.
« Rien de casser ? »

Ses yeux clairs m’inspirèrent une confiance sans bornes en même temps qu’ils m’impressionnaient. J’avais l’impression que ma respiration se serait bloquée durant le processus, si bien qu’il eut besoin de m’interpeller une seconde fois pour que, finalement, je me décide à bouger et me remettre sur mes jambes par moi-même – prendre sa main avait voulu dire que je m’estimais comme son égal, ce qui n’était en rien le cas. Gêné, je n’osais rien dire de plus, jusqu’à ce qu’il m’interroge de lui-même.
« Que faisais-tu avec ces armures ? Tu te préparais pour un duel ? »
« N-Non. Je… J’apportais les armures de mes cinq frères. Je ne peux combattre alors, à défaut de prouver ma valeur, j’aide mes ainés à e faire à ma place. »

J’enchaînais rapidement avec une salutation brève mais respectueuse et ramassais les débris métalliques avant de rejoindre mes pairs, lesquels m’accueillirent plus que froidement.
« Tu peux partir, tu n’es plus d’aucune utilité, ici. »
Ma mère, encore une fois. Ses mots me transpercèrent le cœur une fois de plus mais comme à l’accoutumée, je n’ai pas eu le cœur de la contredire. J’ai donc tourné les talons et suis parti errer dans les sous-bois avoisinants jusqu’à la tombée de la nuit.

De retour chez moi, j’appris par Lares qu’ils avaient tous combattu à l’exception de Virbius – je m’étais attendu à ceci cependant – et que, désormais, tous les combattants attendaient la visite de Romulus chez eux. Un seul guerrier serait retenu avait-il dit, ce qui avait fait augmenté la pression sur les épaules de tous d’une façon plus que probante.

Personne ne s’adressait la parole sous notre toit, ce qui rendait l’ambiance étouffante au possible. Assis sur le rebord d’une fenêtre, je scrutais le ciel parsemé d’étoiles pâles, me torturant avec des interrogations sans doute futiles mais qui creusaient leurs nids dans les entrailles de mon crâne. Qu’allais-je devenir, exactement ? Je savais que ma mère ne m’aiderait jamais, quoi que je fasse ; alors que faire de cette vie sans intérêt ? Je l’ignorais.

Tard dans la nuit, cependant, quelques coups secs retentirent à notre porte. Februus s’empressa d’aller ouvrir et salua Romulus avec les plus grands respects. Il se tenait là, fier et princier dans ses habits romains si délicatement dessiné. Il pénétra dans notre très modeste demeure et immédiatement, ma mère lui fondit presque dessus, de la fierté dans sa voix. Je ne l’avais jamais vu ainsi auparavant. « Alors, dites-moi, lequel de mes fils avez-vous choisi, grand guerrier ? Lares ? Februus ? Hercle ? Charun ? Pitié, ne nous faites pas attendre davantage, que nous sachions lequel nous devons fêter comme un prince ! »

J’allais détourner le regard, toujours perché sur mon rebord de fenêtre, lorsque je l’ai vu pointé un doigt en ma direction.
« Toi. Quel est ton nom ? »
J’ai hésité avant de répondre, ne sachant s’il s’adressait réellement à moi ou non. Finalement, sous la pression contenue dans le regard de mes ainés, je murmurais presque mon prénom.
« Celer, monsieur. »
« Bien. Celer, c’est toi que j’ai choisi. »
Je manquais de peu de tomber par la fenêtre sous le coup de la surprise.

Le lendemain matin, je repartais avec Romulus sur les routes de son périple, encore choqué d’avoir été choisi. Sitôt après l’annonce de mon nom, mes frères se sont détournés de moi, probablement vexés. Et, si je dois dire que, d’un côté, les voir me regarder comme un traitre – Lares compris – me scia quelque peu le cœur, j’avais également en moi la satisfaction d’avoir su les dépasser dans un domaine – j’ignorai lequel encore mais pour l’heure, cela m’importait peu.

Ma mère, elle, ne me jeta que quelques paroles vénéneuses au visage. « Non content d’avoir conduit ton père vers la mort, tu jettes l’opprobre sur notre famille encore plus qu’avec ta simple existence ! Priver l’un de tes frères d’une telle gloire, quel ignominie ! »
Mais alors que j’allais tout de même essayer de m’excuser – comme dit plus haut, j’étais encore naïf, à l’époque, ce fut Romulus qui prit la parole, s’interposant entre ma génitrice et moi avant d’assène quelques paroles dont il avait le secret ; « Si vous n’êtes guère capable d’apprécier votre chaire à sa juste valeur, alors que j’ai point à vous offrir davantage d’honneur. »

Sur ces mots, il m’attrapa par le poignet et me traina dans son sillage. Je ne résistais pas en dépit de la surprise toujours présence dans mon corps, jusque dans mes os. Nous avons quitté le village dans un silence qui me mis pour le moins mal à l’aise et ce fut la dernière fois que je vis les pierres ornant l’entrée de mon village natal. Je n’ai plus eu l’occasion d’y retourner avant son remplacement.

Ma curiosité étant ce qu’elle est, je ne pouvais me sortir quelques questions de mon crâne, tant et si bien que sur le chemin qui allait nous mener jusqu’à d’autre de nos compagnons d’armes par la suite, je n’ai pu m’empêcher de lui demander les choses aussi clairement que possible.

« Navré si je parais insolent, ingrat ou même irrespectueux, mais… sincèrement, pourquoi moi ? Je ne suis pas un grand guerrier, ma force est moindre et je n’ai pas de talent particulier. Pourquoi mes frères ont-ils été si délaissés ? »
« Tu tiens réellement à le savoir ? »
« Oui. »
« La force est une chose qui peut se concevoir. Je prendrais soin de t’entraîner sur le chemin que nous allons arpenter. En revanche, la dévotion est un qualité rare et qui ne peut être forcée chez qui que ce soit. Tu as traversé une bonne partie de ton village avec les armures de tes frères sur le dos parce qu’ils en avaient besoin de ces dernières pour combattre. Tu aurais pu manquer à l’appel, tu ne l’as pas fait. J’ai respecté le principe des duels par politesse mais en posant mes yeux sur toi, Celer, je savais que c’était toi qui me rejoindrais. »

Je n’ai su quoi ajouter à la suite de ces paroles. Elles résonnaient en moi comme une incantation, un sortilège qui doucement infusait une confiance non négligeable en moi ; pour la première fois depuis ma venue au monde. A partir de cet instant, je n’ai plus jamais regardé en arrière concernant mes capacités passées et donnait tout mon possible pour satisfaire Romulus dans son choix me concernant. Nous avons marché des jours entiers durant lesquels il prenait soin de m’entraîner afin que je développe musculature et force en peu de temps. Le résultat, même moi je n’y avais pas cru immédiatement. Je ne pensais pas qu’avec un peu d’entraînement, pour peu que je trouve une personne assez qualifiée pour m’y aider, je prendrais autant de masse. C’était un véritable changement pour moi. J’étais réellement heureux de tels changements. Et ce n’était pas le plus incroyable auxquels j’eus à faire face.

Un jour, alors que je venais de terminer le feu de notre camp, Romulus exprima le souhait de m’avouer quelque chose de ‘particulier’. apparemment, il avait quelque chose qu’il désirait me montrer, quelque chose d’assez étonnant pour qu’il me demande de ne pas prendre peur lorsqu’il me dévoilerait ledit secret. Etonné au premier abord, j’ai donné ma parole à mon ami qui je ne tenterais pas de m’enfuir. Il m’offrit un sourire avant de se laisser aller à ce qu’il me semblait être un rituel sacrificiel des plus étranges.

Bientôt, sous les traits blafard d’une demi-lune, mon camarade fut remplacé par une bête immense, un loup d’une taille jamais vu ailleurs. Bien que je n’ai pas cherché à m’évader, je dois tout de même reconnaître avoir été plus qu’impressionné, au point d’en tomber à la renverse, incapable du moindre mouvement et ma respiration saccadée.

La créature s’approcha de moi et se coucha près du feu de camp, comme pour m’intimer qu’il n’y avait nulle menace à craindre, au contraire. Hésitant tout d’abord, j’ai appelé le nom de mon ami et à ma grande surprise, le loup me répondit clairement, avec une voix certes plus caverneuse, mais que je devinais sans mal être celle de Romulus.

Il m’expliqua tout cette nuit-là, à propos de son frère jumeau, de leurs vies parmi les loups jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge d’une dizaine d’années et de leur particularité que lui-même ne connaissait réellement l’origine. J’écoutais, sinon buvais ses paroles. La discussion perdura jusqu’aux petites heures du jour tant je ne cessais de le questionner, curieux humain que j’étais alors.
Il me proposa de devenir comme lui. De revêtir à mon tour l’apparence d’une immense bête lupine afin d’être plus fort. D’instinct, il avait su qu’il était capable d’un tel prodige mais jamais n’en avait encore occasionné les tentatives. J’ai accepté et l’ai laissé mordre les chaires de mon avant-bras droit.

Je ne m’attendais pas à ne ressentir aucune douleur, une morsure étant une morsure peu importe la taille de la créature l’infligeant. Mais le mal qui se diffusa dans mes chaires me tenu couché par la suite pendant deux jours entiers. J’avais l’impression que tous mes membres se dissolvaient petit à petit, sans que je ne puisse rien y faire.

Romulus resta auprès de moi tout du long, s’inquiétant de mon état et m’aidant à m’hydrater  avec quelques plantes pleines de rosées qu’il allait chercher aux petites heures du jour.

Finalement, après toute cette souffrance, la douleur se dissipa d’elle-même, laissant dans son sillage un panel de sensations nouvelles. Mes sens étaient bien plus développer et je me sentais… fort ; réellement fort. Exactement comme si rien ne pouvait me résister désormais. Ce n’était sans doute pas une sensation totalement valide, mais le changement d’état du stade humain à celui ‘d’autre chose’ me faisait voir les choses en grand, très grand.
Romulus m’aida a me ‘transformer’, comme il le disait, à revêtir l’apparence d’une bête tout aussi impressionnante que lui. La seule différence était que mon pelage à noir était noir comme les gouffres obscurs des ciels nocturnes. J’avais l’avantage de me fondre totalement dans l’obscurité et c’était une chose dont j’étais plus que satisfait.

Les premiers jours, nous avons voyagé uniquement sous apparence lupine, transportant nos maigres possessions dans nos gueules en attendant de trouver un endroit où les poser pour un repos bien mérité. Si l’on m’avait fait part d’un tel prodige sans que j’en sois moi-même témoin ou ‘victime’, j’avoue que je n’y aurais sans doute pas cru un instant. Seuls les dieux pouvaient se targuer de changer leurs apparences de la sorte, n’est-ce pas ? Il fallait croire qu’en cet instant précis, nous étions plus proches de dieux vivants que d’êtres humains, très certainement.

