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 My solemn hour • FLORA

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Infant

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Messages : 39


MessageSujet: My solemn hour • FLORA   Sam 29 Oct - 14:20


Flora Drenn Nilith

ÂGE ─ 17 ans
ANNIVERSAIRE ─ Oublié
OCCUPATION ─ Servante de Lady Valentyne
ORIENTATION SEXUELLE ─ Non déterminée
CLASSE SOCIALE ─ Bourgeoise par mensonge
PAYS ─ Pour l’instant la France ; autrement, partout où se rend Lizbeth
RACE ─ Infant Vampire
AVATAR ─ Namine Ritsu • Utauloid

Profil Psychologique


Il est des choses si complexes qu’essayer de les classer de telle ou telle façon vous occasionnera avantage un mal de crâne désagréable qu’une satisfaction pour tâche effectuée avec brio. C’est exactement le cas lorsque l’on essaie de se faire une idée globale de la personne qu’est Flora de Gévaudan. Une identité factice. Un passé dont elle ne parle jamais. Une servitude invétérée et rare parmi les serviteurs des nobles et des bourgeois. On ne sait rien d’elle, et c’est volontaire. Elle ne possédait plus rien lors de son emprisonnement et un ange de sang-mêlé, issus de deux races distinctes, lui a ouvert la porte d’un paysage idyllique auquel elle pouvait accéder et dont elle pouvait profiter comme elle le souhaitait. Tout ceci simplement en échange de promettre de servir l’être divin qui la libéra savamment bien des mailles oppressantes la maintenant captive. Très intelligente, la créature qui lui a rendu sa liberté chérie est également devenue son symbole, sa divinité à elle, son oracle. Pour le moment, jamais ô grand jamais elle n’a essayé de se rebeller comme cette créature et il est fort peu probable que cela arrive un jour. Sauf cas exceptionnel, et encore, ces derniers mots ne sont là que pour nous assurer qu’il reste bien une part d’humanité en la personne de Flora de Gévaudan.

Le silence est son allié de toujours. Déjà petite, sur le bateau de son paternel, elle n’était guère très loquace. Mais c’est encore plus le cas depuis qu’elle est au service de Dame Valentyne. Et heureusement, sans doute. Car son caractère propre et profond pourrait sans mal être qualifié de « mauvais » et « insupportable ». D’ailleurs, si ses pensées entières se laissaient s’exprimer, sans doute vous paraitrait-elle bien moins mignonne, tout à coup. Observons et détaillons au mieux les quelques traits de caractère qui s’évertue à exister par-delà le masque placide de son visage d’albâtre.

- Possessive : Eh oui, difficile à croire lorsqu’on la voit se plier religieusement aux ordres et demandes de sa maîtresse car elle n’en laisse presque rien paraitre, mais Flora est très possessive, voir même jalouse sur les bords. Il faut dire qu’elle n’a pas été habituée à vivre autrement ; Sur le navire de son géniteur, elle était le petit prince à qui il ne fallait rien dire ou rien faire ; son père veillant constamment sur elle. Par la même, le fait qu’elle ait passé le plus clair de son temps avec lui, sans aucune forme de concurrence pour lui faire de l’ombre, n’a fait que renforcer ce trait de caractère qu’elle tente de museler au mieux, par respect pour celle qui l’a sauvé d’une mort certaine. Toutefois, au-delà de ces traits candides, parfois il ne sera pas étonnant de l’entendre parler d’une façon claire, franche et sèche aux autres domestiques – voir à certains nobles qu’elle a du mal à encadrer, aussi. Toujours pour leur dire leurs quatre vérités en face. Enfin, ce qui lui semble être l’entière vérité à son sens, en tout cas. Théorie de l’autruche, dirons-nous.

- Loyale : S’il y a bien une qualité que l’on peut lui reconnaitre, c’est bel et bien celle-ci. Flora est dotée d’une fibre de loyauté rare et n’hésiterait pas une seconde à sauter d’un pont si la vie de sa maîtresse en dépendait. Elle vit pour elle et seulement elle. La marquise polarise son entière attention. Mais garde ! Bien que cela puisse s’apparenter de l’amour, il n’en est rien, ou presque. Non, la de Gévaudan n’est guère amoureuse de la Marquise Valentyne, leur relation est bien plus marquée que cela. Si certains se sont déjà interrogés à ce sujet, l’Infant Vampire sait parfaitement ce qu’il en est pour sa part. Et cela lui suffit entièrement.

- Fidèle : La encore un trait prédominant chez elle, rejoignant le précédent cité. La rousse n’obéit qu’aux ordres directs, non pas de sa Majesté le Roi ou la Reine, mais de la Marquise franco-anglaise. Si elle se retrouve contrainte de se plier aux ordres d’autres, c’est qu’elle n’aura pas eu d’autres choix. Soit sa maitresse lui aura ordonné expressément de se plier aux requêtes d’autrui, soit la vie de cette dernière se retrouve en danger et son bien-être dépend de la capacité de Flora à déroger à son propre code moral de temps à autre.

- Gourmande : Chaque être renferme un pêché mignon. Celui de notre protagoniste se trouve être ni plus ni moins que les petites douceurs que l’on trouve dans les cafés et salons de thés de Paris et sa proche banlieue, avec une nette préférence pour tout ce qui est à base de fruits, mets rares en ces temps-ci. Mais elle se garde bien de le crier sur tous les toits. Une Dame de première élégance ne peut se permettre d’avoir des domestiques goinfres à tout va. Aussi, pour l’honneur de Lizbeth Catherine Valentyne, la demoiselle fait l’effort de réprimer ce genre d’envies qui la prennent parfois sans prévenir outre mesure.

- Hargneuse : Repartons vers les sombres cavités de cet esprit muselé par sa propriétaire. Il est vrai ; Flora a un caractère qui ne transparait pas sur son visage de poupée imparfaite. Toutefois, lorsque l’on s’en prend aux rares repères qu’elle a su s’ériger lors de l’acquisition de sa nouvelle vie, là, le masque tombe et les crocs se dévoilent. Osez seulement lever la main sur la Marquise qui a fait de cette gamine rebus du genre humain ce qu’elle est aujourd’hui, et elle ne verra aucun mal à franchir les barrières interdites de la violence et du meurtre. C’était déjà chose courante sur le voilier de son père, et à la Cour du Roi, ceci fait maintenant partie intégrante de son quotidien. Rien de plus normal que de déboiter l’épaule d’un impoli ou de briser les pattes d’un lycan si le besoin s’en fait sentir. Flora a une très large définition du mot « protection ». Au moins aussi large que le Royaume de la Scandinavie, à titre d’exemple, pour imager un peu mes propos.

- Courageuse : Entre suicidaire et admirable la notion varie selon les points de vues. Mais s’il y a une chose que l’on ne peut retirer à cette adolescente, c’est qu’elle ne manque ni de courage, ni de témérité. Dès lors qu’il s’agit de protéger et servir, elle foncera tête baissée dans la gueule du loup si cela se trouve être l’ultime moyen dont il faut user pour arriver à sa fin. Se salir les mains ? Elle ne le craint point, bien au contraire. Que le sang des chiens lave les affronts qu’ils auraient eu l’audace de perpétrer contre sa maîtresse ou ses proches relations. Après tout, la jeune femme à l’enflammée chevelure ne se promène pas tout le temps avec de solides cordes a piano bien rangées dans une jarretière sous sa robe pour rien.


Voici quelqu’une des cartes qui composent le tempérament étoffé mais si banal de Flora de Gévaudan. Une simple flopée de traits plus humains que nécessaire dans un corps qui ne l’est bien qu’à moitié. Vous restez sur votre faim ? Vous êtes curieux d’en savoir plus ? Eh bien approchez, mesdames et messieurs ! N’ayez crainte et à votre tour… Tirez une carte ! Qui sait si cela ne vous sera pas favorable au final. Mais prenez garde, les meilleures nouvelles peuvent se changer en acérées dagues en cours de route. Sachez faire preuve de prudence, voici mon seul conseil.
Sur ce, je vous souhaite à tous et toutes bonne chance et bon courage. Il en faut, pour côtoyer cet être autrement qu’en étant sa vénérée maîtresse.

Histoire

Journal de bord du Capitaine Zen M. Von Fidgerald – 15 Mars 15XX.

Depuis combien de temps est-ce que je navigue sur cette infinie étendue d’eau salée à présent ? Bien des années ce sont écoulées sous le ventre de mon prestigieux navire, l’Irrévérent Chevalier, que j’ai dérobé à la marine britannique il y a près de vingt ans maintenant. Bien loin sont les éreintantes journées où je servais en tant que simple moussaillon sur un galion servant à la piraterie. J’ai comme l’impression de pouvoir me souvenir de chaque détail de mon passage à l’âge adulte ; Mais ce n’est nullement le cas. Malgré mon savoir et mes connaissances, rien ne pourra jamais me rendre ma jeunesse et les mémoires qui y sont attachées. Ma vie se résume aux pillages et aux malversations que je porte sur mes épaules de Capitaine, et rien de plus. Si nous faisions naufrage dans la nuit qui arrive, je ne serais guère étonné que le monde ne conserve pas la moindre trace de notre passage sur son sol. Triste constat que je me retrouve à faire, seul, dans ma cabine, à la lumière d’une simple bougie graisseuse et pour toute compagnie, cette bouteille de rhum sans doute aussi âgée que moi.
L’alcool me fait écrire de drôle de chose, moi qui suis le seul à savoir m’exprimer de la sorte au sein de cet équipage. Je crois… Que je suis empli d’une certaine mélancolie, de ne jamais avoir rien fait de ma vie d’homme et…

Le reste est illisible, sans doute le pirate s’est-il endormi sur la page de son journal de bord, sans faire cas du liquide couleur miel coulant sur la page fraichement rédigé. Une tâche s’y dessine à présent, noyant le reste du récit dans une illisibilité totale.

Journal de bord du Capitaine Zen M. Von Fidgerald – 03 Avril 15XX.

Nous venons de quitter le vieux port d’Espagne ou nous avions jeté l’ancre ces trois derniers jours. Je sens mes hommes de bonne humeur et prêt à tout affronter maintenant qu’ils ont pu profiter pleinement des joies et délices d’un arrêt à terre bien mérité. Certains ont bu et manger déraisonnablement, d’autre préférèrent à la ripaille la chaude compagnie d’une jeune femme, et les derniers ont probablement conjugués ces deux activités.
Je souhaiterais réellement pouvoir être aussi ravi que mes fidèles et loyaux navigateurs, mais rien à faire, cette sensation, ce poids au fond de moi, semblable à un océan sombre de tristesse, hâté de me dévorer tout entier, ne parait nullement encline a déserté ma chair. Je me demande bien pourquoi. Plus j’y pense et moins les réponses à mes questions me sont accessibles. Que m’arrive-t-il donc ?! Je ne suis pas fou pourtant ! Il doit bien y avoir une explication !
… Je crois qu’en ce jour j’écrirais peu. Je m’en retourne donc auprès de mon équipage ; Leur compagnie me fera sans doute le plus grand bien. Du moins, je l’espère.

Journal de bord du Capitaine Zen M. Von Fidgerald – 29 Juin 15XX.