Une semaine après être devenu un loup, nous avons fait la connaissance d’Hersilie. Nous étions en train de voyager sur deux jambes lorsque nos pas nous guidèrent jusqu’à l’entrée d’une ferme à la terre aride semblait-il. C’est là que vivait Hersilie. Je ne l’ai pas approché de moi-même, au début. Romulus m’avait demandé de rester un peu à l’écart et j’ai obéis. Il était mon alpha, après tout.
Plusieurs journées durant, nous sommes restés ici, à faire des allers-retours entre les vallées et les abords de la fameuse ferme. Même si je ne connaissais guère Romulus depuis très longtemps, j’avais pu déceler que cette femme avait attisé un intérêt particulier. J’en eus la confirmation un soir, alors que nous étions occupés à dévorer elle poisson pêché tout frais du lac en contre-bas.
« Je veux qu’elle nous rejoigne. »
« Tu es sur que c’est très prudent ? »
« C’est ce que je veux. »
« Elle est mariée. Comment vas-tu t’y prendre, mon ami ? »
« Je tuerai son mari, tout simplement. »
Je me souviens très nettement avoir plissé les yeux de méfiance, à ces mots-là.

« Il l’a bat, Celer. »
« Comme c’est le cas de beaucoup de femmes malheureusement. Nous ne nous sommes pourtant pas arrêtés à chaque fois pour porter secours à ces pauvresses. »
« Mais je suis certain qu’elle fera une louve hors du commun. »

Que pouvais-je trouver à redire à ce propos ? Romulus était si sûr de lui qu’il ne m’était même pas venu à l’esprit de le contredire davantage. Il avait ses raisons, qui étais-je pour tenter de lui faire entendre le contraire après tout ? Ainsi, le lendemain, nous avons récupéré Hersilie la Sabine et j’ai laissé le soin à Romulus de s’occuper de sa transformation, en ‘intimité’. Je n’étais pas dupe ni même naïf au point de ne pas avoir compris nettement quel intérêt Romulus portait à cette femme.

Elle est devenue louve et nous avons continué notre périple, agrandissant notre meute petit à petit à mesure que notre voyage perdurait durant deux longues années. C’est ainsi que j’ai pu rencontrer des personnes incroyables,  comme Ahmès, notamment, chef de guerre égyptien au caractère plus trempé encore que le métal des meilleures garnisons de l’époque. Nous avions fait une halte par l’Egypte alors que Romulus avait décidé de revenir sur ses pas et de faire un détour par l’actuel Royaume d’Espagne pour aller explorer des contrées autre que la Gaule et les territoires celtes. Là, nous avons été présentés au pharaon de l’époque – même si je ne comprenais pas très bien l’égyptien cependant-, lequel nous offrit l’un de ses meilleurs guerriers ; Ahmès.

Malgré son tempérament volcanique, nous nous sommes plutôt bien entendu immédiatement. Je fus présenté – à ma grande surprise – comme le bras droit de Romulus au nouvel arrivant et fit tout, à partir de cet instant, pour honorer ce digne rang que venait de m’offrir mon ami.

Mais nous devions nous hâter, car la confrontation avec son frère allait bientôt débuter.
Questionnaire


QUE PENSEZ-VOUS DES LYCANS/VAMPIRES ─ Des individus nés dans le seul but de profiter de l'espèce humaine. Comme nous autres lycans, en somme. Qui sommes nous pour avoir un avis sur leurx existences?
QUEL EST VOTRE POINT DE VUE A PROPOS DES INFANTS ET DES SANG-MÊLES MAUDITS? ─ Là encore de pauvres âmes n'ayant rien demandés à personne. Qu'on les laisse en paix ils souffrent déjà suffisamment seuls, j'imagine.
ÊTES VOUS SATISFAIT(E) DE VOTRE VIE ACTUELLE? ─ Non.
SI NON, QUE VOUDRIEZ-VOUS CHANGER? ─ Mourir.
VOTRE POINT DE VUE SUR LE MONDE CONNU? ─ Il n'est empli que d'espoirs volés et de rêves brisés.

Joueur

PSEUDO ─ MEEEEEEEEEEEEEH VOUS ME CONNAISSEZ COQUINOU ♥ Mezazette ;DDD
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Loup Originel

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MessageSujet: Re: Les plus proches amis des dieux ne sont autres que les loups. • CALEB   Dim 1 Jan - 21:28

Après avoir traversé le désert aride des terres égyptiennes pour revenir vers les terres où tout avaient commencé, nous parvinrent finalement à rallier Rome, lieu que je n’avais jusque-là pu qu’imaginer grâce aux descriptions que m’en faisait Romulus. Je dois dire que la cité demeurait encore plus belle que ce que j’avais pu imaginer jusque-là.

Il régnait là-bas une telle ambiance de fête que je me suis sentie accueillie comme un prince, un guerrier renommé. Mais la bataille qui m’attendait n’avait même pas encore réellement commencé. Je devais faire preuve de patience. On m’offrit des couronnes de fleurs tressées, de la nourriture et du vin en abondance… Je n’avais jamais vu chose pareille ailleurs.

Mais les heures défilèrent bien vite et nous avons dû rejoindre le théâtre de ce qui allait être notre combat pour la gloire de Romulus. Nous faisant face, son frère, Rémus – sa copie conforme – et ses cinq guerriers apparemment tout aussi impatients que nous d’en découdre. Les règles nous furent expliquées, nous n’avions pas le droit de revêtir notre forme animale ; seule notre force enfermée dans l’enveloppe charnelle de notre naissance était permise. De même, un adversaire par personne au début de l’affrontement ; nous n’avions le droit d’aller aider un camarade que si nous avions mis à terre notre opposant en l’empêcha de se relever pour le reste de la bataille.

Les choses clairement énoncées, nous nous sommes tous mis en position. J’avais trouvé mon contraire, paré à prouver que j’étais le meilleur de nous deux.
La corne sonna une fois pour indiquer le départ du combat et sans attendre, j’ai fondu sur mon adversaire, rouant son corps de coups. Je me servais à la fois que ce que j’avais retenu de l’entrainement de mes frères dans leurs diverses spécialités et à la fois de ce que Romulus m’avait appris durant ces deux années d’existence à ses côtés. Ces enseignements me furent des plus utiles lorsqu’il fut question de terrasser l’âme désignée pour m’affronter. L’adrénaline fouettait mes veines, je sentais mon cœur battre à une vitesse folle et mon instinct primaire me fit vouloir davantage de résistance ; chose que je n’avais pas eu jusque-là.

Mon opposant ne pouvant se relever après la rouste que je lui avais infligé, j’ai alors cru bon de venir soutenir Romulus dans son propre combat. Je me suis emparé de la première chose qui me tomba alors sous le main – une pelle, pour être précis – et me suis jeté sur Rémus, lequel reçu la terminaison pointue de mon arme improvisé en travers du torse. J’avais mal contrôlé ma force et le métal vint rapidement épouser les chaires internes de ma cible. Avant même que je ne m’en rende compte, j’avais déjà condamné Rémus à une mort atroce.

Ce qui me fit remettre les pieds sur terre fut ni plus ni moins que Romulus m’assénant un coup de poing sur l’arête de ma mâchoires. Je volais à un ou deux mètres plus loin, brusquement débarrasser de cet élan de fougue dont j’avais été investi il n’y a pas si longtemps.
Un silence macabre tonnait au cœur du village, seulement perturbé par les cris et les sanglots de Romulus, lequel tenait son jumeau dans ses bras, comme pour tenter de le ranimer. Tous les yeux, ceux des autres guerriers et ceux des villageois étaient rivés sur lui. Je ne réalisais qu’à cet instant ce que j’avais fait. J’avais commis un meurtre. J’avais outrepasser les véritables intentions de ce combat. Il n’était normalement pas question de s’abattre les uns les autres mais de prouver quel frère était le plus à même d’être l’unique Alpha.
J’avais échoué.

Les combats entre guerriers cessèrent alors et le calme retomba, assorti de son camarade malaise, sur toutes les personnes présentes à cet instant. Rémus fut enterré avec les honneurs sur la colline de l’Aventin. Romulus, lui, n’adressa plus un mot aux guerriers, qu’ils fussent-ce de son camp ou non. Il parti s’isoler dans une forêt proche et donna l’ordre silencieux – un regard glacial de sa part avait suffi à le faire comprendre de nous, ses paris – de ne pas le rejoindre.
Je ne savais que faire, les choses étant encore trop fraiches dans mon esprit pour que je parvienne à correctement les dissocier les unes des autres.

Le plus dur fut lorsque j’appris, quelques jours plus tard, que Romulus avait été retrouvé mort au cœur des bois où il s’était exilé. Il s’était suicidé. Je crois que je n’ai jamais autant ressenti un sentiment d’abandon que ce jour-ci. L’idée que ceci soit la conséquence de mon erreur me hanta immédiatement.

Avant d’avoir à subir davantage de regards désobligeants de la part d’autrui, je pris la décision d’aller m’exiler, loin de tous. Je ne méritais que cela, après tout. C’était la solution qui me paraissait le plus approprier à ma faute. Ahmès proposa bien de me ramener avec lui en Egypte, mais j’ai refusé. Je ne me sentais pas le cœur à côtoyer quiconque après cet échec lourd de sens pour moi. Indirectement, j’avais tué le seul qui avait jamais cru en moi.

Je ne saurais dire combien de temps exactement a duré ma première errance en solitaire, mais je me suis aperçu plus ou moins rapidement d’une chose assez extraordinaire ; je ne vieillissais pas. Ou plutôt, je ne vieillissais plus. Je conservais la même apparence que celle du jour où Romulus m’avait mordu. Alors que j’aurais normalement dû me faire de plus en plus faible avec les années, il n’en était rien.

Une fois la centaine d’années passées, j’ai cessé de m’interroger à ce sujet et en est venu à la simple conclusion que ceci devait être un effet latent de ma transformation. Je me demandais, tout de même, si les autres guerriers avaient hérités du même genre de répercussions sur leurs chaires. Pour le savoir clairement et en avoir le cœur net, encore aurait-il fallu que j’aille à leur rencontre, que j’essaie de les retrouver. Mais je n’en fis rien ; sans doute étais-je déjà trop lâche pour essayer d’affronter les faits à proprement parler.

De la même manière, j’ai découvert un peu par hasard que je pouvais engendrer, tout comme Romulus l’avait fait avec moi, d’autres guerriers lycans. Je restais, certes, plus imposant que ces derniers en termes de taille sous ma forme lupine, mais ils n’en demeuraient pas moins tout à fait capable d’acquérir des méthodes de chasses plutôt réussies et performantes. Pour autant, je n’accordais pas vraiment d’attention à ce genre de chose. Davantage concentré sur mon envie de solitude, je ne restais jamais plus de quelques semaines au grand maximum avec les meutes que je créais par inadvertance le plus souvent.

Être à la tête d’une harde de loups ne m’intéressait en aucun cas je dois dire. Je ne me sentais pas l’âme d’un chef et ne souhaitais pas obtenir les faveurs d’un tel statut. Je ne le méritais pas.

Pour autant, seul je me débrouillais suffisamment bien pour ne souffrir d’aucune pénurie d’aucune sorte. Je savais chasser  et tirer profit des carcasses animales que je ramenais à mon antre pour concevoir vêtement et réserves de nourriture sans trop de problème. Lorsque revenait le printemps alors, je revendais les peaux dans le village le plus proches et continuait mon errance sur des dizaines et des dizaines de kilomètres. Je suis à même de pouvoir affirmer avoir parcouru le continent en long, en large et en traversa moi seul, désormais. Des steppes gelées du Nord aux étendues arides de par-delà l’Egypte, j’ai vu nombre de choses que je n’aurais sans doute même pas pu imaginer si j’étais resté le Celer humain’ que j’étais autrefois. Une compensation comme une autre, sans doute.
C’est ainsi que j’ai rencontré Velsa.

J’étais occupé à faire cuire quelques lignes de viande tout juste retirée du cadavre d’un cerf fraîchement abattu par mes soins lorsqu’une voix m’interpella. Je ne comptais, au départ, m’intéresser davantage au fou qui essayait de me déranger durant ma passionnante activité mais il revint à la charge de lui-même.
« Excusez-moi, très cher alpha. »
Mon intérêt fut éveillé subitement suite à ces mots. Je plissais les yeux, suspicieux.
« On se connait ? »
« Voyons, vous ne me reconnaissez pas ?! » s’exclama-t-il, comme quelque peu outré par ma question.
« Non. »
« …Erm. Je suis Yossar. Vous m’avez offert le pouvoir de lycanthropie il y a quelques centaines d’année maintenant ; quelle plaisir de vous revoir ! »
« …Ah. »

Nous nous sommes regardés dans le blanc des yeux pendant une poignée de secondes avant qu’effectivement, je ne remette un souvenir sur ces traits et ce nom. Oui, c’est vrai, Yossar. Il avait été l’un des premiers que j’avais mordu ‘par erreur’. Je constatais qu’il s’en était plutôt bien sorti sans moi finalement ; tant mieux, je n’aurais pas vraiment apprécié de devoir me le traîner dans les pattes. Déjà avant il était quelque peu invasif.

« Puis-je prendre place auprès de votre feu ? Je fais un long voyage et j’avoue qu’une petite pause me ferait le plus grand bien. »
Je soupirais. Mais s’il ne s’éternisait pas, cette fois, cela ne me dérangeait pas trop de partager un peu de mes provisions. J’en avais largement pour au moins quatre bouches.

C’est là que, dans son dos, j’ai aperçu une jeune femme. Brune, cheveux châtain et regard fuyant. Elle avait l’air terrorisé, ce qui me fit plisser le nez un instant. Je sentais parfaitement qu’elle était louve, elle aussi, alors pourquoi tant de craintes ? Toujours aussi curieux qu’auparavant, je décidais de trouver la réponse par moi-même. Je lui désignais un rondin sur lequel elle pouvait prendre place mais Yossar répondit à sa place.
« Oh ne vous fatiguez pas à lui adresser la parole, cher alpha ! Elle n’en vaut pas la peine, je vous assure. »
« Ce qui veut dire ? »
« C’est mon esclave. Je l’ai acheté et transformé il y a peu de temps, son éducation est encore à parfaire, aussi je ne dois pas laisser qui que ce soit se montrer trop permissif avec elle, j’espère que vous comprendrez cela. »

Je repris place sur mon propre tronçon de bois, continuant de l’observer malgré tout à grand renfort de coups d’œil furtifs. Cette situation me déplaisait. Certes, l’esclavage était une notion connue et admise d’un bien grand nombre, mais quelque chose me hurlait, au fond de moi, de faire quelque chose.

Cependant, si elle le suivait docilement, alors je ne pouvais rien faire. Il l’avait transformé, c’était donc son Alpha. Je n’avais logiquement pas l’autorité nécessaire pour agir. Ou plutôt, je ne voulais pas voir que je l’avais, en réalité. Il était plus facile de fuir, encore une fois.

Lorsqu’ils partirent, finalement, j’ai pris l’initiative de déposer sur les épaules de la jeune femme une peau d’ours que je transportais depuis quelque temps déjà. Si elle ne m’aurait sans doute plus servie, je songeais que la demoiselle pourrait se réchauffer avec si l’envie lui en prenait. Après tout, les loups aussi peuvent avoir froid.
Ils reprirent leur route et alors que je les regardais s’éloigner, j’aperçu enfin le signe que j’avais tant attendu pour agir.
Ils devaient être à sept cent ou huit cent mètres de moi lorsque je vis Yossar arracher la peau d’ours du dos de son esclave avant de s’enrouler lui-même dedans. Immédiatement, je courrais dans sa direction et, sans prévenir, lui asséna un violent coup sur l’arrière du crâne. Il tomba sur le sol à quelques mètres de là, gesticulant de douleur. Récupérant la peau qui était tombée durant la chute, je la rendais alors à l’esclave tandis que je confrontais son regard.
« Je n’ai que faire de ton histoire. En revanche, j’ai horreur que l’on s’accapare ce que j’ai donné à autrui. Tu n’as qu’un geste à faire et je le tue. Tu seras libre. »

Je voyais bien l’hésitation dans son regard, d’autant plus que Yossar s’était relevé, à genoux et me présentait des yeux suppliants.
« P-Pitié, Alpha, je vous donne l’esclave si vous voulez, mais ne me tuez pas ! »

Mes yeux continuaient de se fondre dans celui de la jeune louve et lorsqu’elle prit son courage à deux mains pour finalement hocher la tête, je lui ai intimé de fermer les yeux et de mettre ses mains sur ses oreilles si elle ne voulait pas voir le massacre en approche.
J’ai attrapé Yossar par la mâchoire inférieure et lui ait lancé l’un e mes plus noirs regards alors. « Un Alpha qui dépouille les membres de sa meute et leur impose son autorité par la peur est le genre de chef que je ne supporte pas. »

J’ai tenté de resserrer mon emprise sur l’os en question mais il se transforma alors en un loup au pelage écaillé, noir et gris. Il tentait le tout pour le tout et ne fut pas déçu du voyage. Moi-même ayant la seconde suivante revêtit ma peau de loup, j’attendis qu’il essai une escarmouche pour répliquer. Mais il tenta plutôt de s’en prendre à son esclave en entamant un saut dans sa direction. Grave erreur.

Ce mouvement me permis de refermer les lourdes mâchoires en tenailles autour de son cou et de le plaquer au sol. J’ignorai ses gémissements plaintifs et enfonçait mes crocs toujours plus profond dans ses chaires. Finalement, je lui brisais les cervicales d’un coup sec et tirait de toutes mes forces sur le point d’appui que je venais d’obtenir. Sa tête et une partie de sa colonne vertébrale suivit le mouvement, laissant un corps décapité et sanguinolent gagner le sol.
Il me fallut quelques secondes pour me calmer à mon tour et lâcher ma prise sur le sol, sa tête dont la langue sortait sur le côté. Il était décidemment bien pathétique, même dans la mort. Je lançais un regard vers l’ex esclave ; laquelle était sur ses appuis pour s’élancer contre moi. Elle avait failli lui venir en aide. Mais quelque chose l’en avait empêché, avait inhibé son instinct de louve. Et je pensais savoir de quoi il s’agissait. La peur et la haine envers Yossar, probablement.
« Tu veux venir avec moi près du feu le temps de te réchauffer un peu ? Je vais sans doute récupérer sa fourrure, elle se vendra bien. Je laisserai le soin aux charognards de s’occuper de sa carcasse, cependant. »

N’ayant pas eu de réponse concrète, je repris la tête décapitée de Yossar dans ma gueule avant de repartir vers mon campement à quelques mètres de là. Mais alors que je n’avais pas fait dix mètres, je sentais une main venir se perdre dans la fourrure épaisse de mon flanc gauche. En tournant ma tête, je la vis. Des larmes coulaient sur ses joues en abondance. Je pouvais comprendre.
Je mimais un mouvement d’avancée avec ma tête – mes mâchoires étant prises à ce moment là – et elle me répondit.
« Je peux aider ? »
Mes yeux traduisirent sans doute mes intentions puisqu’elle sécha cristaux salés de ses pommettes d’un revers de main et se transforma en une superbe louve brune avant de traîner vers mon campement le reste de la carcasse de Yossar. Ce soir-là, alors que nous nous occupions à deux de retirer avec soin la fourrure de celui qui avait été son geôlier, elle me confia son nom.
« Je m’appelle Velsa. »
Velsa. J’ai immédiatement trouvé ce patronyme magnifique à l’oreille. Et puis, au-delà de sa condition d’esclave, j’ai pu découvrir les facettes d’une jeune fille vive et pleine d’esprit. Bien que n’ayant pas été transformée de son propre gré, elle s’était plus bien faite à sa condition de louve. Certes, ses techniques étaient à parfaire impérativement si elle souhaitait les pratiquer ouvertement par la suite, mais elle possédait de bonnes bases ; plutôt solides.
A mesure que nous voyagions ensemble, j’en apprenais un peu plus sur elle, sur comment elle en était arrivée là. Je gagnais une sorte de compagnie succincte et elle, une protection non négligeable. Je ne pouvais me résoudre à la laisser seule. J’avais tué son esclavagiste, certes, mais également son protecteur. Et si je n’étais pas à l’aise avec le principe d’une meute, je ne pouvais pas fuir davantage mes responsabilités. Aussi, je décrétais que tant qu’elle voudrait me suivre, elle le pourrait. Je ne la chasserais pas.
Quelques mois après m’avoir rejoint, son ventre s’est mis à s’arrondir. Je n’y étais pour rien cependant. Velsa fini par m’expliquer à mi- mots que Yossar l’avait forcée à se soumettre à lui dans le but de ‘l’entrainer’ lorsqu’il aurait besoin de soudoyer autrui avec le corps de son esclave. Elle était donc tombée enceinte de lui. D’abord apeurée par ce constat, elle finit par se calmer lorsque je lui ai assuré que je serais là pour l’aider avec son enfant, si besoin.

Nous nous sommes repliés vers un petit village où nous avons fait escale, sous nos formes humaines, le temps qu’elle accouche dans de bonnes conditions. Comme je n‘y connaissais rien, il nous fallut nous résoudre à demander l’aide à des femmes de fermiers, lesquelles nous aidèrent bien plus que ce que nous n’aurions jamais pu imaginer. Sans doute nos aspects ‘humains’ jouèrent dans la balance. Ce n’était pas dit que si nous avions revêtu nos tailles de bêtes, ils auraient été si cléments.