Voici près de trois mois que je n’avais pas ouvert ce journal afin d’y écrire régulièrement mes observations et bien plus encore. Je crois que l’envie d’écrire s’était tarie en mon âme et je n’ai pu me résoudre à prendre la plume pour simplement faire acte de présence sur ces pages, avec une inspiration en berne.

J’ai l’impression d’aller un peu mieux. J’ignore si cela durera mais en attendant, le simple fait de me retrouver ici, sur les terres d’Irlande dont je suis issu, me réchauffe le cœur. Mes camarades pirates ne comprennent pas cet attachement que j’éprouve tout particulièrement pour cette terre. A vrai dire, je ne saurais leur délivrer une explication claire et concise. J’ignore tout de mon passé, jusqu'à mes six ans. Petit, fragile et malade, j’avais erré longtemps dans les ruelles d’une sombre ville dont je découvris plus tard qu’il s’agissait de Dublin. Ma route croisa celle d’un homme, qui me conduisit dans un orphelinat régit par les moines et l’église. C’est là que j’appris à lire, à écrire et à parler plusieurs langues en plus de ma maternelle. Le Français, l’Italien et l’Espagnol – bien qu’il ne soit guère recommandé de parler cette langue sur les territoires anglais- font comme parties de moi maintenant.

C’est grâce à eux qu’à douze ans j’ai eu assez de courage pour fuir et m’enrôler sur un superbe trois mât régenté par un douteux capitaine, et que j’ai appris les bases de la piraterie. Et maintenant… Après presque un demi-siècle d’absence, me voici de retour ; De façon éphémère, certes, mais à mes yeux cela n’a aucune valeur. Je respire l’air de ma patrie et je repars comme le temps qui souffle dans les voiles. Mon bonheur se résume à cela, tout simplement. Du moins, j’en suis intimement convaincu.

Bien, il est temps pour moi de refermer cet ouvrage et de retourner marcher un peu le long des quais à présent. Qui sait, peut-être reverrais-je ces enfants, qui me firent sourire et regretter à la fois de n’avoir jamais pris le temps de me trouver une femme et de permettre à cette dernière d’endosser le rôle de mère.
Oui, maintenant que j’y songe, j’aurais aimé être père, au moins une fois.

Un relief se forme à la fin de cette phrase ; Nous supposerons qu’il s’agit de la trace d’une larme tombée sur la page et but entièrement par la feuille.

Journal de bord du Capitaine Zen M. Von Fidgerald – 4 Juillet 15XX.

J’aperçois sur le fils de l’horizon un navire sudiste. A le voir avancer ainsi vers nous a une vitesse frôlant les douze nœuds à l’heure, aucun doute qu’il désire en découdre avec notre bateau. Nous ne fuirons pas et affronterons ces félons avec notre courage et notre foi en nous-mêmes.
Que l’Océan nous garde.

Journal de bord du Capitaine Zen M. Von Fidgerald – 02 Août 15XX.

Les dégâts de l’assaut furent considérables. Preuve en est que je ne peux tenir de nouveau une plume entre mes doigts que maintenant. Plusieurs de mes hommes ont été sévèrement blessées ; Johnson et Birkesh sont morts ; Lance est passé par-dessus bords et nous ne l’avons pas retrouvé. Que Dieu garde leurs âmes. Qu’il soit repentant envers ceux qu’ils considèrent comme ses enfants.

Par après, une tempête se déchaina sur le flan de l’Irrévérent Chevalier, déjà bien éprouvé par l’affrontement fraichement vécu. Fort heureusement, les flots achevèrent de couler la flotte ennemie avant qu’elle ne puisse riposter. Mais mon bateau fait peine à voir à présent. Un mat est manquant, la quille est sévèrement entaillée et je ne préfère même pas me souvenir de l’état de la proue. Il va me falloir le faire réparer…. Ou l’abandonner. Dans les deux cas, il me sera nécessaire de bien réfléchir aux conséquences de mes actes, car tout le monde ne sera peut-être pas d’accord avec moi. J’espère faire les bons choix.

Journal de bord du Capitaine Zen M. Von Fidgerald – 04 Août 15XX.

Aujourd’hui, j’ai découvert que Tama, l’immigré venu de par-delà les mers et les terres et qui parle l’anglais comme une vache espagnole, est en réalité une femme. Je l’ai surprise dans la cale, avec les bêtes, alors que je faisais une ronde pour tenter de tromper mon insomnie. Elle soignait ses blessures infectées au torse causées par des éclats de bois détaché du ponton par les coups de canons adverses il y a quelques temps maintenant. Je n’ai rien dis ni ne l’ai gourmandé pour m’avoir caché une chose pareille. J’ignore pourquoi mais mon intuition me disait que garder le silence sur ce secret me serait bénéfique dans quelques temps. Étrange. Quoi qu’il en soit, j’ai fait demi-tour et me suis retiré dans ma cabine pour tenter de dormir. Je me demande ce qui m’arrive, ces derniers temps, décidément.

Journal de bord du Capitaine Zen M. Von Fidgerald – 13 Août 15XX.

Plus les mois s’écoulent et plus le mystère autour de mes vénéneuses intuitions s’épaississent. Un ami que je me suis fait il y a plusieurs années et résidant dans un petit faubourg français a trouvé le moyen de me contacter. J’ignore comment il s’y est pris mais… Il paraissait porteur de nouvelles très brumeuses. Sa lettre faisait mention d’une femme de son village, que j’aurais rencontré à la fin de l’hiver précédent.

Que me veut-il ? Ma curiosité me pousse à faire travailler mes hommes d’arrache pieds pour rallier le petit port où il dit m’attendre patiemment. Quand est-ce que j’y suis allé, la dernière fois ? Cela remonte au mois de février dernier, si mes souvenirs sont exacts. Mes yeux verts fixent cette carte, étalée sur la table juste à côté de mon journal. Pourquoi frissonne-je ? Je suis le Capitaine Von Fidgerald, que Diable ! Rien ne m’effraie et les galions de marchandises préfèrent couler plutôt que d’être piégés entre mes mains !

… Pourtant en cette heure si sombre, je me sens tellement impuissant. J’en ai assez.

Journal de bord du Capitaine Zen M. Von Fidgerald – 30 Aout 17XX.

En fin de compte, mon ami aura dû prendre son mal en patience plus longtemps que prévu. Mon prestigieux navire manqua d’être envoyé par le fonds par une autre tempête, qui nous repoussa vers les côtes françaises. Heureusement, bien que nous fussions immobilisés pendant plus de deux semaines, les dégâts ne s’ajoutèrent qu’en petit nombre à ceux déjà présent sur les flancs de l’Irrévérent Chevalier. Et comble de chance, les autochtones acceptèrent, en échange de toutes nos bêtes – seules choses que je consentais à céder car nous trouverions toujours le moyen d’en réacquérir – de nous assister dans noter remise à flots, en plus de se taire auprès du Roi de France sur notre présence ici. Nul doute qu’il nous aurait fait emprisonner et torturer jusqu'à la mort cet indigent !

Mais passons, enfin, je peux apercevoir les formes et le phare du port ou je suis attendu depuis plusieurs jours maintenant. J’ai l’impression que l’impatience se fait palpable, pourtant je n’ai pas encore rencontré le visage creusé de mon ami. Curieux. J’ai comme la sensation que je ne regretterais pas ce passage par ici, mais impossible d’expliquer pourquoi.

Questionnaire


QUE PENSEZ-VOUS DES LYCANS/VAMPIRES ─ Tant qu’ils n’importunent point sa maîtresse ou qu’ils ne s’en approche de trop près, ils demeurent bien être les derniers de ses centres d’intérêts. Elle garde cependant un œil toujours attentif à l’entourage de sa maîtresse.
QUEL EST VOTRE POINT DE VUE A PROPOS DES INFANTS ET DES SANG-MÊLES MAUDITS? Puisqu’elle en est une elle-même, Flora devrait se sentir concernée par le sort des infants en général. Pourtant, il n’en est rien.
ÊTES VOUS SATISFAIT(E) DE VOTRE VIE ACTUELLE? Parfaitement. Voici le seul mot que vous parviendrez à tirer de ses lèvres pincées.
VOTRE POINT DE VUE SUR LE MONDE CONNU?Pour l’heure, son monde se résume à sa maîtresse uniquement.

Joueur

MEZA IN DAH PLACE  4 THE THIRD TIME


Dernière édition par Flora de Gévaudan le Sam 29 Oct - 14:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: My solemn hour • FLORA   Sam 29 Oct - 14:20

Le pirate referma son précieux journal et le rangea dans le tiroir serti de dorures de son bureau, digne de son grade de Capitaine. Après s’être contemplé une dernière fois dans le miroir jouxtant son armoire, il put sortir de sa cabine sans le moindre apriori. Saluant chacun de ses hommes d’un simple geste de la main, il entreprit de descendre de sa possession flottante, bien qu’il ait donné l’ordre d’être prêt à repartir dans la minute, au cas où il se passerait quelque chose d’imprévu. Après tout, un homme comme lui ne pouvait avoir confiance en presque personne.

C’est ainsi que ses hommes patientèrent, ce seul ordre en tête, le stress battant leurs veines d’une bien horripilante manière.

Von Fidgerald, quant à lui, suivi docilement l’homme étant également son ami jusqu'à une maisonnette délabrée qu’il parvenait à reconnaitre malgré le fait qu’il n’y a mis les pieds qu’une seule et unique fois, il y a de cela presque neuf mois. Son accompagnateur prit la parole alors qu’il l’interrogeait sur le pourquoi il est amené ici même. La réponse ne tarda pas à tomber, et le jour à se poser en prince du zénith, faisant se remplir de plus en plus les rues de ce bourg de paysans.
« Et bien… Après ta visite précédente, il parait que Calice, la femme dont je te parlais dans ma lettre, n’acceptais plus de prendre de clients, qu’ils soient de la maison close ou non. Mon beau-frère…Le propriétaire à tenter de lui faire entendre raison mais apparemment… On ne l’a jamais revu, donc... »

Il marqua un silence et avala sa salive. L’homme était angoissé et cela se voyait, mais le capitaine n’était guère ému par ce discours, ne comprenant toujours pas en quoi cela pouvait bien le concerner. Toutefois, il consentit à aller parler à cette femme, uniquement pour rassurer son ami sur la normalité de la situation. Bien sûr, il n’y alla non sans grincer des dents. Lui qui s’attendait à une révélation ou tout autre chose pouvant tromper son ennui et cette détestable sensation qui avait pris pied dans son esprit depuis bien trop longtemps à son gout, le voilà réduit à marchander avec une femme un peu trop révoltée. Il se doutait avoir déjà eu recours à ses charmes, mais au-delà de ça, son visage en lui-même ne lui revenait pas. Qu’importe, il verrait bien en arrivant sur le pas de la porte de la misérable maisonnette où elle l’attendait lui en particulier selon ses consœurs, plus affriolantes les unes que les autres.

C’est donc tout naturellement qu’il poussa le frêle morceau de bois, rongé par les termites, sans la moindre délicatesse.

Seules quelques possessions de mobilier meublaient l’endroit. Les fenêtres aux épais volets fermés, dissimulaient l’endroit aux rayons du soleil. Peu de choses étranges jusqu’ici mais le capitaine Von Fidgerald ferma derrière lui la porte qu’il venait de poussé et porta alors son attention sur autre chose entre ces quatre murs.

Désormais, il  était seul, son ‘ami’ l’avait laissé se débrouiller. Là, une femme aux cheveux noirs comme les ténèbres se tenait, gracieuse. L’homme à la crinière de feu se souvenait, maintenant. Calice, mais oui, bien sûr ! Il l’avait fréquenté pendant un bon moment avant de repartir, non sans lui avoir laissé les trois moins bons de ses hommes et lui avoir intimé de consolider son projet de vengeance – alors qu’au fond, il s’en fichait pas mal. Ce fut elle, également, qui lui révéla l’existence des vampires ; puisqu’elle en était une elle-même. Mais elle ne le regardait pas, trop préoccupée par ce qu’elle contemplait dans ses bras fermement repliés l’un sur l’autre.
« Elle est belle, n’est-ce pas ? Elle s’appelle Nilith. »

L’homme roux ne répondit point, se contentant de se placer au plus près des volets éteignant les lueurs du jour, comme s’il avait pu distinguer d’une façon plus prononcée ces silhouettes fondues l’une dans l’autre. De nouveau, et malgré le silence, la voix féminine s’éleva encore.
« Je savais que tu reviendrai pour moi… Maintenant tu peux m’emmener avec elle, avec notre fille ! »

Il ne dit mot, comprenant de moins en moins ce qui se tramait dans l’obscurité. Des gazouillis s’élevèrent jusqu’aux oreilles du hors la loi tandis qu’il fit un pas en avant, puis deux, pour essayer tant bien que mal de distinguer ce que cette chose voulait lui montrer.

Et c’est là que son sang se glaça. En effet, bien enveloppé dans un drap jauni, il put voir une petite tête bouger avec maladresse. Mais ce ne fut pas tellement de voir un bébé devant lui qui provoqua cet arrêt mais plutôt… Ce qui se trouvait sur le sommet du crâne de ce dernier. Une touffe de cheveux couleur orange. Exactement comme les siens.

Le capitaine n’aurait su dire si c’était une constatation paranoïaque ou autre, mais il fut alors persuadé que ce nourrisson était le sien. C’était improbable certes, mais quoi qu’il en fut, cette amère sensation de vide et de mélancolie qui le grignotait petit à petit depuis bien des nuits venait de s’évaporer au moment même où il put offrir cette vue à ses yeux, celle d’un petit être remuant avec hargne dans un cocon de tissu. Il lui fallait cet enfant, coute que coute. Puis il se remémora les paroles abstraites de la femme alors qu’il venait à peine d’entrer dans la maisonnée. La prendre avec lui ? Elle ? C’était une plaisanterie ou bien ? Jamais il n’emmènerait cette donzelle avec lui ! La seule utilité qu’il lui trouvait était d’avoir porté cet enfant pendant tout ce temps et d’en avoir accouché. Mais c’était tout. Elle restait une prostituée après tout, pourquoi aurait-il le désire de s’encombrer de sa présence ?

Ni une ni deux, il occis la distance qui le séparait encore de la jeune mère et prit délicatement la petite vie au creux de l’un de ses bras avant de se redresser. La demoiselle, pensant qu’il allait lui rendre son petit trésor ne dit rien sur le coup, se contentant de sourire. Mais les choses changèrent du tout au tout dès lors qu’elle s’aperçut que le pirate revenait sur ses pas, en direction de la porte de sa chambre. Elle l’appela à plusieurs reprises, avec une voix de plus en plus stressée. Elle goutait enfin au bonheur de materner après tant d’année d’errance et n’allait pas laisser cela lui passer sous le nez, dut-ce t’elle ôter de ses propres mains la vie du père de son enfant.

En définitive, bien que très faible, elle lui hurla de lui rendre l’enfant et, profitant qu’il est le dos tourné, se rua sur lui, les yeux écarlates et des crocs luisants sortis de la bouche. Mais le destin s’était, semblerait-il, ranger du côté du Capitaine car par réflexe, il se décala de l’embrasure de la porte, laissant le soleil au zénith venir caresser de ses rayons acides le derme de la sylphide. Elle eut un mouvement de recul et tenta de se mettre à l’abri, dans l’ombre.

Zen se retira immédiatement, le visage blême et légèrement pâle après ce qu’il venait de voir. Une horreur, un monstre sorti tout droit des enfers ! Heureusement que le soleil s’était fait son allié sinon… Il ne préférait même pas y penser.

Lorsqu'il revint vers la ville, toutes les comparses de la prostituée se retirèrent dans leurs chambres respectives. Elles firent donc toutes profil bas en voyant l'air dépeint sur le visage du pirate. Ce que « l’ami » du Von Fidgerald aurait dû faire aussi. Mais non, il suivit aveuglement la voix de son avarice et, en posant ses yeux purulents de mauvaises intentions sur le petit dans les bras du roux, il susurra a ce dernier.
« Ahem… Tu sais, en théorie cet enfant appartient à ma famille donc… »

Il n’eut le temps de placer une autre phrase qu’un coup de coude puissant lui toucha l’estomac de plein fouet, lui faisant épouser le sol immédiatement après. A partir de maintenant, il n’y avait plus d’«amitié » qui tenait. Von Fidgerald avançait sur un chemin tout nouveau pour lui et ne tenait absolument pas à faire machine arrière.
Précipitamment, il passa au travers de la foule, de plus en plus dense, laissant derrière lui ce qu’il venait de produire. Remontant les marches menant à son navire quatre à quatre, il répondit succinctement aux regards interloqués et aux questions restées sur le bout des lèvres de ses hommes.

« Capitaine ? Nous repartons ?
-Oui, hissez les voiles et empruntez la route maritime la plus porteuse, nous ne devons pas rester moisir ici.
-Mais … Et…
-Et quoi ?
-Et ce couffin que vous tenez dans vos bras, Capitaine ?
-C’est mon fils, Drenn.
-Hein ? Mais comm…
-Assez discuter ! Levez l’ancre et que ça saute.
-Bien mon Capitaine ! » Termina le jeune adolescent en faisant se répercuter les désirs du haut gradé vers les autres classes présentes au sein du navire.
Très vite, l’Irrévérent Chevalier reprit la Mer, avec à son bords, une petite vie supplémentaire.

Plus il s’acharnait a essayé de comprendre ce petit être qui faisait maintenant parti de lui, et moins le capitaine y arrivait. Ses cernes affreux, virant au noir profond, montraient à quel point il était angoissé. Depuis près d’une semaine il tentait d’être un père digne de ce nom. Au début, lors des premiers jours, le simple lait d’une vache volée sur les rives anglo-saxonnes avaient suffi à combler l’appétit du nourrisson. Sauf qu’à présent, le teint blafard de plus en plus présent de l’enfant exaltait les pires craintes du pirate.

Avait-il manqué quelque chose ? Il était persuadé que non, pourtant. Même Tama, à qui il s’était résigné à demander conseil en échange de son silence sur sa véritable condition, ne sut quoi faire. Les draps du lit sommaire, taillé directement dans les plaintes de bois du croiseur, étaient propres, le corps du jeune petit ne présentait aucune blessure apparente. Mais alors… que se passait-il donc pour qu’il semble dépérir de plus en plus chaque jour ?

Journal de bord du capitaine Zen M. Von Fidgerald – 07 septembre 15xx

Je suis dépassé. Jamais dans ma carrière d’hors la loi je n’aurais cru dire ça un jour en face d’un galion adverse… mais là il s’agit d’un enfant ! Je ne comprends pas… j’essaie de tout faire au mieux pour cette petite vie qui me relit enfin à quelque chose de vrai à la surface de cette terre et me voici contraint à la regarder s’éteindre lentement, comme la lumière d’une bougie arrivant à la fin de sa mèche. Je ne saurais supporter une chose pareille, je crois. Si cette gosse meurt, je me suiciderais probablement. Elle n’a plus rien hormis moi et a su gommer par sa simple présence l’effroyable gouffre qui avait trouvé tanière au fin fonds de mes entrailles. Je ne veux pas la perdre. Elle est ma fille ; La seule à qui je peux transmettre ce que bon me semble, même ce faux nom que je me suis constitué il y a plus de quarante ans maintenant. Elle est une continuité de moi-même, par conséquent, je ne puis la laisser souffrir, ou je ne serais pas digne d’être vu comme un père. Il me faut redoubler de vigilance et de soin à partir de maintenant.

Drenn, je ne t’abandonnerais pas.

Submergé par la situation, bien à l’abri derrière la porte épaisse de sa cabine privative, le capitaine, penché sur le fragile petit être statuant aux creux de ses bras ramenés contre lui, laissa s’échapper une larme de l’un de ses yeux. Toute l’émotion ne pouvait plus être contenue à cet instant précis. Ne sachant que faire pour atténuer la douleur dû aux épices de la terreur jeter sans ménagement sur ses plaies invisibles, il ne cessait de réfléchir, parfois de façon fort incohérente.

Passant un index prudent sur les lèvres décoloré de sa progéniture, l’homme vit alors, enfin, un mouvement de la part de ce dernier. La bouche de sa descendance s’ouvrit alors aussi grande que possible et happa la première phalange du capitaine toute entière, y appliquant quelques succions étranges mais nullement incommodantes pour autant. Zen ne comprenait pas plus la situation. Que faisait-il ce petit insolite ? Ses actes n’éclaircissaient pas davantage les brumes qui s’étaient empares vivement de l’esprit de son géniteur. Jusqu'à…

Jusqu'à ce que ce dernier ne se souvienne de la diablesse à qui il avait arraché le bébé avant de déguerpir. C’était une vampire. Alors, partant du principe qu’il valait mieux tout tenter que de se résigner, il retira tout doucement son doigt d’entre les gencives de la petite et, presque instinctivement, vint piquer son extrémité sur le bout de la lame de son sabre, pose négligemment sur son bureau, toujours près de lui.

Une minuscule perle sanguine descendit sur sa peau, bientôt suivi par une seconde, une troisième, puis bien d’autres encore. Les premières s’écrasèrent aussitôt sur le plancher usé de la pièce dans un clapotis presque terrorisant. Mais dés lors que le sang fut extrait du corps du corsaire, la petite chose protégée jusqu’alors dans ses bras s’agita vigoureusement dans son couffin. Sentait-il l’odeur de ce liquide avec autant de talent ? Il n’y avait qu’une façon de la vérifier. Ainsi, lentement, l’homme à la chevelure de feu, bien que tenue en forme par un fort vieux bandana glissa de nouveau le bout de son doigt entre les lèvres de sa fille qui ne se fit guère prier pour obéir a son instinct premier et savourer goulument ce qui lui fallait pour survivre.