Velsa mis au monde un petit garçon, qu’elle me demanda de nommer. D’abord gêné par la situation, j’ai fini par céder à ses yeux bruns, éclatant d’une étincelle particulière. Icare fut le nom que j’offris à son fils.

Nous avons repris bien vite la route, non plus à deux, mais à trois. Le fils de Velsa grandissait bien et son amour pour ce dernier ne faisait que croître à mesure que les jours passaient. Bien malgré moi, je me suis de nouveau retrouvé à la tête d’une petite meute. Mais pour une fois, je n’en étais pas dérangé le moins du monde. A vrai dire, j’appréciais même ce semblant de stabilité que j’avais obtenu un peu par hasard. Notre petit clan faisait toujours route, ne s’arrêtant jamais. J’apprenais à être une figure de droiture pour Icare, même si bien entendu, il m’arrivait de faire nombre d’erreurs d’affilée. Être père était une chose que je n’avais jamais envisagée jusque-là ; mais la perspective n’était plus si dérangeante une fois que j’avais été habitué à être un repère de ce genre.

J’ai parcouru le monde pendant près de cent ans avec Velsa et Icare avant que la louve et moi-même ne passions un réel cap ensemble. Comme il était prévisible que ce soit le cas, de simples amis proches de voyage, nous sommes devenus amants. J’ai appris à l’aimer et en retour à être aimé de sa personne. Pour la première fois depuis Romulus, je me sentais revivre ; avec un but authentique pour bâtir ma vie : Construire une famille.

Quelques mois après le début de notre relation en tant que couple, Velsa m’annonce qu’elle est tombée enceinte. De moi, cette fois. Je ressentais un bonheur immense à la simple pensée d’être père ‘une fois encore’, si je puis dire. Là, nous avons commencés à songer à l’éventualité de nous installer quelque part, définitivement.

Il nous fallut des semaines d’errance encore avant de trouver l’endroit tant recherché. Au cœur d’une petite vallée bordée de roches et d’une petite rivière en contrebas se trouvait l’emplacement idéal pour une maisonnée. Autre avantage, la proximité d’un village nous offrait un éventuel support, ‘au cas où’. Nous avions convenu qu’il valait mieux faire preuve de trop de prudence plutôt que d‘être négligents.

C’est ici que nous avons entreprit, Icare, Velsa et moi-même de construire une demeure toute de bois faite. Chaque jour, nous allions abattre des arbres et nous occupions à les tailler convenablement afin de terminer ce qui allait, nous le pensions, être notre ‘chez nous’, enfin. La sensation d’avoir un endroit légitime où rester était en soit des plus étranges pour moi qui n’avait fait qu’être un nomade depuis des centaines d’années depuis ma fuite du village de Romulus et Rémus. Etrange, oui, mais guère déplaisant.

Par la suite, nous avons été salué les villageois proches et avons constaté, non sans surprise, qu’un autre couple de loups s’y était installé récemment. Bien évidemment, tout comme nous, ils conservaient leurs apparences humaines lorsqu’ils étaient dans le village, mais ce ‘simple’ point commun nous permis de nous entendre immédiatement les uns avec les autres. Aucune rivalité, uniquement un sentiment de sympathie commun. Au moins, nous savions avoir des alliés de choix en cas de besoin. Comme quoi nous avions bien fait de nous établir près d’ici.

Velsa donna naissance à notre premier enfant, une fille, que je nommais Veile. Inspiration directe du nom de ma mère, j’espérais néanmoins parvenir à éduquer cette petite d’une façon bien meilleure afin qu’elle ne devienne jamais comme la suscitée. C’était les premières heures, j’étais heureux.

Détailler ma vie auprès des miens par la suite ne serait réellement utile. Durant sept années, j’ai vécu auprès de celle que je considérais comme ma compagne Alpha, son fils – le mien par alliance – et notre fille. Tout se passait pour le mieux et j’avais déjà hâte que Veile puisse tenir une endurance plus prononcée qu’alors afin de l’emmener à son tour dans de grandes chasses sauvages avec sa mère et son frère. De plus, en ce début d’année, Velsa retomba enceinte une fois encore ; il fallait donc que Veile sois bientôt en mesure de pouvoir protéger plus jeune qu’elle. Notre meute s’agrandissait doucement mais surement. Je trouvais que le rôle de chef de meute me réussissait plutôt bien, en fin de compte.
J’avais tort.

Un soir que j’étais parti chasser en solitaire, ma compagne se sentant mal et son fils à ses côtés pour la protéger elle et Veile, je fis une rencontre très désagréable. Ma toute première rencontre avec un sorcier. Et pas n’importe lequel. Ouroboros.

Je rentrais doucement vers notre demeure lorsque des grognements appuyés captèrent mon attention. Il ne me fallut pas plus d’une poignée de secondes pour reconnaître les vocalises lupines de Velsa. Lâchant mes proies sur le sol, j’employais ma vitesse à venir m’interposer entre ma compagne, venue au-devant de moi – à tort puisque je lui avais dit de rester couchée – et… Cette chose qu’aujourd’hui encore je ne saurais définir clairement.

Il avait l’apparence d’un homme mais il s’échappait de lui une aura fantomatique et morbide. Ses yeux étaient luisants de rouge et sa chevelure était d’une blancheur presque enflammée. En tous les cas, il ne m’inspirait pas confiance le moins du monde. Et ce fut encore pire lorsqu’il ouvrit la bouche pour nous adresser la parole.
« Eh bien eh bien, je ne pensais pas que mes proies viendraient directement se jeter dans ma gueule, quelle délicate attention que voici ! »
« Velsa, Icare, rentrez à la maison. » prononçais-je d’un ton qui se voulait autoritaire
« Celer… »
« Maintenant ! » insistais-je alors plus lourdement encore.
Ils firent demi-tour, Veile sur le dos de son frère. L’individu étrange, lui, s’agitait de plus en plus.

« C’est toi le chef de cette bande d’horreurs sur pattes ? C’que t’es gros ! T’as dû en bouffer de l’humain pour avoir cette taille. »
« Je n’ai jamais dévoré un seul humain de ma vie. Qui es-tu ? Parle avant que je ne perde patience ! Qu’est-ce que es venu chercher sur nos terres ? »

Il prit un temps de silence, comme pour réfléchir à mes paroles et.. .éclata d’un rire sonore qui me fit froid dans le dos.

C’est à partir de cet instant que j’ai perdu le contrôle de la situation. En une enjambée monstrueuse, il s’était déplacé jusque sur mon flanc gauche et m’asséna un coup d’une force fulgurante qui m’envoya m’écraser les côtes droites sur un rocher proche, me sonnant sévèrement. L’obscurité s’invita devant mes yeux alors qu’il riait toujours ,disparaissant dans les sous-bois menant à ma maison.

Lorsque mes yeux se rouvrirent par la suite, la nuit était encore plus avancée qu’elle ne l’était auparavant et une douleur lancinante me prit immédiatement au côté droit. Cette enflure n’avait pas loupé son coup et je reconnaissais l’avoir sous-estimé. Mais alors que je me renfrognais sur ma défaite cuisante, l’image de ma famille me revint en tête. Sans perde un instant, je me redressais et accourais vers la demeure que j’avais construit avec ma compagne et Icare.

Là, le spectacle que je trouvais pour m’accueillir confirma malheureusement l’odeur âpre de sang que j’avais senti sur le chemin du retour. Un froid glacial me prit tout entier tandis que les yeux de posaient sur cette scène de cauchemars.

Icare n’était nulle part, mais la grande quantité de sang lui appartenant et dispersé un peu partout me portait à croire qu’il avait péri. Quant à ma fille… Ma précieuse Veile, elle avait été tranchée en deux, dans le sens de la hauteur. En venant  inspecter son corps, je ne pus retenir des gémissements plaintifs de douleurs mêlée à un regret amer de ne pas avoir pu être là pour la protéger. J’avais manqué à mon rôle de père ; j’avais échoué une fois encore.
Et Velsa… Oh ma pauvre Velsa… Sa carcasse de loup gisait là, une plaie mortelle à la base de son cou et une déchirure juste au-dessus du ventre. Son sang avait noyé la terre tout autour d’elle. Sans doute avait-elle souffert avant d’expirer finalement. Je ne pouvais qu’imaginer ses cris et ses appels aux secours auxquels je n’avais pas été capable de répondre. La haine à mon propre égard se diffusa longuement dans mes veines alors que j’aperçu dans le sol, creusées, des disparités qui, ensembles, semblait former des lettres, un mot.

Ouroboros.
« T’en as mis un temps à venir ! J’ai cru t’avoir tué l’espace d’un instant ! Cela aurait été odieusement insipide je dois dire… M’enfin, heureusement tu es là ! »
Mes yeux sombres s braquèrent sur l’étrange créature et je grondais de la façon la plus caverneuse que je me savais capable de le faire.
« Nous ne t’avions… Rien fait ! »
« Hum. D’un point de vue personnel peut-être. Mais je m’en fiche du personnel, je ne fais qu’accomplir ce pourquoi j’ai été créer. Et puis bon, tu m’as demandé mon nom, tu l’as. Tu devrais apprendre à te satisfaire de ce que tu as, prédateur de bas étage incapable de protéger sa propre meute, ahah ! »

C’en fut trop. J’ai immédiatement fondu sur lui alors qu’il séparait lui aussi la distance entre nous. Je reçu son premier coup dans les dents, ce qui me fit reculer de quelques mètres. Il était fort et il ne m’était pas permis de le sous-estimer une fois encore. La rage me faisant avancer, je me suis battu avec force et acharnement contre lui. Il parvint à trancher l’un des doigts de ma patte gauche, me tirant un gémissement plaintif. Je me sentais faible, mais lui devait l’être tout autant. Mes crocs s’étaient enfoncés dans son corps à plusieurs reprises, tant et si bien que, quelque part, je le sentais à bout de force.

C’était satisfaisant.
Il tenta un assaut sur mon flanc intact et je cru bon de vouloir me retourner davantage pour tenter de le saisir par l’épaule à l’aide de mes mâchoires. Mais j’ai eu tort. Le fourbe s’était glissé sous mon ventre pour accéder à mon autre côté, laissé à découvert. Vulnérable. Il me frappa au niveau d’une côte brisée et je sentis le mal parcourir tout mon corps, comme si j’avais été frappé par la foudre. La douleur était si intense qu’elle m’empêcha de bouger pendant quelques instants.

« Des côtes brisées sont toujours plus faciles à voler, tu crois pas ? Voyons voir combine j’arriver à t’en arracher avant que tu ne meurs, pour voir ! »

A nouveau, il explosa en un rire lugubre avant de me fondre dessus. Sans doute pensait-il que je ne réagirais plus alors mais sur ce coup-ci, ce fut à son tour de goûter à l’amertume de l’erreur. Juste avant qu’il ne soit sur moi, ma tête pivota sur le côté pour venir le saisir à la gorge, la tête toute entière dans ma gueule. Là, je le secouais comme tout prédateur le ferait pour déchiqueter une proie toute entière, jusqu’à ce que son cou se détache de son corps désormais désarticulé de part en part.

Recrachant ma prise, je suis alors retourné, titubant, vers le cadavre de Velsa. Une blessure profonde sur le côté et plusieurs os brisés à plusieurs endroits du corps ne m’aidaient pas à tenir parfaitement sur mes pattes. De tristesse et de douleur, j’ai hurlé au ciel d’encre avant de partir loin de ce qui fut ma maison, animal blessé et dépouillé de sa vie heureuse vécue jusqu’alors.

Lorsque je me suis écroulé, finalement, je sais que j’avais dépassé les frontières du pays où j’avais résidé avec Velsa, Icare et Veile depuis un bon moment déjà. Je n’aurais même pas eu l’occasion de connaître mon enfant à naître. Maudit Ouroboros.

Je ne détaillerai pas la suite exacte de mes aventures étant donné que j’étais alors simplement revenu à mon habitude nomade et solitaire. La plaie profonde de mon flan avait fini par se guérir seule, avec du repos et un peu de ménagement. L’endroit resta sensible pendant plusieurs mois, mais tant que je ne tentais pas l’impossible en me courbant de façon aléatoire, les choses continuaient à aller de l’avant.

J’avais entendu quelques rumeurs concernant des créatures étranges et tueuses de loups mais n’en ai pas tenu compte alors que je gagnais, lentement, les territoires de l’Empire Romain d’ Orient. Je fus surpris de constater qu’il était encore plus florissant que celui d’Occident, que j’avais pourtant connu depuis les prémices de sa naissance. Là, je découvrais d’autres cultures, d’autres langues.

Pour autant, n’ayant plus réellement envie de me lier à qui que ce soit, le cœur toujours dans le vague, je pris la décision de revenir à ma forme animale, délaissée alors que j’avais rejoint la ville aujourd’hui connu sous le nom de Jérusalem. Je ne voulais plus être un humain parmi d’autres, tout simplement. J’ai fini par trouver une petite forêt parfaite pour mes occupations, en bordure d’un village dont je me fichais alors éperdument. Tant que les villageois restaient de leurs côtés et moi du mien, alors leurs présences m’importaient peu.

C’est pourtant un peu par hasard que mon chemin croisa celui des nizarites d’Hassan Ibn Hal Sabah. Oui, ce n’était pas un nom courant, j’en conviens. Pour entrer un peu plus dans les détails, disons qu’à l’occasion d’une exception, je m’étais rendue au sein de la ville la plus proche pour y vendre les quelques peaux de bêtes que j’avais moi-même tanné depuis plusieurs mois du fait de ma vie en solitaire. Mon commerce fait, je m’apprêtais à rejoindre de nouveau mon havre de paix forestier lorsqu’au détour d’une ruelle, un son particulier attira mon attention. J’avais la sensation d’avoir entendu un sifflement menaçant, comme celui d’un serpent, accompagné de bruits de ce qui semblait être une lutte acharnée.
Poussé par ma curiosité, laquelle avait été d’autant plus attisé de par l’odeur fétide que mon odorat capta alors, je m’engouffrais à mon tour dans cette impasse.

Ce que j’y vis m’étonna suffisamment pour que je ne sache comment réagir au premier abord. Un homme était maintenu contre le mur, les pieds ayant décollés du sol. Son agresseur n’était autre qu’une splendide jeune femme aux cheveux noirs et à la peau d’une pâleur affolante. Lorsque qu’elle capta ma présence, ses yeux d’un rouge vif se posèrent sur moi et je retins un frisson avec une certaine difficulté. Je ne savais pas ce qu’était cette chose, mais elle ne m’inspirait ni confiance ni sympathie d’aucune sorte.

Pis encore, elle délaissa sa proie de l’instant pour venir se jeter directement sur moi et tenta d’enfoncer ses longs crocs luisants dans les chaires de mon bras droit. Fort heureusement, mon expérience passée à me battre contre de multiples dangers me servie grandement et me permit de ne pas me contenter d’être uniquement un repas de choix pour cette chose dont j’ignorais tout. La bougresse parvint même à me faire reculer sur mes appuis, signe que sa force n’était en rien négligeable – à l’image de la folie que je pouvais discerner dans ses yeux. Je devais l’abattre si je ne voulais pas que notre petit affrontement imprévu prenne davantage d’ampleur et ne s’éternise.

Alors, après l’avoir ramené contre moi dans un mouvement souple, j’ai attrapé sa tête pour mieux la lui retourner et envoya son corps désarticulé au soleil de midi, en plein milieu de l’artère principale de la ville. Je n’ai réalisé mon erreur qu’après. Ou plutôt, je pensais qu’il s’agissait d’une erreur. A mon étonnement le plus total, le cadavre de la créature se transforma en poussière alors que le disque du jour essuyait ses courbes.

Bien vite les passants firent le rapprochement avec la ruelle où je me trouvais alors, celle-là même dont j’avais deviné l’impasse. Je ne pouvais pas risquer de m’enfuir sans me faire repérer et poursuivre à mon tour. Je m’étais encore mis dans de beaux draps à cause de cette monstruosité dont je ne connaissais même pas l’origine.
Mais le destin me fit un signe clément pour la première fois depuis fort longtemps. En effet, l’homme que j’avais involontairement tiré d’affaire m’interpella pour me faire signe de le suivre. Puisqu’il s’enfonçait toujours plus avant dans la ruelle, j’ai songé à l’éventualité d’une solution à mon épineux problème. Mieux valait tenter le tout pour le tout, pensais-je alors. Et effectivement, je ne fus pas déçu. Mon allié de l’instant actionna une porte dérobée au fond de la ruelle, ce qui nous permit de nous échapper de cette dernière sanas être repéré le moins du monde. Moi qui ne voulais pas créer de scandale, c’avait été la solution la plus rapide et idéale à mon ennui de foule.

Nous sortîmes du passage secret quelques rues plus loin et avons donc pu nous éloigner de l’attroupement le plus discrètement du monde.
Lorsque nous fûmes enfin suffisamment loin pour ne plus être suspectés de rien, je sentis la main de l’humain venir taper sur mon épaule. Sur son visage, j’avais pu lire les signe d’une reconnaissance sans bornes. Il n’aurait pas dû, après tout je n’avais pas fait exprès de le sauver de cette… chose.

« Mon ami, merci ! Sans toi, j’aurai été vidé de mon sang avant même de pouvoir appeler au secours ! »
« De ton sang ? »
« Oui, les choses comme elles se nourrissent de sang prélevés sur des proies capturées. »
« Mais… Qu’est-ce qu’elle était, exactement ? »
« Elle ? Pour dire vrai, j’appelle les individus comme elle des ‘khafash’, mais je sais que d’autres noms existent pour les désigner. Normalement, ils ne sortent pas ne plein jour car ils craignent le soleil. Mais parfois, lorsqu’ils sont poussés par la faim ils prennent des risque, comme aujourd’hui. »
« Et personne ne sait comment les tuer ? »
« Non. Tous ceux qui ont essayé sont morts. Ils sont forts, rapides et très vigilants. Ce sont des adversaires contre qui même le poison ne fonctionne pas ! »
« Je vois. »

Je prenais le temps de bien admettre la situation. Alors il y avait quelque chose d’au moins aussi dangereux que nous autre, les loups, en libre circulation dans le monde désormais ? Ce n’était pas une bonne chose. Loin de là. Je pouvais sentir les ennuis s’amasser au loin sans que je ne puisse rien y faire. Mais je n’eux guère le loisir de me reperdre dans mes pensées puisque l’humain, dont j’appris qu’il se nommait Youssef, m’interpella une fois encore.
« Mon ami, j’ai été impressionné tout à l’heure ! As-tu reçu un entraînement particulier pour lutter contre ce genre de choses ? »
« Plus ou moins… »

Je n’avais pas menti ; en soit, la force de loup que j’avais obtenu me permettait effectivement de tenir tête à de monstrueuses créatures – même si parfois elles n’étaient pas tout à fait en raccord avec un quelconque mysticisme. Youssef sembla alors s’extasier étrangement alors qu’il me fit une proposition des plus inattendues.
« Mon ami, viens avec moi dans la forteresse d’Alamut ! Je suis certain que notre chef saura te récompenser pour ton fait et te donner une place de choix au sein de son armée. »
« Hum… »

Si je devais être parfaitement honnête, je dirais que je ne l’ai suivi que par curiosité. Me faire remercier n’était absolument pas dans mes priorités. Pour autant, un peu de nouveautés n’auraient pas été pour me faire de mal. J’ai donc emboîté le pas à Youssef jusqu’à la fameuse forteresse d’Alamut où nous arrivâmes le lendemain matin, aux premières lueurs du jour. La traversée de la montagne n’avait pas été des plus simples, mais au moins ce fut suffisant pour éveiller mon intérêt à ce propos.

Lorsque je suivi Youssef jusqu’au cœur d’une immense structure taillée à même la pierre, je ne m’attendais pas à voir tant de choses étonnantes. Tout d’abord, le fameux Hassan Ibn Al-Sabah fut appelé afin que je me présente à lui. En voyant ce vieil homme arrivé jusqu’à moi, j’ai immédiatement durcit mon regard. Je ne voulais pas qu’il puisse croire que je serais l’un de ses dociles serviteurs que j’avais pu entre-apercevoir en faisant quelques pas ici.

Mais il n’essaya pas de me soumettre, en définitive. Je l’ai suivi, toujours mu par une curiosité de plus en plus attisée et découvrit un resplendissant jardin bien dissimulé à l’arrière du bâtiment principal. Là, jeunes femmes ravissantes, luxueux décors et mets rares étaient disposés à la simple volonté des fidèles d’Hassan, qu’il appelait ses ‘nizarites’.

Sans doute avait-il compris d’instinct l’avantage qu’il aurait à m’avoir dans ses rangs puisqu’il me proposa un rang de chef d’armée afin de former ses soldats à l’art de combattre les ‘rhasfashs’ comme il les appelait également. En échange, j’aurais droit d’asile autant que je le désirerais ici, à Alamut et il m’aiderait à perfectionner chez moi l’art du changement d’apparence par le biais de plusieurs techniques de déguisement.