Le capitaine sourit de toutes ses dents et évacua une seconde larme de ses iris verdoyantes, de joie cette fois ci. Enfin, la solution se présentait à lui et il pouvait admirer, non sans enthousiasme, le corps de son adorable trésor reprendre peu à peu ses couleurs d’origines. Il ne divulgua à personne ce secret et se jura d’élever cette minuscule vie, qui dépendait alors entièrement de lui, le plus normalement du monde. Sans doute sa mère, cette folle créature l’avait maudite à la naissance… et la voici contrainte de se nourrir régulièrement de sang pour survivre. « Pauvre Drenn. » pensait-il.
Les années parurent s’écouler bien trop rapidement au gout du corsaire qui voyait sa progéniture gambader sur ses jambes, martelant avec application le pont du navire, au rythme de sa hâte enfantine. Tout le monde prenait Drenn pour un petit garçon, et il fallait que cela dure le plus longtemps possible ; il en allait de son bien-être. Déjà qu’il avait surpris des regard fourbes et déplacés se balader impunément sur les lignes jeunes de son corps en pleine croissance – fort heureusement bien vite muselé par un ou deux coups de sabres bien placés – le capitaine n’osait même pas imaginer ce qui se produirait si l’équipage apprenait la vérité toute entière.

Son « enfant » grandissait vite et bien. Son talent inné d’arriver à absorber la vie d’autrui pour garder la sienne en pleine santé demeurait toujours un épais voile brumeux de mystère toutefois. Mais il ne s’en formalisait pas. Tant que son sang ou celui du bétail, discrètement récolté a la gorge de ce dernier, au fin fond de la cale du navire, permettait à sa descendance de grandir, alors le hors la loi n’avait que faire du reste.

Les cheveux coupés courts et les fossettes creuses de Drenn tranchaient avec le physique de son paternel, qui conservait, quant à lui, de longs cheveux roux et des traits de visages pour le moins marqués. Pourtant, si cette différence le faisait rire lors des premières années de vies de Drenn, il fut un moment où il se surprit à s’interroger sur la beauté du visage de sa fille si elle venait à conserver des cheveux longs. Pour l’époque avoir ou non une chevelure étendue n’était pas forcément un signe de féminité, alors l’homme pouvait dormir tranquille, ce n’était point ce détail qui trahirait le secret de sa gosse, aux yeux rougit parfois par l’envie de s’abreuver de sang chaud.

C’est par un jour tranquille qu’il se décida à aller soumettre cette idée à la petite. Elle s’était enfermée sobrement dans l’un des recoins du navire, en compagnie d’un poussiéreux piano à queue, qui l’était de moins en moins chaque jour puisqu’elle lui rendait quotidiennement visite. Un autre de ses talents, que le capitaine Von Fidgerald ne sut jamais percer entièrement. Les doigts de Drenn paraissaient ne faire qu’un avec les touches détériorées de l’instrument à qui il ne se souvenait même plus l’avoir dérobé. Sans doute, dans son âge d’or devait-il être l’un des plus sublimes pianos à queues qui ait pu exister. Aujourd’hui, il n’en restait qu’une carcasse branlante, dont les pieds avaient été ronges de part et d’autres par l’eau de la mer s’étant infiltrée par les rare voies d’eau du galion. Enfin, les rats n’étaient pas innocents non plus.

Malgré tout, la petite parvenait à faire chanter cette chose d’une façon remarquable, alors que son père était certain, au point d’en mettre sa main à couper, que personne ici-bas sur son bateau ne savait manier pareil objet de luxe. C’était donc inné chez elle, ce qui ne fit que séduire davantage l’homme et renforcer sa certitude qu’avec de beaux cheveux longs, sa fille deviendrait sous peu aussi belle que les notes qu’elle domptait habilement. Le rapport logique entre musique et cheveux ? Le diable seul peut se tenter de le connaitre car il ne nous sera guère révéler. Peut-être même le pirate ne le savait-il pas lui-même.

La gamine avait six ans, a l’époque. Il s’approcha lentement de sa descendance, le pas alerte bien que le bois ne put s’empêcher de craquer sous son poids – même si cela ne perturba en rien la musicienne. L’observant pendant un petit instant, il finit par rompre son imitation de monolithe et attrapa tendrement une touffe de cheveux entre deux de ses doigts recouverts de tissu sombres. Le geste eu au moins le mérite de déconcentrer Drenn et la força à porter son regard tout entier – bien qu’inexpressif- sur son géniteur. Elle ne comprenait pas pourquoi il agissait de la sorte. Enfin, jusqu'à ce qu’il rompe de lui-même le silence de la pièce ou ils étaient reclus tous les deux, de sa voix suave mais caverneuse.
« Pourquoi tu ne te laisserais pas un peu pousser les cheveux, Drenn ? »

Pas de réponse. Le silence, aux griffes du tumulte où régnaient les voix des autres pirates sur le pont ainsi que le chant de l’océan et des mouettes mêlés l’un a l’autre, était le seul convive de l’instant. Ramenant son attention sur les dents du piano, Drenn y refit glisser ses doigts, le plus naturellement du monde.

L’homme ne s’était jamais formalise d’une telle réaction, elle était comme ça depuis sa venue au monde. Elle n’avait jamais que très peu parler – bien qu’elle en fut-ce parfaitement capable !- mais il ne lui en tenait pas rigueur, c’était sa façon à elle d’exprimer le simple fait qu’elle réfléchissait intensément a ce qu’on venait de lui dire. Drenn était définitivement une bien étrange énigme.

En définitive, les années qui suivirent paressèrent bien courtes aux yeux du commandant du vaisseau d’hors la loi. Sa petite fille devenait de plus en plus grande, et sa crainte était que ses formes de demoiselle ne se manifestent que trop vite et de manière bien trop proéminente – a l’image de celles de sa mère – ce qui l’aurait immédiatement trahi auprès du reste de l’équipage. Voici pourquoi à presque quatorze ans, elle portait constamment l’une des larges chemises de son père sur le dos afin de tromper l’oeil des autres, ainsi qu’un bandana sur le sommet de son crane dans le but d’ajouter un petit cote masculin à son visage longiligne, ce côté-là étant au final bien aidé par les cheveux longs qu’elle avait accepté de laisser prendre place sur sa tête.

Androgyne aurait été le mot pour désigner le « fils » du capitaine ; Ça, tout le monde s’accordait à le dire. Et c’était bien ce qu’il craignait justement. Voici pourquoi, même après avoir passé l’âge enfantin, Drenn continuait à dormir dans la cabine du capitaine, afin d’éviter tout risque. Mieux valait trop de prudence que pas assez et l’homme dont l’enfant tirait son enflammée chevelure n’avait pas assez confiance en certain des membres de son entourage pour les laisser approcher la chaire de sa chaire de trop près. Ce qui était compréhensible, lorsque l’on surprenait de leur part quelques regards abjects dignes de criminels récidivistes ne s’attaquant qu’à plus faible qu’eux. S’ils avaient su... Sans doute se serait-il immédiatement ravisés. Car oui, s’ajoute à la longue liste de secret connus seulement du corsaire au sujet de sa progéniture ; Celle-ci était dotée d’une force incroyable. Il n’aurait su dire d’où cela lui venait… de sa maudite mère peut-être ?

En soit, ce n’était pas un problème outre mesure, Von Fidgerald ne se souciait guère de ce « détail », même si surprendre Drenn soulever des armoires à une main de temps à autre le faisait toujours partir d’un certain éclat de rire – non partagé la plupart du temps car le visage de la seconde protagoniste affichait le plus clair du temps une expression neutre, sans artifices, qu’elle nettoie le pont ou dîne comme un roi. Ne connaissant que peu de choses au sujet des bambins, là encore le pirate laissa ceci de côté, ne s’en préoccupant pas.

Ce que personne ne s’attendait à voir, c’était que le père surprotecteur allait bientôt se séparer brutalement de l’objet d’os et de sang qu’il choyait jusque-là. Personne n’aurait cru cela possible. Mais il n’eut pas le choix. Dans les fait, voici comme cela se produisit ;
Dans l’optique de fêter dignement le quatorzième anniversaire de Drenn, le capitaine avait fait amarrer son galion près des cotes d’Aquitaine. Descendu en dernier du navire, il expliqua à ses hommes qu’ils allaient tous marcher pendant plusieurs jours, à travers un dense foret afin de rallier un village où il savait pouvoir trouver son bonheur et celui de son équipage tout entier, son « fils » comprit – bien que rien de cette déclaration ne parut émouvoir ce dernier.

Les hors la loi chantaient et hurlaient de joie. Il s’agissait là de leur toute première sortie en terre depuis des lustres et tous avaient déjà bien hâte de se remplir la panse de produits de pays, de bières mais aussi de profiter de la chaleur de quelques lits de femmes exquises. C’est dans cet état d’esprit, joyeux et festif d’avance, que le groupe entama donc sa longue marche à travers les feuillus et les tamis broussailleux de ces bois. Le capitaine estimait à deux jours la durée de leur traversée. Le moral de ces hommes étaient suffisamment bon pour ne pas être rabaisser par une annonce pareille, bien au contraire, ils étaient tous pressés d’arriver. Comme toujours, seule Drenn ne parut pas faire plus attention que ça à ce qui l’entourait.

Après une pénible marche au milieu des orties et des ronces – l’enfant fut montée sur les larges épaules de son père pour ne pas être blessée – le chef décida de s’arrêter pour la nuit près d’une rivière vive, pour reprendre des forces. L’ordre fut rapidement comprit et approuvé, et chacun alors s’activa à s’installer le plus confortablement possible dans cet endroit peu fréquenté, étant majoritairement dominé par les faunes sauvages.

Pendant que le capitaine Von Fidgerald s’occupait à mettre en place de hamac où il passerait la nuit avec sa descendance, il permit à cette dernière d’aller se promener un peu sans trop s’éloigner toutefois car les prédateurs tels que les loups n’étaient sans doute pas rares en ces lieux, en plus de la cascade qu’il entendait au loin. Jamais, pour rien au monde, il n’aurait voulu que sa seule et unique progéniture soit injuriée par qui ou quoi que ce soit. Mais il ne pouvait pas l’attacher à lui et savait au moins qu’un bambin avait grand besoin de se défouler de temps à autre. Voici pourquoi, après avoir renouvelé oralement ses consignes à Drenn, il lui tourna le dos pour s’avancer sur la mise en place de sa couche.

La petite androgyne ne se fit pas prier pour s’éloigner plus que de raison. Malgré son air insipide, elle restait curieuse et aventureuse dans l’âme. De plus, le vent du soir, qui commençait à se lever, lui apportait au nez une multitude de délicates senteurs boisées dont elle se serait volontiers emparé si cela lui avait été possible.

Sautillant à cloche-pied le long du cours d’eau, la petite s’accroupit près du liquide vif et frais et y contemplant son reflet brouillé par le courant. Des milliers de questions sur sa propre existence se bousculaient dans sa tête sans qu’elle ne puisse vraiment se fixer sur l’une d’elles. En dépit de son apparent détachement pour tout, c’était loin d’être le cas. L’enfant pensait beaucoup, et ce depuis qu’elle avait été en âge de le faire et sans en faire toujours part à son père. Où était sa mère, par exemple ? Pourquoi ne lui en avait-on jamais parlé ? Pourquoi ressentait-elle se besoin régulier d’aller s’abreuver à la gorge des bêtes de la câle du bateau ou aux poignets de son paternel ? Pourquoi ne pouvait-elle pas résister a l’appel du sang qu’elle appréciait de sentir couler dans ses entrailles, le long de sa gorge ? Tant de zones d’ombres qu’elle ne parvenait pas à dissiper, c’en était frustrant.