En soit, considérant ma situation je n’avais guère besoin de ce genre d’aide, mais pour une fois, savoir que j’aurais un endroit où revenir pour me protéger en cas de problème était un avantage non négligeable. Alors, j’ai accepté. Je suis devenu un nizarite. Après tout, de ma longue vie, il fallait bien que j’en fasse quelque chose, non ?

Ma vie avait désormais un rythme plus ou moins régulier. Bien que je ne réside pas au sein de la forteresse d’Alamut, préférant tout de même retourner à ma forêt, je remplissais mes devoirs du mieux possible. Enchaînant missions et entraînements des autres jeunes soldats complétement fanatisés – mais cela ne me regardait pas plus que cela -, je menais un train quotidien assez tranquille.

Si on vous le demande, c’est moi qui ait assassiné le chef des armées turques juste avant que ceux que l’on appelait les ‘francs’, par ici, ne débarquent. Ceci déstabilisa énormément les forces Seldjoukides mais je ne m’y intéressais que très peu ; après tout je n’étais pas regardant des missions. Au moins, ainsi, mes journées ne me paraissaient pas si longues et tortueuses. Et puis si je pouvais un peu aider les humains contre ces créatures sanguinaires, alors je n’allais pas me gêner. Des individus préparer à toutes éventualités ne pourrait être que de bons guerriers. J’avais retenu cette leçon de Romulus.

Tout le temps durant lequel je n’étais pas à Alamut ou en mission, je demeurais sous ma forme de loup, allant et venant sur mon territoire forestier, sans demander mon reste.
J’avais simplement oublié que tout ce que l’humain ne peut comprendre ou contrôler, il le craint.

Un jour où j’étais occupé à me reposer après une mission à la fin de laquelle j’avais recroisé le chemin de ces espèces de bêtes sanguinaires – mes bras avaient écopés de plusieurs morsures profondes-, je fus surpris par une petite voix fluette.
Je ne l’avais pas entendu arriver, sans doute parce que j’avais, à tort, trop relâché mes gardes. De plus, elle avait très certainement avancé dans le vent, ce qui avait quelque peu noyé ses bruit de pas dans le sable déjà malléable tout proche.
« Bonjour ? »

Je me redressa instamment, prêt à en découdre si l’on venait m’ennuyer d’une quelconque manière. Mais la petite humaine tomba en arrière, impressionnée sans doute par mon brusque changement de position. Pour autant, je ne ressentais aucune peur, chez elle. Alors que d’autres auraient fui loin d’une bête lupine aussi imposante que moi, elle s’est juste contentée de se remettre sur ses jambes et de me fixer d’une manière étrange. Drôle d’enfant, avais-je immédiatement pensé alors.

« Dis, c’est vrai que t’es un démon ? »
Elle m’interrogeait ? Soit, j’avais un peu envie de la voir courir loin de moi après tout. Peut-être que quelques paroles la dissuaderait de revenir me voir.
« Et si c’était le cas, tu ferais quoi ? »
« Han, mais tu parles ! »

… Au final, alors que je pensais que ces mots la terroriseraient, ils firent naître chez elle une curiosité plus grande encore. Démotivé par ce petit jeu idiot, je me suis recouché bien vite, ne prenant pas le temps de songer à la suite.
« Et si j’étais vraiment un démon, tu ferais quoi ? »
« Moi je sais que t’es pas un démon ! »
« Ah ? Et comment cela ? »
« Bah les démons, ils sont tous laids ! Toi t’es beau, monsieur le loup ! »

Mes yeux vinrent se poser sur la petite fille, interloqués. C’était la première fois que j’entendais chose pareille.
« Fillette, tu es dangereuse pour ta propre vie. Je pourrais te dévorer si je le voulais, tu en es consciente ? »
« Oui. Mais je sais que tu ne le feras pas ! »
Avant que je ne puisse répondre, elle remarqua les plaies sur mes pattes antérieures et s’exclama : « Ah, mais t’es blessé ! Attends, ne bouges pas, je vais revenir vite ! »

Je n’ai pas compris où elle voulait en venir avant qu’elle ne revienne par la suite avec… des bandages et un petit récipient de pâtes verdâtres. Sans doute un onguent de soin.

« C’est aimable de ta part, l’enfant, mais je n’en ai pas besoin. Je vais guérir tout seul. »
« Tais-toi ! Mon frère aussi il disait ça et pis bah il est mort à cause de ses bêtises. Et pis arrêtes de m’appeler ‘l’enfant’, j’ai un nom ! Je m’appelle Jihane ! »
« Hum. »
« Et toi ? C’est quoi ton nom ? »

Ah, ça. Je n’avais pas envie de le lui donner. A vrai dire, d’ailleurs, le simple fait de songer à Celer, l’incapable protecteur que j’avais été auparavant, me rebutait. Alors, j’ai préféré le mensonge pour gommer cette identité non désirée.
« Je n’en ai pas. »
« Ah bon ? Pourquoi ? »
« Parce que. Je n’ai pas de nom, il n’y a pas à comprendre davantage de choses. »
« Ho… Bah je vais t’en trouver un moi ! »
« Pardon ? »
« Bah oui, c’est triste de ne pas avoir de nom ! »
« Mais… »
« Caleb ! »
« Pardon ? »
« Caleb. Tu aimes ? Moi je trouve ce nom joli. Je l’ai entendu dans la bouche d’un émissaire religieux il n’y a pas longtemps. C’est joli pas vrai ? Joli, comme toi ! »

J’ai ris, du fond du cœur. Je n’en revenais pas qu’une telle perle d’innocence vienne m’adresser la parole de la sorte. Mais les choses allant et la petite revenant sans cesse auprès de moi, j'ai finis par apprécier sa compagnie. Pour la première fois depuis Velsa, je laissais quelqu’un m’approcher sans être constamment sur ma réserve.

Ainsi, Celer est finalement mort pour laisser place à Caleb.
J’ai passé plusieurs années à voir Jihane m’apporter des choses autant utiles qu’obsolètes de temps à autre. C’est également ainsi que je l’ai vu grandir et évoluer, passant de la petite fille à l’adolescente pleine de fougue mais malheureusement vue uniquement comme un ventre pour les héritier d’un futur mari imposé. Que pouvais-je dire ou faire contre cela, après tout ? C’était là les traditions ancrées dans ces terres depuis sans doute bien avant ma naissance. Je n’étais pas à même de me soulever contre cela. Et puis, dans le même temps je continuais mes activités de nizarites, en dépit de l’arrivée récente des francs dans les cités états indépendantes. Le moins que l’on pouvait dire, c’était que je ne manquais en rien de travail en ce temps-là.

Mais alors que je pensais que mon amie finirait par vivre sa vie et que je disparaitrais logiquement de son monde –personne n’a réellement envie de conserver un monstre dans ses relations, n’est-ce pas ? -, Jihane parvint un nouvelle fois à me surprendre.
Cela faisait des jours qu’elle n’était plus venue me voir le soir. Etant donné qu’elle commençait à devenir une femme, je ne m’en étais pas inquiété, les préparatifs pour les diverses cérémonies organisées par sa famille lui prenaient sans doute beaucoup de temps. Mais lorsqu’elle revint me voir, j’ai immédiatement deviné que quelque chose n’allait pas.

« Jihane… Tu as pleuré ? »
Elle détourna le regard vers le sable sur lequel elle était assise.
« Caleb… On a pas de secrets l’un pour l’autre, pas vrai ? On est amis ? »

Je reniflais quelque peu, tout n’était pas entièrement véridique ; en effet je ne lui avais jamais dit que je n’étais pas ‘simplement’ un loup doté de parole mais qu’une forme humaine pouvait également me sier. Je la laissais poursuivre cependant.

« Ils veulent me marier. Un franc établi sur les terres voisines à accepter de me prendre pour femme… Mais je ne veux pas, Caleb ! »
« Peut-être qu’il t’apporterait une protection malgré tout, tu ne crois pas ? »
« Je me fiche de sa protection, il me fait peur ! »

Elle vint enfouir alors son visage dans mon sombre pelage pour y pleurer autant qu’elle le put. Je la laissais se délester de ce poids sans l’interrompre. Malgré tout, je ressentais une certaine empathie vis-à-vis de Jihane. Moi non plus, je n’aurais pu supporter que l’on m’impose un rythme de vie qui n’aurait rien eu en commun avec mes choix. Fidèle à moi-même, j’ai alors entreprit de prendre une décision ô combien stupide, sur l’instant.
« Et si on s’enfuyait ensemble ? Ils ne pourraient pas te marier dans ces conditions, n’est-ce pas ? »

Elle releva la tête vers mes yeux de loups, de l’incompréhension mêlé à du soulagement sur les traits de son visage.

« Tu… Tu ferais vraiment cela pour moi ? »
« Bien sûr, je- »
Des cris et des lueurs – que j’identifiai rapidement comme des torches – attirent mon attention alors, me faisant me relever sur mes pattes. Jihane étouffa un cri de terreur.
« Oh non ! Caleb, tu dois t’enfuir, ils viennent pour toi j’en suis sure ! »
« Quoi ? »
« Depuis des années, ils parlent de te capturer pour te tuer, parce que tu serais soi-disant un esprit maléfique selon eux… Me voir m’enfuir régulièrement de la sorte les a convaincus que tu m’avais ensorcelée… Pars ! Vite ! »
« Et toi ? »
« Je vais les arrêter, ma présence fera office de distraction ! »

Malgré ce qu’elle disait, je savais pertinemment que si elle agissait de la sorte, sa liberté serait condamnée, purement et simplement. Alors, sans attendre son approbation, je vins attraper son buste entre mes larges mâchoires et entama alors une fuite à tout azimut vers où mon instinct me dictait d’aller. Jihane fermement accrochée à mon museau, j’ai continué à courir sur plusieurs mètres avant de me ré-enfoncer dans la forêt, déposant mon amie entre quelques branches épaisses. Elle pesta immédiatement.
« Caleb ! Mais qu’est-ce que tu fais ?! »
« Puis-je t’emprunter ta seconde tunique, s’il te plait ? »
« Ma tun-… Euh, oui, mais pourquoi ? » me demanda-t-elle tout ne me tendant me morceau de tissu demandé.
« Tu vas voir. Maintenant plus un mot et observe. Il se peut que j’ai omis de te préciser une ou deux choses à mon sujet. »

Elle obtempéra et à l’abri d’un grand tronc, je repris ma forme humaine, couvrant une partie de mes muscles avec la tunique que Jihane m’avait prêtée. Là, j’attendis que les autres humains viennent à ma rencontre, patiemment. Je n’avais pas peur, et leurs répétés « démon ! démon ! », me faisait davantage rire qu’il ne m’effrayait vraiment. Quelle ironie, moi qui avait passé un certain temps à les débarrasser sans qu’il ne se sache des suceurs de sangs, c’était moi qui étais poursuivi. Le monde l’envers, déjà.
Bien vite, comme je l’avais prédit, l’un des hommes m’interpella sans réelle forme de politesse.