Soudain, alors qu’elle frappa de son poing son reflet dans l’eau, comme pour exprimer son désarroi, une brise plus forte que les autre souffla brusquement dans son dos et… Ôta le bandana du sommet de son crane avant qu’elle n’ait pu le rattraper. Il fut projeté à moins de deux mètres d’elle, sur la crête que formait un demi-rocher sorti de l’eau. Le liquide était bien plus rapide là ou était retenu prisonnier son accessoire que près de la rive. Logique. Mais cela ne suffit pas à la faire renoncer à le récupérer.

Drenn analysa la situation. Tout près d’elle, une souche d’arbre, sans doute tombée il y a bien longtemps, formait une sorte d’accès naturel en direction du rocher où se trouvait le tissu tant convoité. Ni une ni deux, n’écoutant que son envie, elle grimpa sur le tronc bancal et se hissa au plus près de la pierre à moitié immergée – c’est d’ailleurs à ce moment-là qu’elle se rendit compte de la grande différence de profondeur entre là où elle se trouvait actuellement et le bord de la rivière – et tendit le bras au maximum qu’elle en fut capable.
Voyant qu’elle n’y parvenait pas en restant trop agrippée aux bois, l’enfant décida de reporter tout son poids sur l’une des branches pour réessayer son projet de récupération. Et elle y parvint presque. Du bout de ses ongles, en forçant un tantinet, elle parvenait presque à attraper le bandana pour lequel elle se donnait tant de mal. Et elle aurait pu réussir.
Sauf que la branche céda sous son poids, sans prévenir.

Tombée sur le rocher pendant sa chute, la petite s’écorcha le dos sur plusieurs centimètres avant d’être emportée par le flux agité du courant. Ce n’est pas qu’elle ne savait pas nager, bien au contraire. Mais la force de l’eau ne lui permettait pas de remonter le courant ou de se mettre en sécurité sur la rive le plus proche. Elle appela à l’aide entre deux passages de sa tête sous l’eau et fut immédiatement entendue. Son père, ainsi que son second, se lancèrent à sa poursuite, vaillants et inquiets. Les deux lui criaient des instructions, comme par exemple d’essayer de garder sa tête hors de l’eau le plus possible. Mais elle n’entendait que la moitié de ce qu’ils lui disaient donc le résultat ne fut pas celui escompté.

Le plus effrayant pour le trio fut sans aucun doute d’entendre la cascade puissante se rapprocher de plus en plus. Ou plutôt, rectifions pour que cela soit plus clair, de voir Drenn être de plus en plus poussée vers cette force de la nature. Si elle venait à chuter de cette hauteur, elle ne s’en sortirait surement pas, pensa immédiatement son paternel, qui doubla de fougue pour gagner sur les éléments.

Au final ; C’est son second, Hodler, qui, en se couchant à plat ventre sur une pierre humide, à l’orée du la chute d’eau, parvint à attraper l’enfant par le bras et lui éviter une descente mortelle. Sauf que. En remontant son paquetage vivant, il avait beaucoup trop tire sur la chemise qu’elle portait et avait fait se déchirer le vêtement en deux, au niveau du torse. Et la vérité eut tôt fait de le surprendre et de le stupéfier.

Lorsque ses yeux se posèrent instinctivement sur une poitrine naissante de jeune fille, le regard du « rejeton » du capitaine changea pour la première fois depuis bien longtemps. On lisait l’inquiétude dans ses grands yeux verts. Son père lui avait toujours dit qu’il ne fallait pas que quiconque découvre sa véritable nature sinon le malheur s’abattrait sur eux deux sans aucun remords. Alors, elle avait caché son appartenance à la gente féminine de son plein gré, bien obéissante, sans jamais chercher à comprendre pourquoi. Si son propre père le lui disait, c’était qu’il ne mentait pas, n’est-ce pas ?

Maintenant, c’était un nouvel élixir qui se frayait de force un passage dans ses veines, la refroidissant plus qu’elle ne l’était déjà ; La peur. Qu’allait-il lui faire, cet homme ?
Eh bien, la destinée joua avec elle et dans son sens puisqu’il n’eut guère le temps de prononcer une seule parole car dès lors qu’une seconde main, bien plus puissante, vint ramener définitivement Drenn sur la terre ferme, une balle se logea dans l’espace entre ses deux yeux, le tuant sur le coup avant même qu’il ne comprenne quoi que ce soit. Son cadavre tomba le long de sa falaise forestière et le capitaine, sans remords, rangea son pistolet à sa ceinture. Suite à cela, constatant que sa fille tremblait, il lui déposa tendrement son épais manteau chaud sur les épaules et le referma sur le devant afin de cacher ce qui avait failli la trahir définitivement. Mais son secret était encore bien gardé, il n’y avait nulle crainte à avoir, pour le moment du moins.

De retour au camp, les autres hommes, restés sur place, s’enquirent immédiatement de l’état de santé de Drenn. Puis, forcément, une question poussa sa chance.
« et… ou est Hodler ? »
Ce à quoi le capitaine répondit d’une traite, sans rien laisser paraitre : « Il a tenté de tuer Drenn d’un coup de sabre dans le dos, mais je suis arrivé à temps pour le lui faire regretter. »

Sa voix, puissante et venant du fin fond de sa gorge, suffit à calmer tous les soupçons. Il était prêt à tout pour conserver l’intégrité de son enfant, même si cela signifiait abattre froidement un à un les membres de son équipage. Il accordait à sa fille bien plus de valeur que n’importe lequel de ses traîne-misère.

Mais il n’était pas sot… et se doutait bien que ce genre de mésaventures, s’il s’obstinait à garder Drenn auprès de lui, n’était jamais que la première d’une longue série. Alors, le soir même, tandis que tout le monde sommeillait et qu’il montait la garde, c’est à la lueur d’une bougie qu’il retranscrivit ses pensées à ce sujet dans son journal usé, jetant de temps à autre un coup d’œil à sa descendance, assoupie dans son hamac de fortune.

Journal de bord du capitaine Zen M. Von Fidgerald – 30 aout 15xx

Je crois que je dois me faire une raison. L’amour que je porte à ma fille est puissant, mais malheureusement pas assez pour lui épargner ce genre d’accident. La vie vient de nous prouver qu’elle était bien plus forte que nous et qu’elle pouvait révéler son secret à qui elle le désirait et à tout moment. Je ne peux me permettre, par pur égoïsme, de mettre ma chair en danger plus longtemps.

Mon cœur saigne de devoir prendre une décision pareille mais je n’ai pas le choix et je vais donc l’envoyer à un endroit où je crois savoir qu’ils l’a traiteront bien. Là où tout a commencé pour nous deux, quatorze ans en arrière maintenant.
Ô Drenn, pardonne-moi. Je t’aime tant.

Le lendemain soir, le groupe parvint enfin au village dont avait parlé le capitaine et chacun vaqua a ses propres occupations et envies. A peine ce dernier fut-il assis qu’il entreprit d’écrire une lettre et de la faire expédier au plus tôt.
« Mon ami,
Voici longtemps que nous ne nous sommes plus parlé, et ma dernière visite à sans doute dûe te laisser quelques douleurs à l’estomac. Toutefois j’aurais un service à te demander, il en va de mon honneur de pirate, mais aussi du bien-être de l’être auquel je tiens le plus au monde ; Ma fille. Drenn, c’est son nom. Je ne peux plus la garder auprès de moi, dans cet univers vicieux et masculin qu’est l’environnement de mon galion. Aussi, je te serais reconnaissait de la prendre avec toi, puisque tu m’as signalé il y a plus d’une décennie qu’elle « t’appartenait ». Je te demande, sinon t’ordonne d’en prendre soin, sinon soit assuré que je te retrouverais. Ne prends pas cela comme une menace, mais un simple avertissement. Tu dois sans doute savoir de quoi je suis capable.

Trouve lui un travail dans ton bar si cela peut lui permettre de mener une vie sécurisée mais surtout, ne lui fait pas suivre le même chemin que sa mère. Je suis prêt à accepter qu’elle se marie si cela peut la faire s’échapper de l’enfer dans lequel je l’ai délibérément plongé.
J’attends de tes nouvelles au plus vite.
Zen Mabrouk Von Fidgerald. »


La missive fut envoyé dès le lendemain mais il dut attendre deux semaines – et donc rester dans ce village le même laps de temps, ce qui ravit son équipage qui usait et abusait des possibilités locales – avant de recevoir une réponse. Elle fut positive. Et alla même au-delà des espérances du capitaine. Son « ami » lui proposait de marier Drenn a son propre fils, de quatre ans plus âgé qu’elle, lui assurant ainsi un nom diffèrent du sien et un train de vie régulier, parfait pour elle, à l’abri de tout.

Bien sûr, il culpabilisait de prendre une telle décision à la place de son enfant mais il ne voyait là qu’une solution pour lui éviter de finir comme lui. Il agissait ainsi par amour et rien de plus.

Aussitôt, il fit apprêter une diligence de fortune – une charrette tirée par deux vieux ânes- et profita que cette dernière passe par le village de son « ami » pour déposer sa fille à l’arrière. En échange de quelques roubles de monnaie, le propriétaire de la carriole consentit à la laisser monter avec son foin frais.

La petite ne comprenait pas. Pourquoi se séparait-il d’elle ? Avait-elle fait une bêtise ? Eté malpolie ? Encore des questions sans réponses. Elle aurait voulu pleurer mais ne se souvenait soudainement plus comment l’on faisait. Ce fut son éternel visage placide qui accueillit les derniers mots qu’elle entendit de la bouche de son père.
« Tu vas aller dans un endroit merveilleux où tu seras en sécurité. Il ne faudra pas désobéir et être aussi sage que tu l’as été avec moi, d’accord Drenn ? »

L’enfant hocha la tête et serra fortement le cou de son paternel, avant que le paysan ne démarre son attelage, les forçant son à rompre cet ultime contact. L’infant qui s’ignorait regarda la silhouette de l’homme qui l’avait jusque la élevé disparaitre sur le fil de l’horizon, le cœur gros. Pas de bagages, pas d’objets en sa possession, elle n’avait rien. Une nouvelle vie s’imposait à elle, mais elle ne devait pas fuir.

Après tout, elle lui avait promis d’être bien sage. Comme une image.



Dernière édition par Flora de Gévaudan le Sam 29 Oct - 18:13, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: My solemn hour • FLORA   Sam 29 Oct - 14:20

Laid. C’est le premier mot qui vint à l’esprit de la jeune fille en contemplant son futur époux, désigné d’office. Elle en eut même un frisson. Deux grands yeux globuleux surmontés d’une paire de lunettes à doubles foyers, des tâches de rousseurs au point de faire concurrences aux ruminants des champs qu’elle avait pu contempler brouter tout au long de son voyage et une bouche à l’intérieur de laquelle il manquait plusieurs dents – les restantes étaient gâtées a ce qu’elle avait pu en voir.
Lorsqu’elle était enfin parvenue à destination, c’est un grand homme, aussi épais qu’un épi de blé qui l’avait accueilli. Alors c’était lui, « l’ami de son père » ? Si elle s’était attendue à ça…

Quoi qu’il en fut-ce, à peine arrivée dans la modeste maisonnette de l’étranger, il lui annonça la situation de but en blanc. Elle allait devenir la femme de son fils afin de jouir d’une nouvelle identité.
Drenn aurait voulu laisser ses tripes s’exprimer sur le parquet miteux des lieux mais elle ne pouvait pas rompre ainsi la promesse faite à son père. Et puis qui sait, peut-être qu’elle finirait par se faire à cette vie. Apres tout, ce n’est pas comme si son paternel s’était débarrassé d’elle, n’est-ce pas ?... Pas vrai ?
Moins de trois jours après son arrivée, on lui fit parvenir une robe noire, avec un voile assorti et des chaussons de la même teinte, bien que fait d’un matériau moindre. Sur le départ, Drenn pensa qu’elle était conviée à un enterrement, ou une cérémonie similaire, à cause du trousseau sombre qui lui allait à ravir malgré tout. Mais non, c’était bel et bien pour son mariage qu’on l’avait ainsi vêtue. En y réfléchissant, ce n’était pas si illogique qu’il n’y paraissait. Pour un mariage illégal, mieux valait éviter d’attirer l’attention et se parer de couleurs différentes du blanc traditionnel.

Elle fut amenée dans un passage, sous l’église presque en ruine du village ou l’avait fait atterrir ses mésaventures. Là, un prêtre véreux se tenait prêt à célébrer l’union de ce jeune couple, qui ne dépassait pas les trente ans à eux deux. Drenn sentit sa gorge se serrer. L’air de rien, elle aurait tout donné pour être loin d’ici ; Sur le bateau de son paternel, par exemple. Même si elle avait conscience de ne pas montrer ses sentiments ou autre, tout le temps qu’elle avait passé sur la mer avait été un ravissement pour elle.

Mais il était trop tard maintenant, l’échange des vœux étaient déjà en train de se faire devant la minuscule assemblée composée seulement des parents du marié, du prêtre et du marié – qui soit dit en passant, était aux anges qu’on lui offre une si belle femme.
Et ce fut au tour de Drenn. On lui posa la question fatidique. Acceptait-elle de prendre cette… chose, pour légitime époux ? La réponse était non, bien évidemment. Enfin, elle aurait voulu prononcer ce simple mot d’une traite, à s’en faire brûler la gorge. Mais ceci n’était pas un luxe qu’elle pouvait se permettre. Alors, elle déglutit et ferma les yeux, dans l’espoir que la cérémonie passerait plus vite ainsi.
« Ou… »

Mais à peine put-elle prononcer le début de son mot qu’un vacarme du tonnerre se fit entendre dans la minuscule chapelle illégale.
C’est là qu’elle les vit. Des hommes tout de blanc vêtus. Leur allure, leur beauté et leur prestige était sans égal. Rien qu’à les voir, on pouvait aisément deviner qu’ils faisaient partie, sinon de la noblesse, au moins de la très haute bourgeoisie.
Et la rousse n’était pas loin de la vérité. Il s’agissait en réalité de..
« Je me présente, secrétaire militaire de sa majesté le roi de France. Je suis assigné tout personnellement à l’arrestation des contrebandiers et pirates évoluant près de nos côtes."

Il marqua une pause avant de reprendre, presque nonchalamment tout en pointant Drenn du doigt.
« Cette demoiselle se trouve être le rejeton d’un hors la loi, par conséquent, son altesse royale nous a autorisée a l’arrêter dans le but de l’interroger et lui soutirer des informations sur le sujet précédemment cité. »

Sans rien ajouter de plus, il fit arrêter tout le monde. Ou plutôt, d’un geste vif, il asséna des coups d’épée aux autres convives et, en les regardant pitoyablement se tordre par terre, attrapa le poignet de Drenn et la traina de force dans son sillage, sans qu’elle ne puisse rien faire. Enfin, il fallait avouer que dans un sens, elle était soulagée de l’intervention de ces gens-là, alors elle n’opposait pas tant de résistance que ça.
Peut-être que si elle avait eu vent de ce qui l’attendait juste après, elle aurait usé de sa force supérieure à celle des autres pour s’enfuir. Mais le destin est joueur et sadique. Jamais il ne dévoile ses cartes avant d’être certain d’avoir l’avantage sur vous. C’est ainsi qu’une partie toute entière se renverse.

Presque invitée à monter dans un superbe carrosse dans lequel se trouvaient les gens qu’elle avait pris pour des chevaliers, l’enfant ne dit mot, malgré qu’ils ne cessent de l’interroger encore et encore sur ses prétendues activités de pirateries. Elle comprit vite que si elle parlait, son père serait en danger et ça, hors de question de tenter le diable. Alors elle se mura dans le silence. Ce qui indisposa ceux qui l’avait « aimablement » capturée.

Finalement, au bout d’une heure infructueuse, ils décidèrent d’abandonner et s’endormir tous comme ils le purent, Drenn juste a cote. Son cœur battait fort ce soir-là mais elle ne mit pas longtemps à mettre le doigt sur le nœud du problème. Elle avait soif. Sans doute son père avait-il oublié ce léger détail en la confiant à ce rustre campagnard, mais pour l’heure, ses organes paraissaient se consumer les uns après les autres, lui occasionnant un certain désagrément. Et tandis que tout le petit groupe dormait à loisir, elle ne put résister a regarder leurs gorges, laissées toutes à nue, avec une certaine avidité. Et si elle buvait un peu de leur sang ? Ils ne se rendraient surement compte de rien ! En plus, avec la tempête qui grondait au dehors, il était fort peu probable qu’ils se réveillent à cause de son intervention !

L’instinct étant finalement venu à bout de la raison en peu de temps, Drenn s’approcha de plus en plus près de celui qui paraissait le plus jeune de la cohorte et… logeât tendrement ses crocs dans son cou, aspirant ainsi son flux vermeil. Il était… si bon celui de ce jeune homme ! Elle ne put s’empêcher d’en boire plus que nécessaire, c’était plus fort qu’elle. Tout du moins, jusqu'à ce que la diligence ne voie l’une de ses roues passer dans une crevasse routière, faisant ainsi sursauter l’ensemble du véhicule.
Si Drenn n’avait pas été perturbée outre mesure par les secousses, la douleur provoquée par une lame venant s’insérer dans son épaule gauche, la clouant ainsi à l’arrière du fiacre, lui fit immédiatement remettre les pieds sur terre. C’était l’un des deux autres soldats. Plus âgé que celui qu’elle avait mordu – et qui se trouvait actuellement évanoui à cause du manque de sang- et une paire de lunettes sur le bout du nez, dire qu’il paraissait menaçant eut été un euphémisme.

Il ne murmura qu’un mot « monstre », avant d’ordonner au cocher de s’arrêter dans la bâtisse la plus proche. Par ce très mauvais temps, ce ne fut pas de refus, ni pour le cortège, ni pour les chevaux qui apprécièrent de se mettre à l’abri dans l’écurie d’une petite construction de pierre, abritant plus de vie qu’il n’y paraissait. En effet, sur les terres des Ducs de Florac était construit un ensemble de petites fortifications, toutes identiques les unes aux autres. Certaines renfermaient des armes et des provisions pour le village voisin, mais la plupart conservaient secrètement en leurs seins d’immenses sous-sols où siégeait bien des appareils de tortures.
Sitôt arrivés, le binoclard fit descendre Drenn par le bras, fermement, confiant la santé de l’évanoui à son autre camarade. Il demanda à parler expressément avec le gérant des lieux, ne faisant pas cas de son état pitoyable sous cette pluie de plus en plus battante. Le susnommé fut averti de la présence imprévue d’étrangers et vint lui-même essayer de comprendre pourquoi un tel chambardement avait lieu au beau milieu de la nuit, dans ce lieu qu’il régentait. La simple vision de la demoiselle ferrée, avec un halo de sang autour de la bouche ne fit faire au sien qu’un seul tour. Il ouvrit grand les portes de sa forteresse miniature et suivit tous les ordres du dépêché du roi, ayant tout aussi peur de ses réactions à lui.
Trainée jusque dans la salle de torture principale où il régnait une forte odeur de mort et de sang, Drenn fut immédiatement attachée à un appareil de souffrance. Ne pouvant plus bouger, elle était donc dans l’impossibilité de se servir de sa force herculéenne. Elle resta donc la, impuissante, devant le spectacle dont elle était l’actrice contre son gré.

Un ongle sauta. Elle hurla.
Mais son supplice avait, en plus de la punir de son acte, le but de lui faire avouer tout ce qu’elle savait sur le navire de son père. Elle ne dit rien.

Un autre ongle fut arraché. Elle hurla encore. Apres tout, ce n’était pas parce qu’elle avait un visage inexpressif en permanence ou presque qu’elle ne ressentait pas la douleur. Le fait qu’elle n’est pas immédiatement réagit au coup d’épée dans son épaule était plus dû à un savant mélange de surprise et d’adrénaline. Les deux éléments chimiques combinés lui avaient permis de passer outre, sur le moment. Mais là, sa douleur se réveillait et ne faisait que s’ajouter à son calvaire.

La nuit fut longue et éprouvante pour tout le monde.
La semaine qui s’en suivit également car on lui fit « goûter » à presque toutes les machines, plus sophistiquées et donc affreuses les unes que les autres, dans ce sous-sol. L’homme à lunettes ne paraissait pas vouloir lâcher le morceau et s’acharnait donc à vouloir la faire parler. Rien, il n’obtenait aucune coopération, ce qui le mettait en rogne de plus en plus. Et puis, malgré ses cris, elle conservait son expression fixe les trois quarts du temps. Rien de mieux pour l’énerver davantage.

Un matin, la nouvelle comme quoi le père de Drenn avait été mit aux arrêts ainsi que l’entièreté de son équipage parvint aux oreilles du tortionnaire improvisé et donc, de Drenn. Dans l’instant, elle voulut se débattre plus que d’ordinaire mais son geôlier lui remit bien vite les idées et place et la tête sous l’eau puisqu’elle se trouvait dans la baignoire et pour la torture du même nom, manquant de peu de la noyer définitivement. Fort heureusement, il l’a laissa respirer à la dernière minute, avant qu’elle ne passe l’arme à gauche, pour son plus grand plaisir à lui. Ainsi il pourrait la torturer plus longtemps. Du moins en était-il très convaincu.

Car un ordre de sa majesté vint changer ses plans. En effet, il devait regagner la capitale au plus vite et assister à l’exécution du hors la loi avant de la consigner dans les livres d’état de la haute cour. Parfois, il était vraiment ennuyeux d’être à la solde du roi. Mais soit, il obtempéra sans discuter outre mesure, partant non sans oublier Drenn, dont il fit généreusement « cadeau » aux tortionnaires résidents de ces lieux afin qu’ils puissent s’amuser un peu avec elle lorsque l’envie les prendrait.