« Toi là ! »
« Moi ? » feignais-je en mimant la surprise
« Oui toi ! Nous cherchons une jeune fille enlevée par un démon, aurais-tu vu quelque chose ? »
« Une jeune fille ? Un démon ? Pardonnez-moi mais je ne suis qu’un érudit en pèlerinage. Cependant, j’ai effectivement aperçu une chose étrange galopant à travers les dunes avec un cavalier sur le dos. »
« Vraiment ? »

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MessageSujet: Re: Les plus proches amis des dieux ne sont autres que les loups. • CALEB   Jeu 5 Jan - 22:15

« Eh bien, de là où je me trouvais, je n’ai pu distinguer avec certitude la personne montée sur la créature, mais cette dernière ne m’a pas fait pensé à un cheval, oui… »
« C’est surement le démon ! Par où sont-ils partis ? »
« Dans le désert, je les ai u dépasser les dunes à grande vitesse. »
« Bien, tous à la charge de la bête ! »
Je les laissais s’exciter tout seuls avec mon mensonge, leur criant même un ‘Que dieu vous garde !’ afin de perfectionner mon rôle improvisé. Et seulement lorsqu’enfin la nuit redevint calme et paisible, j’ai appelé Jihane pour qu’elle sorte de sa cachette. Je ne me faisais pas d’illusion, pensant que dans ses yeux pleins de jugement, j’avais perdu sa confiance.
Mais il n’en fut rien.
Elle m’enlaça sans même me demander de comptes.
« Peut-être que tu n’es pas réellement humaine, Caleb, mais tu m’as sauvé d’eux tous. Et cela me suffit amplement. »
En lui rendant son étreinte, une idée me vint alors.
« Jihane, tu me ferais confiance pour t’emmener en sécurité ? »
« Bien sûr. »
« Parfait, alors suis-moi. Il me reste une chose à te révéler à mon propos. »
Je l’ai emmenée vers la forteresse d’Alamut. Là, auprès d’Hassan Ibn Al-Sabah, j’ai plaidé sa cause afin qu’elle puisse demeurer ici en échange de mes services, plus loyaux encore. Je n’imposais qu’une seule et unique condition : personne ne devrait la toucher. Je n’étais pas sans savoir que les jeunes femmes présentes ici n’étaient que des esclaves aux envies primaires des nizarites reclus ici lorsqu’ils n’étaient pas en mission. Hors de question que Jihane subisse le même sort. Je l’avais sauvé d’un mariage arrangé, c n’était pas pour en faire une soumises aux pulsions de mes ‘pairs’.
Ma requête fut acceptée et j’emmenais donc Jihane dans les jardins où je l’imaginais être gardée du reste du monde extérieur, hostile à son bonheur.
Cependant, je ne pensais pas qu’elle aurait un peu de mal à s’adapter à ses nouvelles conditions de vie. Lorsqu’un mois après son arrivée elle vint me trouver alors que je dormais dans le fameux jardin idyllique de la forteresse, nous pûmes parler davantage de tout ceci.
« Caleb ! »
« Hum ? Un problème, Jihane ? »
« Je ne me sens vraiment pas à l’aise, ici… » avoua-t-elle immédiatement sous en venant s’assoir près de moi.
« Qu’est-ce qui te déplait ? Tu as de la nourriture à volonté et beaucoup d’espace pourtant. »
« Peut-être. Les hommes me regardent étrangement malgré tout… »
« Ils ne te feront rien. Ils savent que tu es avec moi et que je réside ici à plein temps désormais. S’ils essaient quoi que c soit, je les tuerais de ma main. »
« Mais tu ne seras pas toujours là… »
« Lorsque je serais envoyé une mission, tu pourras aller t’enfermer à double tour dans ma chambre, si cela peut te sécuriser un peu. »
« Hum… »
Elle vint se blottir contre moi par la suite. Je pouvais comprendre le dépaysement logique qu’elle ressentait, mais sur le moment, je ne voyais pas c que je pouvais faire d’autre pour la protéger de tous ceux qui voulaient la marier de force à un mari qui la terrorisait.
En définitive, nous sommes restées des années au sein de cette forteresse. J’ai finis par lui compter toute mon histoire et elle m’écoutait sans jamais ciller. J’avais retrouvé une sorte d’équilibre auprès de Jihane, que je m’étais autorisé à chérir.

J’étais retombé amoureux.

Cependant, jamais je n’ai fait de pas en ce sens, je ne voulais pas lui imposer ma présence en tant que compagnon, ne sachant que trop bien ce que cela signifiait pour elle. Je ne souhaitais en aucun cas être un obstacle à son bonheur. Et puis, la protéger de la sorte me suffisait amplement. Elle était, en quelque sorte, la princesse que le dragon gardait par choix et non par égoïsme. Tout ceci m’allait très bien.

Un soir que je rentrais à la forteresse d’Alamut après une longue mission, cependant, une odeur de brûlé attira mon attention. En levant les yeux, j’ai rapidement compris qu’un incendie était né dans le jardin du bâtiment. Immédiatement, je mettais à profit mes capacités surhumaines afin d’atteindre plus vite l’endroit vicié par les flammes infernales.

En effet, une bonne partie des lieux étaient en proie aux flammes et les nizarites présents alors faisaient tout leur possible pour jeter des gerbes d’eau provenant de la source souterraine du château sur les foyers incandescents. Moi, je cherchais Jihane, ma douce Jihane, ma tendre amie.

Et c’est au milieu des flammes que je la vis. Allongée à même l’herbe, le feu l’encerclant à la manière d’une cage, je n’ai pas hésité une seconde avant d’aller la rejoindre. Mes jambes et mes bras écopèrent de quelques morsures brûlantes, mais je n’en avais que faire sur l’instant. Tout ce qui m’importait était Jihane. Et Jihane, justement, était en train de suffoquer. Pis encore, elle était grièvement blessée. Une crevasse sanguinolente  avait creusé son nid sous ses poumons et saignait abondamment. Alors qu’elle était presque inconsciente, je tentais de la réveiller.
« Jihane ! Jihane ! Jihane reveilles-toi ! »
Elle ouvrit un peu les paupières, respirant de manière saccadée. Je ne perdais pas une seconde à l’interroger.

« Qui t’as fait ça, Jihane ?! »
« Je… Il… »
Elle toussa des éclats de sang qui vinrent s’écraser sur la peau de mon visage. Je compris alors qu’il était inutile de la faire parler.
« Tais-toi mon amie, je vais te sauver. »
J’avais une idée claire en tête ; la transformer en louve. C’était le seul moyen pour elle de s’en sortir dans ces conditions. Mais alors que j’allais attaquer le derme de son épaule, je sentis sa main venir fébrilement m’arrêter dans mon mouvement, en se posant sur ma joue.

« Non… Caleb… Je… »
« Qu’y a-t-il, mon amie ? »
« Je ne veux pas… devenir un monstre comme toi… »
Monstre. En soit, la définition pour me citer n’était pas erronée, mais que ce soit Jihane qui prononce ce mot était d’autant plus douloureux que je ne pensais pas qu’elle me voyait de la sorte. J’ai déglutis avec difficulté. Je ne pouvais pas décider pour elle. Je sentis ses doigts se faire de plus en plus engourdis, la mort la cueillant toujours un peu plus au fil des secondes. Elle aurait pu guérir avec ma morsure, mais si c’était contre ses volontés, alors j’étais pieds et poings liés.
« Je suis… désolée… »
Elle s’éteignit ainsi, dans un ultime ‘merci’. Alors, j’ai reposé son corps à même le sol et me suis relevé prestement. Je devais partir d’ici.
En un saut, j’avais rejoint le mur d’enceinte tout proche, lequel donnait directement sur une falaise, lit d’un fleuve de montagne. J’ai sauté de prise en prise, mon manteau de nizarite abandonné à mesure que je descendais les rocs. J’avais une fois de plus tout perdu. Hassan Ibn Al-Sabbah désormais mort et enterré, il ne restait plus personne pour attester de ma ‘loyauté’ envers les assassins. Je reprenais ma liberté en même temps que mon cœur, lui, goûtait encore au détestable venin de l’abandon.
Mais en définitive, c’était peut-être la chose la plus logique qui fut. Après tout, j’étais un monstre. Même ma princesse me l’avait dit.
Je n’ai jamais su qui avait blessé Jihane de la sorte et je n’avais, au finale, même pas cherché à le savoir. Je préférais laisser ceci comme acte passé et ne plus me retourner vers ce dernier. C’était trop me demander.

De retour à mes anciennes habitudes, j’ai pris le parti de m’éloigner de cette région du monde, trop porteuse de souvenirs frais pour moi, désormais. Ainsi, après avoir marché pendant de longs jours, j’ai finalement rejoins l’endroit où le Danube se jetait dans la Mer Noire. Là, j’ai songé à la possibilité de remonter l’entièreté du fleuve et le fit peu de temps après.

Je conservais mon apparence lupine à l’occasion du voyage. De même, je préférais largement voyager de nuit, afin d’éviter de croiser des convois de voyageurs où même des soldats. Je tenais plus que jamais à ma tranquillité. C’est ainsi que j’ai traversé de nombreux pays et entendu nombre de nouvelles langues. Mais je ne m’y intéressais pas. Ou plutôt, je ne m’y intéressais plus comme avant. J’étais lassée. Oui, voilà. C’était le terme. Lassé.

Mon nomadisme perdura jusqu’à ce que je trouve une forêt très profonde, sur les terres autrichiennes. J’ai décidé de m’y établir, persuadé qu’ici, personne ne viendrait me chercher d’ennui. Le village le plus proche était à des kilomètres et il ne me paraissait pas cohérent de voir des aventuriers venir braver mon nouveau domaine aussi aisément.

Je suis resté des centaines d’années sur ces terres-ci, bien qu’ayant rapidement perdit la notion du temps, cela dit. Je ne me fiais qu’aux changements des arbres et créatures évoluant autour de moi, rien de plus. Cette existence de prédation sur quatre pattes me convenait parfaitement bien ; je ne m’imaginais pas en changer un jour. Je n’en avais pas envie ; mes souvenirs avaient été trop meurtris à cause de mon côté ‘humain’, après tout.
De temps à autres, j’allais fureter du côté du village établi à quelques kilomètres de ma tanière et observait, pendant des heures, parfois, la communauté humaine vivre et perdurer. C’est ainsi que je découvrais, notamment, de nouveaux habits, de nouvelles armes, mais aussi de nouvelles installations. Entre deux de mes visites discrètes, le village dont il était question avait doublé de volume, signe que l’activité humaine se portait bien. Je m’étais juré de surveiller de plus près ces évolutions, afin de conserver ma tranquillité, au fond des bois.

C’est en rentrant de l’une de ces expéditions de curiosité que j’ai croisé son chemin. Ou plutôt leur chemin.

Alors qu’il ne me restait plus que quelques centaines de mètres à grimper pour retourner me reposer dans mon antre, mes yeux lupins captèrent du mouvement d’une structure inédite jusqu’alors dans ces fourrés. Sans attendre, ne craignant rien ni personne, je suis sorti d’un touffu buisson et ait pu observer de plus près la raison de mon mécontentement. Trois personnes. Deux adultes, une enfant. Mais je me fichais des détails, ils étaient bien trop près de chez moi, à venir là ramasser des brindilles ou qu’en sais-je encore.

J’ai grogné, montré les crocs et n’ai pas attendu qu’ils se carapatent d’eux même pour leur fondre dessus avec la ferme intention de les effrayer suffisamment pour qu’ils ne tentent jamais plus de venir violer les limites de mon territoire.

Mais ce que la femme fit, je n’en revins pas.

Alors que je n’étais plus qu’à une dizaine de mètres – soit une minuscule accélération pour un loup de ma corpulence -, cette dernière attrapa la plus petite et… me la jeta entre les pattes avant de reprendre sa course. Je me suis arrêté net, essayant de bien comprendre la situation. L’enfant était là, recroquevillée sur elle-même, attendant surement un coup de croc qui, pourtant, ne viendrait jamais. Cette sorcière avait sacrifié ce que je m’imaginais être son enfant, sa fille.

Sur le moment, je ne pus m’empêcher de faire le rapprochement avec Veile, mon adorable Veile partie trop tôt. Comment un parent, une mère de surcroit, pouvait faire une chose pareille à la chaire de sa chaire ? Un sentiment de haine féroce à l’égard de l’humanité se mit alors à croître en moi. Je me suis assis sur mon arrière-train et ait laissé l’enfant se calmer un peu avant de faire quoi que ce soit.
Et j’ai parlé. J’ai parlé car cela me semblait être la chose la plus intelligente à faire sur le moment.
« N’aies aucune crainte, je ne vais pas te dévorer. »

D’abord, la surprise illumina son regard, puis le calme revint petit à petit. Nous avons bien su passer une heure, ainsi, à échanger quelques paroles fugaces l’un avec l’autre. Les questions comme ‘Comment peux-tu parler si tu es un loup ?’ ou ‘Pourquoi es-tu si gros ?’ – que je corrigeais par imposant cependant – furent nos premiers contacts. Par la suite, j’appris qu’elle se prénommait Meryl et que, selon ses propres termes, elle n’avait pas ‘beaucoup de valeurs’ auprès des siens. Raison pour laquelle on s’était servi d’elle pour me distraire, sans doute. Au moins avaient-ils réussi leur coup, ces enflures. Ils étaient bien loin, désormais, hors de ma portée.

Néanmoins, je ne pus me résoudre à laisser la petite seule, dans ces bois. J’en étais certes la créature la plus imposante, mais cela ne signifiait guère que j’en étais l’unique danger. Alors, sans vraiment lui demander son avis, je l’ai saisi entre mes crocs, doucement, en prenant garde à ne pas la blesser, et je l’ai ramené à ma tanière.

Elle m’aidait en nettoyant les tas d’ossements empilés au sein de ma grotte – ancien repaire d’ours- ou en préparant un feu après chacune de mes chasses afin que nous puissions profiter de viandes grillées – choses que je n’avais plus pu goûter depuis des lustres. Elle s’appelait Meryl. Etrangement, sa compagnie me faisait du bien ; j’avais presque l’impression de reprendre mes instincts de père. Contrairement à ce que je m’étais imaginé, ce n’était en rien déplaisant, bien au contraire.
Ce petit rythme de vie dura plusieurs mois, j’allais chasser plusieurs fois par jours lorsque c’était nécessaire et Meryl m’attendait sagement au sein de notre demeure improvisé, dont l’entrée était bloquée par d’épaisses ronces – je pouvais en ouvrir quelques pans grâce à mon épaisse fourrure et encore, parfois il m’arrivait de me blesser également avec les épines.

Malheureusement, la tendance de l’homme à détruire ce qui ne lui convient pas était déjà en marche du côté de ce pays germanique et je n’ai pas pu échapper aux mailles de cet horrible filet. Tout avait pourtant commencé normalement durant cette journée. Le soleil était déjà bien levé lorsque j’ai quitté notre tanière pour aller me mettre en chasse. Je suis resté tapis plusieurs heures dans les entrailles de ma forêt en attendant de trouver proie à mon goût. Mon attente fut fructueuse puisque mes crocs se refermèrent sur la gorge d’une biche bien grasse. J’étais satisfait de cette sortie, Meryl allait pouvoir manger à sa faim, me disais-je, avec un butin pareil.
Mais, alors que je revenais de mon point de départ, une odeur me sang me parvint assez rapidement. Mais pas n’importe quel sang. Du sang humain.

Aussi vif que je pouvais l’être, j’ai lâché le cadavre de la biche et me suit précipité vers mon antre, un mauvais pressentiment me tenaillant les entrailles. Je n’avais pas reconnu l’odeur du sang de Meryl, mais cela m’inquiétait tout de même énormément. Aussi, lorsque je suis arrivé sur les lieux, ce fut finalement pour trouver un corps gisant sans vie d’un homme surplombé par Meryl couverte du sang de ce dernier, un os effilé à la main. Elle l’avait tué.

J’ignore ce qui se passa à ce moment-là, mais je perdis totalement le contrôle de mon instinct primaire. Il y eut un voile noir au-dessus de mes yeux, de ma conscience, et puis plus rien.
Lorsque j’ai repris ‘connaissance’, ce fut pour constater que mes crocs étaient profondément enfoncés dans le derme de Meryl, laquelle était maintenue au sol par mes puissantes pattes avant. Immédiatement, je me suis forcé à retirer mes canines de ses chairs et a reculé prestement. J’avais tout de suite compris ce qu’il s’était passé, elle venait d’écoper de mon venin de lycan.
Comme il fallut s’y attendre, sa souffrance débuta presque instantanément, comme ce fut le cas avec moi et Romulus, bien avant ce jour.

J’ai veillé sur elle tout du long, à défaut de pouvoir faire quoi que ce soit d’autre. Pendant ce laps de temps, j’ai eu l’occasion de réfléchir correctement aux évènements. L’homme était un chasseur venu, sans aucun doute, pour me tuer. Et Meryl, sans que je ne sache réellement comment elle s’y était prise, l’avait tué afin de me protéger. Et moi qu’avais-je fait en retour ? J’avais perdu le contrôle de mon loup et l’avait condamné à une existence éternelle sous les traits d’une petite fille. J’étais réellement un monstre. Finalement, les paroles de Jihane se vérifient.

Je me suis assoupi près d’elle et à mon réveil, Meryl avait disparue. Je me suis précipité en dehors de l’antre où nous vivions pour tenter de la pister avec mon odorat, mais mon flair ne me soutint que jusqu’au Danube, celui-là même que j’avais remonté des siècles auparavant pour échouer ici. Meryl avait brouillé les pistes. Elle était très intelligente. Mais je ne pouvais m’empêcher de me faire du souci pour elle. Ce n’était encore qu’une enfant et j’avais été négligent. Beaucoup trop négligent.
Je suis remonté par la suite à notre tanière, ai brulé le corps du chasseur et suis parti à sa recherche. Je ne m’arrêtais que rarement dans mon enquête, ne voulant pas risquer de ne plus jamais la revoir.

Mais j’avais sous-estimé cette petite et le lien qui nous unissait en tant qu’alpha et suiveur ne semblait pas exister. Alors que les autres que j’avais transformé auparavant m’étais fidèle et serviables – parfois même un peu trop -, Meryl n’avait en aucun cas manifesté ce genre de syndrome. J’avais entendu des histoires sur ce genre de choses, mais jusque-là je n’y avait cru qu’à moitié. Jusqu’à ce que j’en sois témoin, en somme.

Trente ans me furent nécessaires avant que je ne perde espoir.
Mes nombreuses traques avaient fini par me mener jusqu’en France et j’avoue que je n’avais plus aucune envie de lutter. Que ce soit pour retrouver Meryl ou pour vivre tout simplement, tout était devenues bien trop dur pour moi.

C’est de cette manière que les chasseurs de monstres parvinrent à me capturer si aisément. Avec le bruit qu’ils faisaient en marchant et leur manque de discrétion, si je ne les avais pas sciemment laissé m’emprisonner, ils ne seraient arrivés à rien.

Mais alors que je pensais qu’ils allaient m’occire – et me rendre service par la même occasion, ils se mirent à discuter de mon sort sous d’autres auspices.
« Plutôt que de le tuer, et si on le vendait à une arène de combat illégaux, plutôt ? »
« Tu penses qu’on peut en tirer de l’argent ? »
« C’est une belle bête que nous avons là, dans le pire des cas, son apparence nous apportera crédit. »
« Tu as raison, aller, sanglons-le et emmenons le là-bas ! »

Je n’ai pas lutté davantage, me disant que, tôt ou tard, cette ‘arène’ finirait par avoir ma peau. Je devais simplement faire preuve d’encore un peu de patience, voilà tout. On me passa un collier orné d’épine de métal et depuis lors, je combats régulièrement dans ces arènes, attendant de trouver un adversaire capable de me tuer. Mais les opposants se font rarement suffisamment courageux ou forts pour m’affronter et même sans user de toute ma puissance, j’arrive à m’en débarrasser. Je suis lassé…
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MessageSujet: Re: Les plus proches amis des dieux ne sont autres que les loups. • CALEB   Jeu 5 Jan - 22:16

FICHE FINIE ♥
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MessageSujet: Re: Les plus proches amis des dieux ne sont autres que les loups. • CALEB   Jeu 5 Jan - 22:54

Love. ♥

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Thank you Charles pour le Kit ♥
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Infant

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Mémoire de vie
Race: Infant
Métier/Rang: Marquis
Statut amoureux: En couple

MessageSujet: Re: Les plus proches amis des dieux ne sont autres que les loups. • CALEB   Sam 21 Jan - 12:24

••• Bienvenue parmi nous


Tu est donc validé! ♥

Le test d'entrée passé, te voilà désormais un CITOYEN LYCAN.
Tu peux dés à présent aller recenser ton avatar, chercher des partenaires de rp et poster une fiches récapitulative de tes relations que nous te conseillons d'aller consulter pour une intégration rapide.

N'hésites pas, également, à apporter ta pierre à l'édifice d'Ex-Cathedra, nous comptons sur toi. Bon séjour parmi nous et n'hésite pas à nous solliciter si le besoin en est.
Mezariel.
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Les plus proches amis des dieux ne sont autres que les loups. • CALEB
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