C’est ainsi que deux ans de sa vie fut gâchés. Drenn fut tour à tour sous-alimentée puis torturée lorsqu’on ne la soumettait pas au châtiment du fouet. Et en deux années, bien des âmes vinrent se faire emprisonner, tout comme elle, dans ce lieu digne des pires cauchemars de tous. Pour elle, s’était tout simplement un miracle si elle était encore en vie. Ou une malédiction, tout dépendait du point de vue. Amaigrie, les joues creuses et des poches noires sous les yeux, cette petite faisait peine à voir. D’autant plus lorsque l’on voyait ce qu’étaient devenus ses beaux cheveux orangées, dont l’apparence se passait de commentaires.

Mais vint un jour où la place commença à manquer et où il fallut pour les tortionnaires prendre des mesures drastiques quant à la quantité d’âmes détenues ici. N’ayant guère le choix, après les condamnés à mort qui finirent tous plus tôt que prévu dans l’autre monde, vint le tour de leurs « distractions », dont Drenn faisait partie, bien évidemment. Et après de longues délibérations, il fut décidé qu’elle serait brulée vive devant la forteresse dès demain. La raison ? Une chevelure aussi rousse ne pouvait appartenir qu’a une sorcière voir pire, une créature de Satan personnifiée !

On lui annonça sa sentence et elle eut l’envie de mourir immédiatement. Etre brulée vive… souffrir le martyr tout le temps où le feu ne s’était pas décidé à mettre fin à votre existence de façon claire et concise, voilà quelque chose de fort peu réjouissant. Quitte à mourir, elle aurait préférée quelque chose de plus « radical ».
Le seigneur peut témoigner qu’elle avait réclamé que la faucheuse lui rendre visite pour l’emporter au plus vite au plus vite pourtant, mais maintenant que son souhait lui avait été accordé, elle regrettait de n’avoir été plus précise dans ses veines prières.

Cette nuit-là, c’est silencieusement qu’elle se remit à la tache de prier encore et encore, jusqu'à ce que dieu ou une quelconque entité supérieure à son être ne parvienne à l’entendre.
Mais, elle eut beau prier la mort de venir la faucher dans l’heure autant qu’elle le put, il n’y eut jamais qu’un seul nom qui couvrit la délicate apparition que ses yeux eurent le bonheur de contempler.
Lizbeth Catherine Valentyne.

Elle était apparue tel un ange entourée d’une aura de mystère dans les cachots. Une véritable rose blanche dont on ne pouvait sonder le cœur, même en s’appliquant à l’ouvrage. Drenn ne savait pas depuis combien de temps elle était là, mais lorsque ses paupières s’ouvrirent pour lui délivrer se spectacle, ce fut comme si elle avait perdu la notion du temps. Comme elle était belle, cette femme ! Ses vêtements ne faisaient que rehausser la magnificence qui émanait d’elle, de sa chevelure de neige et de ses yeux de sang. Elle discutait avec l’un des tortionnaires mais ces paroles ci, Drenn n’en tint pas compte, se contentant de s’agripper aux barreaux de sa cage, à genoux sur la grille qui lui servait de sol.

A côté de la créature divine se tenait un homme. Droit et propre sur lui, sans doute appartenait-il à la même classe sociale que la première apparition. Il ne semblait pas vraiment méchant mais un simple regard dans sa direction, et Drenn sentit des frissons la parcourir de part et d’autre. Il n’était pas normal. Il y avait autre chose de curieux chez lui qu’elle n’aurait su exprimer clairement. Et, malgré le fait que depuis bien des lunes elle ne s’alimentait que du sang des rares rats ayant eu la curiosité suicidaire de se promener dans sa cage, Drenn eut l’envie de réfléchir intensément a la question, oubliant son sort prochain, même si cela devait lui épuiser ses ultimes forces.

Puis le regard pourpre de la déesse s’invita a l’intérieur de celui de l’enfant, qui bien qu’éteint, parut reprendre vie avec cette simple visite, l’espace d’un petit instant. Mais la magie s’évanouit aussitôt que la belle dame rebroussa chemin et sortit de la salle, l’homme étrange sur ses talons. La fille de pirate eut juste le temps d’entendre un très bref morceau de conversation entre les deux nobles, et rien de plus.
« Mezariel, c’est bien la pleine lune ce soir n’est-ce pas ?
- Il me semble que oui dit-il en un soupire pourquoi cela ? »
Elle échappa un rire léger qu’il décoda parfaitement bien, a première vue.
- Lizbeth ?! »

Nouveau rire qui cette fois, se perdit dans les méandres du couloir de pierre. Et Drenn se retrouva de nouveau seule, avec ces papillons qui lui habitaient le ventre et ces nouvelles questions qui lui hantait l’esprit. Elle ne fit pas cas du prisonnier que les deux singuliers personnages avaient amenés ici, pas plus qu’elle ne prêta attention aux paroles rabaissantes des tortionnaires à son égard. De toute façon, que pouvait-elle bien y faire ? Demain elle mourrait sur le bucher. Elle s’était résigner à mourir, à arrêter de se battre pour rien. Le seigneur avait-il donc fait preuve de courtoisie et bienveillance en permettant à la rousse de contempler cette personne ? Peut-être.

Elle ne connaissait pas grand-chose à la noblesse, mais du peut qu’elle en savait, de par son père, excluait le simple fait que les gens de la cour du roi ne s’appelle par leurs prénoms respectifs. Alors… qu’étaient-ils, ces deux étrangers ?

La nuit tomba bien vite – à moins que les pensées trop concentrées de Drenn n’aient affectées sa notion du temps ?- et l’enfant tenta vainement de trouver le sommeil, roulée en boule dans sa geôle. Sans succès.

Pourtant ses yeux étaient clos et le silence, simplement agité par les couinements des rongeurs et les gémissements des nouveaux arrivants, régnait presque en maitre incontesté en ce lieu macabre.
Enfin, cela était bel et bien le cas jusqu'à… ce qu’un hurlement sinistre ne résonne longuement. On aurait dit… un loup. Oui, c’était ça, sauf que le sang de Drenn ne fit qu’un tour et qu’elle fit alors prise d’une terreur sans nom tout à coup. Mais pourquoi diable était-elle prise un effroi pareil ?! Jamais encore cela n’avait été le cas. Alors diantre ! C’était presque irréel. Mais elle ne bougea pas, se repliant encore un peu plus sur elle-même. De toute façon elle ne pouvait aller nulle part, enfermée de la sorte. Et il était peut probable, selon elle, qu’on vienne la libérer dans la minute.

Mais là encore elle dû réviser son jugement. Une secousse fit trembler les murs et donc sa cage, accrochée au plafond du donjon. Une seconde déclencha les cris des gardes et autres employés des lieux. Une troisième fit s’écrouler un mur. Au vu du brouhaha provoqué, aux yeux de l’infant il ne pouvait s’agir que de ça.
Mais alors qu’elle se perdait encore une fois dans le fil de ses pensées étranges et délirantes, de puissantes pattes entrèrent dans le cachot, bientôt suivit par un long et fin corps couvert d’une fourrure claire. C’était un prédateur démesuré aussi bien en taille qu’en prestance. Mais l’instinct de Drenn la poussa à hurler – ce qui malheureusement pour elle attira l’attention de la bête – et à chercher à se plaquer le plus possible contre le pan de sa cage qui se trouvait être le plus é possible de l’animal. Pourquoi en avait-il après elle ? Encore une question sans réponse. Pour l’heure du moins.

Le lycanthrope, d’un geste vif et précis, abattit alors ses dents sur les barreaux de la prison de Drenn, qui cédèrent aussitôt, faisant lâcher par la même occasion, la chaine reliant ladite prison au plafond, en ignorant bien entendu, les cris de l’être contenu a l’intérieur. L’agitation était telle que les gardiens de la forteresse miniature eurent tôt fait de rappliquer dans les cachots à leur tour pour tenter d’abattre la créature qui s’était introduit à l’intérieur de la bâtisse et ce… pour d’obscures raisons.

Profitant de la mêlée, Drenn obéit à son instinct premier et couru hors de ces murs qui ne la destinait qu’à une mort lente et douloureuse de toute manière. Une force inconnue de sa personne jusque-là eu tôt fait de la prendre au corps et de lui permettre de courir a grande enjambée, de façon aléatoire. Elle finit par suivre le mouvement des divers prisonniers profitant de cette aubaine pour s’enfuir à leur tour et parvint rapidement à l’extérieur. Les hurlements glaçant de la bête, s’évacuant hors des lieux ne firent que la motiver davantage à courir à toute allure.

Les bois qui se présentèrent devant elle lui semblèrent appropriés pour qu’elle puisse s’y cacher. Dans cette optique, elle s’enfonça un peu entre les arbres puis, prit place enfin sur le sol couvert de feuilles afin de reprendre son souffle. Dans l’immédiat, elle détestait l’image qu’elle avait d’elle. Fragile, fuyarde, crasseuse, squelettique. La liste de défauts qu’elle se dressa aurait pu faire pâlir n’importe quel orgueilleux. Mais quelque chose n’allait pas, elle le sentait. Une très désagréable odeur lui irritait le nez alors qu’elle se relevait maladroitement. Un frisson, encore.

Une branche qui craqua attisa sa méfiance d’autant plus. Et elle n’eut pas longtemps à attendre pour que la présence qui l’épiait suavement dans l’ombre, prête à se repaitre de sa chaire, ne fasse s’évanouir son camouflage. Encore une créature immense à forme de loup, identique à celle qui l’avait aidé à sortir de sa prison ! La différence, c’est que celle-ci revêtait un sombre pelage et des yeux jaunes injectés de braises ardentes. Le réflexe premier qui posa ses griffes sur le corps de Drenn fut de s’enfuir en courant aussi vite que possible. La bête sur ses talons, elle laissa s’échappa un nouveau cri futile et désespéré, en commençant sa course pour la survie.

Une poignée de minutes plus tard, elle constata que son poursuivant n’était plus sur ses talons, après un furtif coup d’œil par-dessus sa propre épaule. Heureusement qu’elle ne fut pas bercée d’illusions immédiatement car l’animal n’avait fait que tenter de la prendre à revers. Maintenant devant elle, il s’essayât à l’embrocher avec un coup de patte qui manqua de peu son visage, coupant nettes plusieurs mèches de cheveux roux qui tombèrent sur le sol de la forêt. Mais sa chance ne dura pas éternellement, comme il fallait s’y attendre, et le loup, grâce à un coup de tête parfaitement maitrise, la projeta contre un arbre, ce qui l'assomma presque. Sa vision était trouble et sa tête paraissait sur le point d’exploser. Elle était vulnérable et savait bien qu’à la prochaine charge de cette chose, elle mourrait sans aucun doute.
Un sourire amer se dessina alors sur son visage. Mourir brulée vive ou entre les crocs d’une monstruosité pareille ? Elle ne savait plus laquelle elle préférait tout à coup.

Le noir animal chargea puissamment dans sa direction, elle pouvait sentir sur le sol toute la force qu’il déployait alors. Mais c’était sans compter l’intervention de la première créature, à la fourrure claire. Cette dernière surgit de derrière Drenn et s’attaqua immédiatement a son compatriote, bien plus grand qu’elle cela dit. L’adolescente ne comprenait pas pourquoi ils agissaient de la sorte, l’un contre l’autre. Puisqu’ils se ressemblaient, ne devaient-ils pas lutter de façon conjointe ?

Toutefois, elle ne prit pas le temps de disserter à ce propos et s’enfuit, encore, profitant de la diversion que lui offraient les monstres, les laissant dans son dos, eux et leurs plaintes affreuses. Elle dénicha un tronc arbre creux dans lequel elle se glissa et y passa la nuit.

Peu après, à l’aurore, près d’ici ;
Une dame magnifique parait attendre dieu sait quoi, assise à la fenêtre de cette chambre d’auberge. Pianotant machinalement sur le bois de l’encadrement, son regard est fixe depuis des heures sur les bois tout proche. Mais que fait-il donc ?! D’ordinaire, il n’est pas si long à revenir ! Elle fulmine un peu, tout en sachant qu’elle ne peut guère en vouloir à son ami. Après tout, cette nuit elle l’a un peu utilisé pour ses propres desseins.

Alors que ses ongles exercent une certaine pression sur le bois en dessous d’eux, voici que son intérêt est soudain de nouveau éveillé. Effectivement, une touffe de cheveux blonds vient de sortir des buissons. Elle la reconnaitrait entre mille, il est de retour !
Ni une ni deux, s’emparant de l’une des couvertures de son lit, la belle sort de sa chambre et descend rapidement les escaliers de l’auberge, en faisant bien attention de n’accrocher ses vêtements nulle part. Discrètement, à pas le loup – l’expression s’y prête !- elle sort de la bâtisse et la contourne, se retrouvant en quelques pas juste derrière. Et son opiniâtreté descend d’un cran en voyant le corps du jeune homme à moitié prédateur, sur le sol et couvert de blessures plus ou moins profondes. Il tremble mais s’en remettra, après tout, il n’est pas vraiment humain, tout comme elle.
Malgré tout, elle dépose la couverture sur lui afin qu’il puisse se redresser au plus vite, sans être gêné devant elle ; Ou du moins plus qu’il ne l’est déjà. Il reprend son souffle, et elle impose, de par sa voix chaude, un petit dialogue.
« Alors ? Tu l’as retrouvé ?!
- Non…
- Que s’est-il passé ? C’est elle qui t’a mis dans cet état ?!
- Non… du tout… mais en chemin j’ai rencontré un autre loup qui a bien failli la dévorer. Une chance pour elle qu’elle ait crié sinon…
- Je vois… et maintenant ? Tu as perdu leurs traces ?
- Celle de la petite oui.
- Et l’autre ?! Tu crois qu’il l’a poursuit encore ?
- Avec une nuque brisée par mes soins, j’en serais très étonné.
- Oh… j’ignorais que tu étais capable de ça.
- Et moi donc. Bon, si ça ne te dérange pas, j’aimerais aller m’habiller correctement maintenant…
- Oui rentrons. Mais il faudra nous hâter de la rechercher. La pauvre doit être affamée à l’heure qu’il est. »


Et les deux individus rentrèrent aussi discrètement que si la belle n’était sortie. Et personne ne sut jamais rien de ce dialogue.

Au petit jour, le lendemain matin, son estomac la tira de sa torpeur. Elle avait faim. Drenn aurait pu manger n’importe quoi tant que cela pouvait caler suffisamment son appétit. C’est ainsi, qu’après avoir vérifié scrupuleusement l’absence de créatures terrifiantes dans les alentours, elle se mit en quête d’un repas consistant.
Son fin odorat fini par la mener jusqu’au village le plus proche, au seuil duquel un marché à ciel ouvert avait été érigé spécialement pour une fête locale. Les étals laissaient tous échapper des odeurs plus alléchantes les unes que les autres, si bien que Drenn parvint, grâce à cette motivation nouvelle, à s’infiltrer sans mal dans le bourg et atteindre vite la place marchande.

Comme une petite souris, elle se dissimula à quatre pattes sous l’une des tables alourdies par son chargement de fruits frais, dont les fragrances exaltaient davantage son appétit. Et, alors qu’elle était certaine que le marchand discutait avec des badauds et des habitués, elle tenta d’attraper une pomme juste au-dessus d’elle, en glissant une main habile hors de la nappe recouvrant la table. Ses phalanges heurtèrent bien vite la surface moelleuse et rondelette de l’aliment tant convoité. Elle allait refermer sa main toute entière dessus lorsqu’elle… fut tiré sans ménagement par le poignet hors de sa misérable protection.

Le soleil l’éblouit alors qu’elle recevait des remontrances devant tout le monde. Pensant qu’il s’agissait de l’un des tortionnaires, elle ne préféra rien ajouter. Sauf que ce n’était pas le cas. Et qu’elle surprise de constater qu’elle s’agissait de la terrifiante personne qui escortait la princesse de la veille ! Apparemment, il était très baigné dans la justice et la clarté des actes.
« …tu m’écoutes oui ? » Dit-il « On ne t’a jamais appris que c’était mal de voler ? »
Drenn resta sans voix, ne sachant quoi répondre. Non pas qu’elle ait du mal avec le français, son père lui ayant inculqué cette langue, mais dans les faits, pour se défendre, elle n’avait rien. C’est alors qu’une douce voix s’éleva alors de derrière l’homme aux cheveux blonds et aux vêtements militaires.
« Allons Mezariel, lâches donc le poignet de cette petite tu vas finir par le lui briser. »

Encore elle, et sa manie d’user du prénom des nobles pour s’adresser à eux. Du moins, c’était l’exemple flagrant que Drenn avait sous les yeux. Elle déglutit. Son cœur battait la chamade, encore. La belle sylphide s’invita à son niveau, en s’accroupissant à son tour, alors que l’avant-bras de Drenn était libre de toute entrave. Les yeux de cette dernière ne purent regarder ailleurs que le visage bienveillant qu’il lui était donné d’observer. Sur la place, le silence se fit alors. Personne n’osait rien dire, provoquer des nobles revenait à se suicider, surtout avec un roi tel que celui qui régnait alors sur la France !
« Dis-moi, comment t’appelles-tu, petite ? » fit la demoiselle à la blanche chevelure tout en venant poser une main tendre sur la joue de l’ex-prisonnière.

La rousse tressautât à ce contact si inhabituel pour elle. Mais elle ne put s’empêcher de sourire, comme si son corps ne lui obéissait plus vraiment. A mi- mot, les yeux fuyants, elle déclina alors son identité, pour la première fois depuis bien longtemps.
« Je… je m’appelle… Drenn Von Fidgerald, madame. »
La réaction ne mit pas longtemps à se faire entendre :
« …. Je n’aime pas. Mezariel ! Dans quel conté nous trouvons nous dis-moi ? Demanda la superbe, à l’intention de son accompagnateur.
- Hum, et bien si je ne fais pas erreur, nous sommes sur les terres du Gévaudan, régenter par les ducs de Florac, pourquoi donc ? Répondit-il, à peine étonné d’une telle question. Sans doute devaient-ils bien se connaitre, ces deux excentriques.
- Parfait ! Ma petite, je t’annonce que désormais tu t’appelleras Flora de Gévaudan. Et tu vas travailler pour moi. »

Drenn ne sut quoi répondre. Était-ce un rêve ? On lui offrait une nouvelle vie, un nouveau nom, qui balayait tout ce qu’elle avait été jusque-là. Sous l’émotion, elle sourit, encore, pour la toute première fois depuis longtemps. Puis d’un seul coup, elle se redressa sur ses deux jambes et déclara à haute voix :
« Bien, maitres… »

Mais elle ne put finir sa phrase car elle chancela et s’évanouit. L’homme la rattrapa avant qu’elle ne touche le sol et prit soin de la porter avec grâce et distinction. La femme, quant à elle, se releva à son tour et indiqua à son ami qu’il était tant de rentrer au château de Paris, à présent. S’en suivit un court dialogue, que la jeune anémiée n’entendit pas.
« Lizbeth ?
- Hum ?
- Je peux te demander pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi tu voulais absolument cette enfant.
- Je ne sais pas.
- Pardon ?!
- C’est ça, je ne sais pas, mais je la voulais. C’est tout.
- … Bien… en revanche la prochaine fois s’il te plait, évite de m’utiliser pour détruire la moitié d’une forteresse…
- J’essayerai de m’en souvenir .
-…. »
Un soupire et le destin de cette enfant fut scellé.

Le Soleil était déjà levé depuis quelques heures maintenant. D’un pas de félin, elle se dirigeait vers les appartements où elle a été engagée, il y a de cela un mois et demi maintenant. Ouvrant la porte grâce à la clé que l’on lui a confié, elle entre à l’intérieur de la pièce et entreprends d’ouvrir les rideaux un à un afin de laisser la lumière pénétrer les lieux. Et puis réveiller sa maitresse sera ainsi bien plus facile.

S’approchant de la chambre, elle y pénètre lentement et là encore, use des pans de tissus en les tirants de gauche à droite pour que la lumière du soleil puisse darder les lieux de sa douce clarté. Droite comme l’exige sa condition, elle se place près du lit de celle qu’elle sert et annonce donc ce qu’il est indispensable de réciter chaque matin.
« Le petit déjeuner est servi dans le salon, Maîtresse. Il s’agit d’un thé des Lords rehaussé avec une pointe de lait frais ainsi qu’un assortiment de pâtisserie tout juste sorties du four du Château. »
Elle laissa un silence s’insinuer entre ses propos puis enchaina :
« Aussi, je me permets de vous rappeler l’audience que le Roi a exigé de vous à onze heures ce matin. Souhaitez-vous que je décommande à votre place, maîtresse Valentyne ? »

Elle s’appelle Flora de Gévaudan et est aux services de la marquise Lizbeth Catherine Valentyne. Quiconque osera l’injurié se retrouva immédiatement avec la tête tranchée par ses soins. Elle en a fait le serment.
Elle est celle à qui elle doit tout ; une identité, une vie et surtout, une vérité sur son existence, elle qui ait appris que être à moitié vampire. Sa maîtresse.





Dernière édition par Flora de Gévaudan le Sam 29 Oct - 20:03, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: My solemn hour • FLORA   Sam 29 Oct - 14:30

OK. :nosebleed:
OK. Je vais survivre à ton avatar.

Rebienvenue parmi nous !!! inlov MA FILLE. Que de beauté !
J'ai hâte de te lire en tout cas et surtout de rpay avec toi.
*lance des confettis*
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MessageSujet: Re: My solemn hour • FLORA   Sam 29 Oct - 20:04

MERCI MAMAN, J'AI FINIS JE T'AIME ♥
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MessageSujet: Re: My solemn hour • FLORA   Sam 29 Oct - 22:32

••• Rebienvenue parmi nous


FILLOTE ♥
Belle histoire je sais même pas quoi dire, si ce n'est que je brûle de pouvoir jouer avec toi ! Tu écris vraiment bien en plus donc je m'incline et je perds pas plus de temps : tu es validée ! Maman à hâte de venir te récupérer pour rattraper toutes ces années perdues éè.

Le test d'entrée passé, te voilà désormais un BOURGEOIS INFANT. ( C'est honteux tu devrais être noble.. e_e )
Tu peux dés à présent aller recenser ton avatar, chercher des partenaires de rp et poster une fiches récapitulative de tes relations que nous te conseillons d'aller consulter pour une intégration rapide.

Bon séjour parmi nous !
Bella'.
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